La Gazette de la grande ile

Vote présidentiel : 25 000 Fmg par électeur !

Publié le 14 septembre 2018

Qu’importe si la bonne dizaine d’élections présidentielles organisées chez nous depuis l’indépendance n’a abouti qu’à la misère, la majorité s’accroche plus que jamais à ce mode d’accession au pouvoir parce qu’il n’y a plus de légal et de légitime qu’un scrutin en dépit des fraudes et autres combines mais aussi et surtout parce qu’au fil des années, une élection présidentielle est devenue une des rares occasions de recevoir des cadeaux de la part de la classe politique élitiste.

Cela s’apparente à une redistribution de revenus dont l’absence sinon l’insuffisance est d’ailleurs à l’origine des différentes crises survenues à Madagascar. Depuis 1972, les mécontentements populaires surviennent, en effet,  au moment où la croissance économique  est sur une courbe ascendante. Seulement, les fruits de cette croissance ne sont pas partagés ou du moins pas ressentis par la population. C’est le cas notamment de la classe moyenne en milieu urbain où s’organisent  systématiquement les mouvements de contestation tendant au renversement du pouvoir en place.

Quels que soient les commentaires, c’est donc un juste retour des choses si après avoir amassé quand ils étaient au pouvoir, des candidats distribuent des espèces sonnantes et trébuchantes en plus des articles électoraux comme les casquettes, tee-shirts et autres pagnes … Depuis le début de la campagne électorale, certains candidats ont placé la barre très haut en distribuant 25 000 Fmg à chaque participant à un meeting. Le principe est simple : des partisans du candidat rameutent les populations des communes environnantes à la ville où se tient le meeting, le transport est assuré par des cars et les 25 000 Fmg distribués en tant qu’indemnités de repas.  Personne ne connaît l’importance du trésor de guerre des candidats mais tel que c’est parti, des milliards et des milliards sont nécessaires pour espérer séduire la population qui ne sont pas tous des électeurs.

Rien que pour les meetings,  les candidats fortunés arriveraient facilement à en organiser une bonne cinquantaine d’ici le scrutin du 7 novembre. Avec une audience totale de 500 000 spectateurs rémunérés, les meetings populaires coûteraient la bagatelle de 12,5 milliards. Si à chacun on offre pagne, tee-shirt et casquette à l’effigie et aux couleurs du candidat, le budget nécessaire atteint facilement 3 à 5 milliards Fmg. A cela s’ajoutent les frais d’organisation et les cachets des artistes, sachant qu’un artiste de renom est payé à environ 25 millions Fmg  par spectacle non compris la sonorisation et les frais de déplacement et d’hébergement.

L’autre poste le plus coûteux est les frais de déplacement, notamment les frais de location d’avion qui s’élèvent à plus de 50 millions l’heure de vol pour un jet et 25 millions pour un petit bimoteur. Il y a aussi les frais de location des 4×4 pour les militants envoyés dans les petites localités enclavées alors qu’un budget conséquent doit être préparé pour chaque district voire chaque firaisana pour des campagnes de proximité. Enfin, les indemnités offertes aux délégués dans les bureaux de vote et des membres du QG occasionnent aussi une mobilisation non négligeable d’argent.

Au vu de toutes ces évaluations, les 43 millions de dollars dits dépensés par le candidat Hery Rajaonarimampianina en 2013 sont-ils fondés ou exagérés ? En tout cas, le chiffre a outré bien de personnes en faisant de Madagascar  la campagne électorale la plus chère au monde car dépassant celle de Donald Trump en terme de coût par voix obtenues. Il faut cependant faire remarquer que la quasi-totalité de la campagne électorale était assurée par Andry Rajoelina. Ce dernier avait monté toute une organisation pour le candidat Camille Vital mais quand Hery Rajaonarimampianina fut désigné en remplacement de Kolo Roger et Jules Etienne, M. Rajoelina transfère toute l’armada à son ministre des Finances. Un litige entre les deux tours a conduit à la rupture. Hery Rajaonarimampianina n’avait plus de financement pour le second tour à l’exception des secours de Paul Rabary qui fut récompensé par la suite d’un poste de ministre et une certaine Claudine Razaimamonjy dont personne n’ignore l’histoire. Cinq ans après, Hery Rajaonarimampianina est-il maintenant à armes égales contre Andry Rajoelina ? Toujours est-il que si la surenchère bénéficiera à la population, ce n’est pas à ce genre de redistribution de revenus que le pays a besoin.

Sa

 

Lire aussi