La Gazette de la grande ile

Listes électorales : pressions pour une révision

Publié le 11 octobre 2018

Peut-on ouvrir de nouveau les listes électorales avant le scrutin présidentiel ? Les textes s’y opposent mais des candidats et des Ong réclament une dérogation spéciale. Ces derniers exercent de vives pressions en vue d’une révision des listes. Les motifs qu’ils invoquent : trop d’électeurs sont omis et ne figurent donc pas dans les listes, ce qui est contraire à la Constitution qui accorde des droits à tous les citoyens. L’opération devrait par ailleurs permettre d’éliminer les décédés et les électeurs qui ont déménagé.

Les partisans de la révision interpellent la Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni), mais celle-ci invoque la loi et se déclare incompétente. Selon les textes en effet, chaque année les listes électorales sont closes le 15 mai et sont gelées jusqu’au 15 mai suivant. Ce sont donc les listes arrêtées le 15 mai dernier qui vont servir à l’élection du 7 novembre, la Ceni n’étant pas autorisée à apporter des modifications aux nomenclatures déjà établies. Pour clouer le bec des détracteurs, la Ceni rappelle le récent passage dans l’île d’une mission d’audit de l’Organisation Internationale de la Francophonie (Oif). Au terme de travaux d’une dizaine de jours, cette délégation conduite par le général malien Siaka Sangaré a confirmé la fiabilité des listes, affirmant que les anomalies sont « minimes » et ne peuvent dénaturer le sens général du vote. Dans cette foulée, cet inspecteur a salué le professionnalisme de la Ceni et la grande compétence dont elle a fait montre dans l’établissement des listes.

Le hic, et un membre influent de la Ceni, l’administrateur civil Thierry Rakotonarivo, l’a admis cette semaine, c’est que malgré le gel des listes, la Ceni y quand même a opéré des changements « conformes à la loi ». Première conséquence: les contestataires constatent que les changements sont possibles et revendiquent avec plus de force une réouverture des listes. Deuxième conséquence: la Ceni est soupçonnée d’avoir révisé les listes dans un but politique inavouable. Voici trois déclarations récentes qui, sans nommer la Ceni, pointe dans sa direction un doigt accusateur. La première est celle de Fanirisoa Ernaivo, magistrate et candidate : « Certains projettent de grosses fraudes en manipulant les listes électorales et le nombre des bureaux de vote ». Ensuite celle de Paolo Raolinarivo, administrateur civil et directeur de campagne du candidat Mailhol: « Récem-

ment, de nombreux partisans du pasteur Mailhol ont subitement disparu des listes électorales ». Enfin celle de Rabenja Tsehenoarisoa, autre administrateur civil qui dirige la campagne du candidat Marc Ravalomanana : « Dans les bastions de notre candidat, de gros changements ont été opérés. A Anjozorobe par exemple, 5103 électeurs ont été soit ajoutés soit retranchés… ».

Bref, si la Ceni ne s’explique pas et n’assure pas un minimum de transparence dans les modifications opérées, elle pourrait bientôt entrer dans une liste, celle des …fraudeurs.

Adelson RAZAFY

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