La Gazette de la grande ile

Publi-reportage : « MADAGASCAR, UNE NATION A BATIR » « Fermons un Passé divisé et Allons vers un Avenir partagé » (suite)

Publié le 14 septembre 2018

La science économique rappelle elle-même que les cycles sont une donnée statistique et que, même dans les sociétés riches, demain ne sera pas forcement plus prospère qu’aujourd’hui. La question du Pourquoi est donc logique et légitime : Pourquoi faut-il violenter les désirs de tranquillité et d’immuabilité présents en chacun avec au moins autant de force que le besoin de changement ? Il n’y pas de réponses autres que celles de l’ordre du monde qui veut que ce soient les sociétés les plus agressives sur le plan économique qui soient également les plus riches et, partant, les plus puissantes. La valeur de cette réponse est certes discutable Mais les opinions publiques occidentales sont si bien formées \ cette situation que l’idée d’une non croissance de la richesse nationale d’une année sur l’autre est considérée comme l’expression d’une crise majeure.

Vu de Madagascar, on ne voit pas très bien ce qu’il peut y avoir de dramatique à ce que les Français aient cette année le même niveau de vie que l’année précédente. Pourtant, l’absence d’un surplus de production engendrerait un manque de rémunération sur investissements qui entraînerait une diminution des dépenses d’investissement. Cette diminution créerait une tension sur le marché de l’emploi par l’action conjointe des gains de productivité, des restructurations en cours qui alimentent le mouvement de l’emploi et l’arrivée de nouveaux diplômés. Le raisonnement n’est en soi pas compliqué. Mais il est difficile à intégrer lorsque l’on n’a pas baigné dans un environnement industriel. L’effort d’adaptation culturelle qui s’impose aux responsables des pays non industrialisés est considérable – bien supérieur à ce qui est demandé au cadre moyen des sociétés occidentales.

Le développement économique est donc une alchimie sociale intégrant trois éléments : l’individu, son environnement humain et le changement. Les rapports entre l’individu et le changement, ainsi qu’entre la communauté et le changement, enfin entre l’individu et sa communauté, détermineront la perception qu’une société aura de son développement économique.

Les sociétés occidentales ont intégré cette relation triangulaire. Elle est l’objet, sous des formes diverses, de la plupart des actions de formation permanente. Les étudiants se préparant à des fonctions d’encadrement et les cadres du secteur privé ou public sont façonnés de façon à voir le changement – et donc la nécessité d’une permanente adaptation – comme à la fois un défi et une chance.

La culture occidentale véhicule l’image valorisante de celui qui «surfe sur la vague du changement », «tu t’adaptes ou tu meurs», «le challenge fait l’homme» etc. Le changement est présent dans ces sociétés comme la chance de celui qui rêve de mobilité sociale. Il est ce qui justifie les études, le travail au-delà des normes, l’épargne volontaire, l’ambition pour ses enfants.

Le système éducatif occidental contribue à perpétuer la division de la société en trois classes : ceux qui sont des facteurs de changement, ceux qui s’adaptent au changement et les autres, destinés à consommer et à se taire. A Madagascar, actuellement, il semble que la classe des facteurs de changement n’existe pas ! L’ensemble des mécanismes du changement est aujourd’hui conceptualisé en théories, avec en particulier l’utilisation de l’auto organisation comme voie. (L’intégration de l’étude des processus du changement technique et du développement économique) Ces travaux ont commencé dès le début des années l960 et furent popularisés dans les années l970 par Karl Popper et Von Hayek’. On est loin des sociétés dans lesquelles la permanence du statu quo est considérée comme le signe d’une période heureuse.

Les relations sociales y sont considérées comme bonnes si elles respectent un code historique. Cette vision est entretenue par la comparaison entre la population agricole au mode de vie traditionnel et la partie urbanisée et prolétarisée de la population confrontée aux conséquences d’un début d’industrialisation.

Cette deuxième partie de la population paraît vivre sans lois sociales aux yeux de la première. La gageure du développement est d’arriver à introduire le principe du mouvement dans un tissu social n’ayant souvent pas d’intermédiaire entre l’immobilisme et la destruction.

On en revient à la définition du développement économique mentionnée plus haut : une amélioration des conditions physiques contributives du bien-être social et individuel. Le développement est un mouvement bénéfique à l’individu et à la communauté. Ce mouvement bénéfique passe néanmoins par des phases de sacrifice à court terme.

Pour ce qui concerne Madagascar, cette phase semble ne pas connaître de fin. C’est le rôle du politique de permettre de tels arbitrages. Or cette responsabilité du politique peut être la cause de maux qui retirent au développement son humanisme. Le court terme devenant inhumain, on sort de la logique du développement pour s’enfermer dans le vertige de l’idéologie. Le 20ème siècle est une recension de telles dérives.

Jusqu’à aujourd’hui, il n’a été trouvé qu’une seule solution au problème de l’arbitrage : considérer que l’économique et le social ne forment qu’une seule discipline. Les indices de satisfaction individuelle et collective relèvent du même sujet que les indices financiers. Si l’économie est une science qui s’exprime par des indices, le développement économique est l’amélioration permanente des indices monétaires et des indices non monétaires exprimant les conditions de vie. Le qualificatif économique donné au développement ne signifie pas une réduction du progrès de l’homme à une histoire de quantités. Il signale que le développement permet d’améliorer les conditions de vie quotidienne de chacun et de tous, selon des directions et des priorités variables selon les cultures.

2.2 Les conditions de développement

Un accord sur la sémantique du développement permet de s’interroger sur les conditions de son apparition et de sa durée. Cette réflexion permet de se garder du défaitisme. Elle doit être pratique, c’est-à-dire dégager les champs dans lesquels le responsable politique, économique ou administratif concentrera son énergie. Au cours de cette démarche, il convient de séparer les fausses raisons du non développement et les vraies conditions du développement. Les travaux de ces dernières décennies sur l’économie du développement ont permis de dépasser quelques-uns des lieux communs traditionnels :

  • Avoir un grand marché intérieur ou au contraire une faible population à satisfaire ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Ils ne constituent pas en soi un atout ou un handicap. • L’expérience agricole acquise du temps de la colonisation est évidemment un atout, mais à condition d’être entretenue.
  • Le climat n’est plus considéré comme un paramètre déterminant, dans la mesure où ses effets peuvent être contrôlés.
  • L’enclavement rend solidaire de son environnement régional, mais l’Autriche et la Suisse s’y sont adaptées.
  • L’insularité a ses riches et ses pauvres.
  • Le passé colonial concerne près de 130 pays aujourd’hui membres des Nations Unies avec des résultats extrêmement divers en terme de performance économique.

(à suivre)

 

Lire aussi