La Gazette de la grande ile

Edito : Pourquoi des suspicions de fraudes ?

Publié le 09 novembre 2018

Si jamais, l’élection présidentielle qui vient de se tenir se termine par une crise, les premiers responsables sont les membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Ils ont eu trois ans pour préparer cette élection présidentielle dont les municipales de 2015 constituent en quelque sorte un galop d’entraînement. Et quand on sait que certains de ces membres faisaient déjà partie de la CENI qui a organisé l’élection présidentielle de 2013, cette institution devrait  être aguerrie  pour ce scrutin présidentiel. Et pourtant, jamais aucune élection présidentielle n’a été aussi mal organisée.

A coup de millions de dollars et milliards d’ariary, la CENI a établi une liste électorale on ne peut plus contestée par les électeurs eux-mêmes qui ont été privés de leur droit au vote car non inscrits dans la liste alors qu’ils avaient participé aux derniers scrutins. D’aucun soupçonnaient alors des tentatives de fraudes électorales.

Ces suspicions sont aujourd’hui confortées par la lenteur prise dans le traitement des résultats. Les journalistes séniors encore en activité ont vécu les élections présidentielles de 1989, 1992 à partir duquel il y eut systématiquement un deuxième tour, en 1996, en 2001 et en 2008. Durant ces élections, le pays n’avait pas sollicité aucun dollar auprès des bailleurs de fonds, le traitement des résultats au niveau des fokontany et des firaisainana et même à la Caserne des sapeurs-pompiers où étaient centralisés les résultats pour Antananarivo ville, les résultats provisoires complets étaient disponibles vers 3 heures du matin.

Hier, la CENI s’était pourtant pas encore fichu de présenter les résultats des 192 fokontany de la capitale 24 heures après la fermeture des bureaux de vote. A quoi servent alors le fameux logiciel de traitement informatique des résultats et les immenses moyens financiers mis en place ? Le retard pris à Antananarivo aggrave les suspicions de fraudes. Pire, des témoignages recueillis par les états majors des candidats et des organisations de la société civile rapportent des résultats bizarres : un  candidat ou proche de candidat vient avec l’épouse, les enfants, les agents de maison, le soir c’est-à-peine si le candidat récolte la moitié du nombre de ses proches. Ces témoignages sont de plus en plus nombreux mais ils ne peuvent constituer de preuves. Avec ironie ou avec compassion, c’est selon, d’aucuns s’étonnent d’ailleurs que Hery Rajaonarimampianina n’ait reçu que 2 voix dans son bureau de vote. C’est comme si son fils et son entourage l’avaient trahi. Impensable !

Et quand le candidat n°12 dénonce des irrégularités, nos confrères proches  le qualifient de mauvais perdant et d’être victime de sa propre turpitude car c’est sous sa présidence que la CENI a tout organisé.  A la décharge du président sortant, la CENI comme son nom l’indique est indépendante et les Nations Unies qui sont le chef de file de la communauté internationale surveillaient de près cette indépendance. Aujourd’hui, cette communauté internationale s’étonne, à travers des observateurs qui revendiquent l’anonymat, des résultats inédits en Afrique et dans le monde pour un président sortant et qui alignent les deux candidats à l’origine de la crise de 2009 et interdits d’élection en 2013. N’est-ce pas ce qu’on appelle retour à la case départ ?

Sa

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