La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE : Campagne électorale sous un climat pourri

Publié le 12 octobre 2018

Les premières pluies  sont  arrivées  sans prévenir alors que rapportés par les médias   avec des « défilés, meetings, discours, musiques, klaxons, lundi, les rues de la capitale Antananarivo ont vibré au rythme de la campagne électorale. » L’opposition  affichée de plus  d’une  vingtaine de  candidats à  cette  élection présidentielle  controversée pour diverses  raisons ne permet pas  du  tout de  croire que les  prochains se  passeront  dans  « l’apaisement » que  souhaitent les  vœux pieux de la communauté internationale. Ce n’est pas  de  gaité de  cœur que  des candidats  qui  ont pris la peine de payer une  caution  de 50.000 millions d’Ariary pour ensuite  s’impliquer dans un mouvement jusqu’auboutiste destiné à obliger le régime  de  consensus  en place à accepter le report de l’élection présidentielle prévue pour le  7 novembre prochain par décret N°2018-641 du 29 juin 2018. Parce  que le Premier ministre Christian  Ntsay nommé avec le  soutien  en  coulisse du parti Mapar puis ouvertement ensuite, une  très  forte suspicion de  tendance partisane plane  depuis  sur la tête du chef de  gouvernement. Tout cela parce de l’avis de quelques organes  de presse « la Haute Cour constitutionnelle n’a pas osé déchoir le très contesté chef de l’État, le rappel à l’ordre qu’elle lui a signifié a ouvert de facto la course à sa succession. Et la nomination, lundi 4 juin, de Christian Ntsay au poste de Premier ministre ne change rien au parfum de fin de règne qui flotte sur Antananarivo ». Pire… Relayée de bouche à oreille la crainte d’un parti pris en haut lieu dans l’organisation  et les opérations  électorales envenime pratiquement le climat socio-politique  de  toute l’île déjà perturbé par les  problèmes  d’une mauvaise gouvernance aggravée depuis peu par l’arrivée dans le gouvernement de personnalités réputées très mêlées à la  pérennisation  de la corruption depuis  belle lurette. Une certaine presse n’hésite pas à  trouver  que le  torchon  brûle en  haut-lieu.

Déjà le  fait  de  notoriété publique cette  grande  gueule de «Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009 dont les ennuis judiciaires auraient pu pourtant constituer un obstacle à la candidature, » indispose au plus haut point  tous les observateurs qui  refuse  de  comprendre  une pareille tolérance à l’endroit d’un justiciable qui  a prétention  de  redevenir  Chef de l’Etat,  voilà  que des  rumeurs les plus  folles se propagent sur les  risques  de l’avènement  d’une nouvelle  crise autour de l’avenir du  gouvernement  en place  et la  nécessité de revoir la composition  de la Haute Cour Constitutionnelle. A la  tête d’un groupuscule qui lance  ultimatum  sur ultimatum au  régime  en place pour obliger les  décideurs à revoir les règles  du jeu démocratique en  général et la  conduite  des  affaires  de l’Etat  en particulier, il y a les  enfants  terribles  des mouvements insurrectionnels  depuis 1991, 1996, 2002 et 2009  tel que Pety Rakotoniaina, Ranjivason  Théodore entourés de quelques agitateurs  qui n’ont pas  froid  aux yeux. Sans mâcher les mots  cette masse  de meneurs ont des  vues  convergentes afin  d’arriver à une refondation  de la  nation par  tous les moyens  après  avoir  épuisé toutes les  démarches à l’amiable pour éviter les options extrémistes  de la descente dans la rue. Aux  dernières nouvelles, nous apprenons  que  sans  compter les menées sécessionnistes de  certains  chefs charismatiques comme  Henri Lecacheur et  consorts,  la fin  de  cette  semaine nous réservera  sûrement  des  surprises,  si  d’ici dimanche, au très haut niveau  de l’Etat on persiste à  rester  sourd aux revendications  de  ceux  qui refusent d’accepter le déroulement  d’une élection  anticipée  en période pluviale et les visionnaires qui appréhendent la continuité de l’Etat  avec une Constitution  vicieuse  et  d’une perversité  digne de celui qui  en  était l’artisan  Norbert Lala Ratsirahonana. Il n’est plus  question maintenant  de  se limiter à une  «lutte contre la corruption, l’insécurité qui règne dans ce pays, » mais de passer à un nettoyage par le  vide des structures  de l’Etat de haut  en  bas. Il ne s’agit pas là  de simple  vue  de l’esprit mais d’une  conviction très largement partagée par les  candidats Arlette Ramaroson tant d’autres acteurs politiques et une majorité de la population qui  voient  trop  de complaisance  de  dysfonctionnement dans les  fonctionnements  des institutions  en place surtout depuis la  mise en place  de  ce  gouvernement panaché avec la lie  de la classe politique de  cette île. Et lorsque le Premier ministre  Christian prône l’intégrité et le respect des  consignes  donnés en mettant  au  défi les administrés  qui constatent les irrégularités à  « apporter  des preuves »,  au lieu d’arranger les  choses les  collaborateurs  du  chef de gouvernement  en  s’attaquant à l’ONG  Green Cross Madagascar n’ont fait  que  compliquer une  situation  pas  très  favorable  au locataire de Mahazoarivo. A une  époque où les  critiques fusent  de partout visant sans  distinction le président  sortant  comme  son  intérimaire, les juges d’Ambohidahy, le Premier ministre  en personne  et  son  gouvernement avec  de solides présomptions  de complicité sur  telle ou telle accointance douteuse pour parvenir à la  conquête de la  Magistrature Suprême, des  documents accablants circulent  sous le manteau à propos sur une messe  basse  qui  avait  réuni dans un hôtel à  Fianarantsoa entre le  30         et le  31 août  dernier des souteneurs de la formation Mapar et sieur Christian Ntsay. Il ne  faut pas plus pour que les  rumeurs enflent pour  véhiculer  les extrapolations les plus  extravagantes qui  finissent par atterrir  sous  forme d’une  dénonciation  aux  bureaux  de la Présidence à Ambohitsorohitra. Le  comble c’est  qu’à propos de mésententes entre candidats, après l’incidents  qu’avait subit Hery Rajaonarimampianina à  Mandoto  ( au lieu bien  nommé), les  gens  adorent  raconter n’importe  quoi jusqu’à  craindre  que  si ces pratiques violentes sur commande(pourtant prohibées)  durant la  campagne électorale s’aggravent et prennent  de l’ampleur, le public  finira par  avoir  droit à  ce passage  d’un  texte légal  qui  prévoit qu’en  cas  de  « décès » d’un  candidat ( quelque  soit la cause  de  sa mort), l’élection pourrait être  reculée sur  décision  de la Haute Cour Constitutionnelle. A qui profite un tel avantage macabre ? Pas  de conclusion  hâtive, mon Ami ! Relisez les pages  de Sherlock Holmes  des  romans de Sir Conan Doyle  ou pourquoi pas Sénèque,  philosophe latin ce «défenseur acharné de la liberté politique et de la justice sociale » qui avait écrit un jour

« Le coupable est celui à qui le crime profite ».

 

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