La Gazette de la grande ile

Madagascar : le Général Béni-Xavier corrompt l’article 61 pour défendre Miala Rajao

Publié le 02 juin 2018

Aux abois. Il n’y a pas d’autres termes pour désigner la situation dans laquelle se trouve le président Hery Rajaonarimampianina, appelé, désormais, Miala Rajao (Dehors Rajao), dans toutes les régions de Madagascar. Et voilà qu’un imbécile pas heureux de son entourage lui a soufflé l’idée de faire un énième copie-collé. Cette fois-ci, c’est la situation qui a prévalu en 1991, sous Didier Ratsiraka, qui va faire l’objet d’une très mauvaise imitation, en espérant une issue autre. Imbécile vous ai-je dit…

De prime abord, en écoutant la déclaration plus pompes funèbres que pompeuses du vaillant général de Corps d’armée, Béni Xavier Rasolofonirina, ministre de la Défense nationale, on pensera tout de suite qu’il va se poser en sauveur de la Nation face à un désastre socio-politique sans précédent. Cependant, c’est lui-même qui l’a suggéré lors du point de presse à Ampahibe, le 31 mai dernier, j’ai fait de recherches (comme d’habitude, de toute façon). Voici ce que cela a donné, pour la bonne compréhension d’une situation créée de toutes pièces par un président qui vient, ainsi, de tirer inutilement sa dernière munition.

D’abord, ce que le ministre de la Défense nationale a déclaré, après son blablabla à partir du 5è et dernier article :

Ry vahoaka malagasy mpiray tanindrazana,

Ho fanajana ny lalampanorenena malagasy (…)

« (…) Andininy faha-5. Hijoro ny mpitandro filaminana amin’ny maha aro riaka farany azy ireo ho fanajana sy ho fampiarana izay voalaza ao amin’ny andininy faha-61 ny lalampanorenan’ny repoblikan’i Madagasikara ary tsy hamela ny firenena ho latsaka an-katerena amin’ny fanaovana ity nosin-drazan-tsika ity takalon’aina sy na ankivy. Ho an’ny Tanindrazana ! ».

Peuple malgache compatriote,

Dans le respect de la Constitution malgache (…)

Article 5. En tant que dernier rempart, les forces de l’ordre se lèverons, dans le respect et l’application de l’article 61 de la Constitution de la république de Madagascar et afin que la nation ne tombe pas dans une situation d’urgence suite à la mise en otage et/ou à toutes sortes d’asservissement. Pour la Patrie !

A présent, ce qu’il a dit, à l’adresse des journalistes présents :

« Samy tompon’andraikitra isika rehetra na izahay mpitandro filaminana na ianareo mpanao gazety. Misy zavatra voalaza ao amin’ny andininy faha-61 ny lalampanorenan-tsika io. Maniraka anareo aho hamaky azy fa ny amehezako azy fotsiny dia raha mitohy ny ataoko hoe savorovory ka tsy hahitana vahaolana, dia ho tafalatsaka ao anatin’ny ataon’ny vazaha hoe « situation d’exception » ny firenentsika. Izahay dia mbola manaja ny rafitra demokratika ka ny fahefana sivily no arahinay mpitandro filaminana. Ka dia izay ny ataoko hoe fandraisan’andraikitra sy fijoroanay eto anivon’ny mpitandro filaminana ka dia mahafantatra isika rehetra inona no tokony atao amin’izany, inona ny tombontsoa, ary inona no mety ho fatiantoka voaktr’izay falatsahan-tsika ao anatin’izay « situation d’exception » izay (…). Ao anaty aterineto ny Lalampanorenenana dia sokafana io dia jeren-tsika ny adininy faha-61 dia vakin-tsika, ary raha ilaina dia izany situation d’exception izany dia faritan’ny lalàna 91-011. Dia miangavy anareo mba mitady re tompoko fa aza zatra tolorana fotsiny ka izay no mahatonga antsika misavorovoro foana satria zatra tolorana fa tsy hitady. Izay angamba ny valin-teny azoko omeko anareo (…) ».

Nous sommes tous autant responsables, vous journalistes et nous représentants des forces de l’ordre. Quelque chose est stipulé dans cet article 61 de notre Constitution. Je vous invite à le lire mais je vous résume la situation : si ce que j’appellerai « désordre » se poursuit sans qu’aucune solution n’est trouvée, notre pays tombera dans ce que les étrangers appellent « situation d’exception ». Nous, nous respectons encore les principes démocratiques et, ainsi, les forces de l’ordre restent sous les ordres des tenants du pouvoir civils. C’est notre manière de prendre nos responsabilités (« mandray andraikitra ») et de nous lever (« Hijoro »). Nous connaissons le côté négatif que peut amener une situation d’exception. La Constitution se trouve sur Internet, cliquez dessus et ouvrez puis lisez l’article 61 régi par la loi 91-011. Et je vous prie de faire des recherches et non de vous contenter, par habitude, de ce qu’on vous déclare. C’est cette habitude qui entraine la mauvaise compréhension des choses. Voilà la réponse que je peux donner à vos questions.

Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Que stipule ce fameux article 61 de la Constitution malgache ?

Article 61. Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, son unité ou l’intégrité de son territoire sont menacées et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics se trouvent compromis, le président de la République peut proclamer, sur tout ou partie du territoire national, la situation d’exception, à savoir l’état d’urgence, l’état de nécessité ou la loi martiale. La décision est prise par le président de la République en Conseil des ministres, après avis des présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et de la Haute Cour constitutionnelle.

La proclamation de la situation d’exception confère au Président de la République des pouvoirs spéciaux dont l’étendue et la durée sont fixées par une loi organique.

Dès la proclamation de l’une des situations d’exception précitées, le président de la République peut légiférer par voie d’ordonnance pour des matières qui relèvent du domaine de la loi./.

Ainsi donc, lorsque le vaillant général de corps d’Armée, Béni Xavier, parle de se « responsabiliser » («Handray andraikitra ») et de se « lever » («Hijoro »), c’est plus qu’un non-sens de sa part : c’est prendre les journalistes, le peuple malgache tout entier et les lecteurs pour des tarés congénitaux. En effet, jamais un militaire, même un Général d’Armée ou un Maréchal, ne prend des initiatives de son propre chef. A moins de faire un coup d’Etat. Au-dessus de lui, il y a toujours un supérieur qui lui donne des ordres. A Madagascar, un président de la république élu devient automatiquement le Chef suprême des Forces armées du pays. Vous voulez un dessin ? Le ministre de la Défense, Béni Xavier Rasolofonirina, est tout simplement un complice de haut niveau de la volonté du président Hery Rajaonarimampianina de ne pas respecter stricto sensu la décision de la Haute cour constitutionnelle (HCC). Mais comme il n’a pas inventé la poudre, après avoir envoyé les avocates Charlotte Ramanase et Tantely Rakotonirina pour le « défendre » (HCC, 30 mai 2018), voilà-t-il pas que ressurgit le spectre de l’année 1991 suivi de l’exil du président Didier Ratsiraka. En effet, la loi 91-011 dont a parlé notre courageux Béni (mais si, mais si, mais oui mais oui !), se réfère à l’ultime fait d’armes, au dernier baroud d’honneur de l’Amiral Didier Ratsiraka, un mois avant la tuerie du 10 août 1991.

Loi n° 91-011 du 18 juillet 1991 relative aux situations d’exception (J.O. n° 2071 du 19.07.91, p. 1130 à 1134)

Article premier – Constituent des situations d’exception, la situation d’urgence, l’état de nécessité nationale et la loi martiale.

Ils sont proclamés lorsque les circonstances l’exigent pour la défense de la République Démocratique de Madagascar, de l’ordre public et de la sécurité de l’Etat.

Art. 2 – La situation d’urgence, l’état de nécessité nationale de la loi martiale est proclamé par décret pris en conseil des Ministres, après avis de la Haute Cour Constitutionnelle et du Président de l’Assemblée nationale populaire.

Art. 3 – La situation d’exception est limitée dans le temps. Elle peut toutefois être prolongée dans les mêmes formes, par périodes ne pouvant excéder chacune la période initiale.

Elle prend fin de plein droit à l’expiration du délai fixé, à moins qu’il n’y soit mis fin avant, par décret pris en conseil des Ministres.

Art. 4 – La proclamation d’une situation d’exception confère au Président de la République des pouvoirs spéciaux nécessités par les circonstances pour lesquelles elle a été proclamée et met à sa disposition tous les moyens civils et militaires susceptibles d’être mis en œuvre à cet effet.

Art. 5 – Outre les pouvoirs qui lui sont reconnus expressément par la présente loi, le Président de la République peut, dans le cadre des pouvoirs spéciaux qui lui sont ainsi accordés, légiférer par voie d’ordonnances contresignées par les membres du Conseil Suprême de la Révolution, soumise avant leur promulgation à l’avis de la Haute Cour Constitutionnelle.

Art. 6 – Le droit de réquisition est ouvert, sans autres restrictions que celles prévues par la loi, sur toute zone territoriale soumise à une situation d’exception.

Les sanctions pénales applicables sont celles prévues aux articles 66 à 69 inclus de la loi n° 69-015 du 16 décembre 1969 relative aux réquisitions des personnes et des biens, selon les distinctions qui y sont établies./.

Moins d’un mois après l’application de cette loi, « Masoandro » (nom de code donné à tous les présidents malgaches) fait tirer à balles réelles -à partir d’un hélicoptère- sur le peuple venu une Bible à la main dans une « Grande Marche pour la Liberté » (« Diaben’ny Fahafahana ») qui deviendra un carnage dans les rizières à proximité du palais d’Etat d’Iavoloha. Le Pr Zafy Abert a bien failli y perdre la vie, ce 10 août 1991 (« tirez sur la voiture noire », entendons-nous dire clairement, et par deux fois, Masoandro dans la vidéo sur youtube). Trois mois après, le 31 octobre 1991, une Convention politique est signée à l’hôtel Panorama et Madagascar se voit diriger par une Haute Autorité de l’Etat (HAE), période transitoire dirigée par le Pr Zafy qui sera élu au second tour de l’élection présidentielle, le 10 février 1993. Et le copie-collé du Hery Vaovao et sa clique (« Rajaoa sy ny forongony ») ne s’est pas arrêté à cette loi carrément martiale qui existe toujours. En effet, dans son point de presse d’Ampahibe, le valeureux Général Rasolofonirina, suivant les ordres de qui l’on sait, a aussi fait allusion à la nécessité d’un accord politique :

« Andininy faha 2 (amin’ilay fanambarana). Amporisihina ny rehetra hanaraka ny didy fanapahana voalaza etsy ambony (laharana 18-HCC/D3 tamin’ny 25 May 2018) ka hampandrefitra ny ambo-po ary hanandratra avo ny fitiavana tanindrazana sy ny fikatsahana ny tombontsoa ambon’ny firenena. Noho izany, tohizo ny fametrahana fifanarahana politika efa natomboka izay manaraka ny adininy faha-14 ao amin’ny didy fanapahana navoakan’ny fitsarana avo momban’ny Lalampanorenana… ».

Article 2 (de la déclaration). Nous encourageons tout le monde à respecter la décision n°18-HCC/D3 du 25 mai 2018, et à faire taire l’orgueil afin de faire montre de patriotisme et de recherche de l’intérêt supérieur de la Nation. Ainsi, il importe de poursuivre la mise en application d’un accord politique déjà entamée et qui est en accord avec l’article 14 de la décision publiée par la Haute cour constitutionnelle.

Mais que dit cet article 14 (sur 15) ? Article 14. Sauf accord politique dans un délai de dix (10) jours, les dispositions de la présente décision sont applicables dans leur intégralité.

Ainsi donc, pour le président Rajaonarima-

mpianina et son bras armé, le Général Béni Xavier, Madagascar se trouvera dans une situation d’exception si les dispositions de la décision sont appliquées, dans leur intégralité ? Car quid des dispositions des 11 autres articles, à savoir : dissolution du gouvernement Mahafaly et nomination d’un Premier Ministre de consensus, dans un délai de 7 jours pour compter de la publication de la décision, sur une liste d’au moins trois noms, conformément aux dispositions de l’article 54 de la Constitution et aux termes de l’Avis n°01-HCC/AV du 17 février 2014. Arrêtez de nous prendre pour des cons ! Je vois, d’ici, certains membres de la Communauté dite internationale (qui, entre nous, se fout royalement du devenir des Malgaches) ricaner franchement.

Et voilà qu’entre en scène, Alphonse Maka 19, ancien journaliste devenu politicien (candidat malheureux aux législatives de 2013 à Amboasary Sud). Il est l’actuel président d’un Conseil du Fampihavanana Malagasy (CFM) prescrit par l’article 168 de la Constitution. Très inféodé monétairement à Hery vaovao, Maka compte rééditer bêtement la convention du Panorama du 31 octobre 1991 qui émane, rappelons-le, de cette triste loi 91-011 que Hery Vaovao veut faire appliquer via son Xavier béni qui lui doit son haut grade. Sinon ventre affamé n’a point d’oreilles… Mais que risque-t-il de se passer, et qui s’est déjà produit en 1991 et en 2009 ?

1991. 18 juillet : la loi 91-011 est décrétée ; 10 août : massacre aux abords du palais d’Iavoloha ; 31 octobre : signature de la Convention du Panorama établissant une période de transition qui durera jusqu’en décembre 1993, moment où Didier Ratsiraka est battu à l’élection présidentielle, au second tour, par Zafy Albert. Il part pour un premier exil en banlieue parisienne.

2009. Janvier : Marc Ravalomanana fait appel à des mercenaires blancs qui vont instruire des éléments de l’Emonnat (forces mixtes de l’Etat-major au niveau national) appuyés par des mercenaires locaux. Ils vont semer la terreur à Antananarivo faisant des morts et des blessés, suivie des pillages de la pauvreté ; 7 février : massacre devant le palais d’Ambohitsorohitra ; mi-début mars : des éléments du Capsat (bérets rouges), offusqués par les agissements de l’Emonnat réagissent et  montent au créneau pour se ranger du côté de la révolution orange ; 12 mars : le vice-amiral Ranaivoniarivo Mamy Solofoniaina, ministre de la Défense, est contraint par des sous-officiers à signer une lettre de démission. Il quittera le camp d’Ampahibe pied… ; 17 mars au matin : c’est à la Tvm (chaine publique) que Marc Ravalomanana annonce la dissolution de son gouvernement et la remise de ses pouvoirs à un directoire militaire inexistant dans la Constitution. A partir de ce jour, il disparait dans la nature pour réapparaître au Zimbabwe puis en Afrique du Sud où il restera exilé jusqu’en octobre 2014.

2018. Le CFM d’Alphonse Maka 19 a donc organisé une rencontre où les anciens chefs d’Etat doivent se rencontrer pour une énième fois. Zafy étant décédé le 13 octobre 2017, reste Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana, Hery Rajaonarimampinina (pourtant premier concerné sinon accusé) et Andry Rajoelina. Seul le premier -Deba de son surnom- est venu au Centre de Conférences International à Ivato, ainsi que des polichinelles (Pety, Yves-Aimé… qui, selon le dictionnaire Larousse sont des « hommes ridicules par leur facilité à changer d’opinions au gré des circonstances ou de l’influence de quelqu’un »), qui espèrent s’enrichir très vite dans une période minimale, tel un gouvernement intérimaire, sinon transitoire, comme en 1991. Il semble, pour les politocards malgaches, qu’un accord politique est au-dessus de la Constitution. Ce qui présage un schéma lugubre pour le pays mais aussi pour Hery Rajaonarimampianina lui-même. Car, tôt ou tard, en persistant dans ses ultimes copies-collés, des éléments des forces de l’ordre vont forcément se rebiffer pour remettre le pays sur le droit chemin de l’Etat de droit. Ce qui ne sera pas un scoop mais démontrera que l’histoire politique malgache est et restera un éternel recommencement tant qu’il y aura des Hery Martial Rajaonarimampianina Rakotoarimanana, pire violeur de constitution devant l’Eternel. Enfin, en quoi d’anciens chefs d’Etat pourraient bien être impliqués de près ou de loin dans une mauvaise gouvernance basée sur la corruption pratiquée par un président par substitution ? Cela dit, mon petit doigt m’a susurré, l’avenir virant au noir : ce sont des sous-officiers au béret noir qui monteront au créneau. Tiens ? Qui vivra, verra.

Dossier de

Jeannot Ramambazafy

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