La Gazette de la grande ile

Chronique : Le prochain président, surtout pas Marc Ravalomanana !

Publié le 09 novembre 2018

Les  dés  sont jetés et on n’attend plus  que le dépouillement  définitif des résultats sortis des  urnes. Les invectives  et  autres propos outranciers des journées enfiévrées de la campagne électorale viennent de  reprendre. Les  premiers chiffres des  suffrages  exprimés sortent à peine des  ventres des unités  centrales  du CENI que  déjà les  échanges verbaux par médias interposés polluent le climat politique de la capitale jusqu’à créer des nuisances  même au niveau  des  campagnes. Depuis la nuit  du  7 novembre, même certains observateurs ont commencé à émettre suspicions pas très  flatteurs  sur le déroulement de l’élection  en  général. Ils  font état d’anomalies, de pratiques  pas  très démocratiques  dans  quelques  bureaux  de vote, de confusions douteuses  dans les publications des scores de deux  favoris encensés par leurs  zélateurs  respectifs pour obtenir une  victoire au premier tour…Il ne  faut pas plus pour que la « Pravada » locale monte en  épingle les craintes secrètes des ouailles de l’autre  camp. En  agitant comme un  épouvantail  « le forcing de 2002 », une certaine  presse réveille dans l’esprit  des  gens une  épisode dramatique de la vie  de  cette nation qui  avait coûté des  vies  humaines rien  que pour  satisfaire l’ambition très  déplacée  d’un patron  d’entreprise qui  voulait devenir président de la République.

D’abord prétendre  gagner une  élection  présidentielle dès le « premier tour » cette fois-ci de la part d’un individu qui a pris le pouvoir  sans passer par les urnes avec toute la barbarie et les persécutions inhumaines à l’endroit des personnalités du régime de l’Amiral Didier Ratsiraka à partir de 2002 jusqu’à  ce qu’il prenne la fuite la queue entre les  jambes  en 2009, ne peut rassurer personne. Déjà le  fait que  sieur Marc Ravalomanana puisse jouir d’une injuste impunité au point de le permettre  de se positionner  comme candidat à la  présidence  est une insulte à la mémoire des pauvres innocents et  des élèves sous-officiers massacrés à l’entrée de la ville  de Fianarantsoa. Quand on  écoute lui  et  sa troupe de  fanatiques  adorateurs du Veau d’Or encadrés par ses  Tiko-boys crier  sur  tous les  toits et les  ondes que  ce dictateur aux mains  tachées de  sang mérite de  revenir au pouvoir par la grande porte, n’importe quelle personne sain de  corps  et d’esprit ne peut que  s’en offusquer  jusqu’à  avoir  envie  de vomir. Voilà  que depuis plus  de 24 heures, on nous  sérine à  tout  bout  de champs sans  désemparer que celui qui a presque  réussi à vendre une  grande partie du  territoire national, fait  des pieds  et  des mains pour poursuivre les  activités  destructrices qui furent à l’origine des accords pernicieux avec  des  étrangers pour  exploiter  de manière abusive tout le sous-sol  de  notre pays. Pour y  arriver, il  est  allé jusqu’à modifier  complètement le contenu  du  Code Minier. Il a fait pire : ne pas payer les  taxes sur  ses  activités  commerciales et industrielles, les  «coûts des prestations médicales de  son personnel » et une  énorme somme de dettes impayées, sans  compter les multiples  soustractions frauduleuses effectuées au  niveau  de la Banque Centrale  et  du  Trésor Public en vertu des privilèges  des  fonds  spéciaux mis abusivement à ses  dispositions.

Rien qu’avec un passé aussi  lourd  de multiples violations  de  nos lois, il  ne  doit pas   avoir  droit de prétendre à occuper la  direction  des  affaires  étatiques. Pourquoi alors lui  donner encore une fois l’occasion de jouir de la sorte des prérogatives  de l’Etat  alors que  tout le monde  sait  trop  bien, quel  genre  de personnage malveillant il était ? On ne peut pas  faire  croire à  tout un peuple que pour «tourner la page des  crises à répétition » et  « solder définitivement les comptes du  passé, notamment  entre les protagonistes  d’une  décennie de crise, » comme le laisse  entendre  Marwane Ben Yamed de Jeune Afrique, Il faut être amnésique. Il faut  beaucoup plus. Par  exemple, les  dirigeants  devront arrêter l’exercice des  « coups tordus » et se passer de la « soif de  revanche » qui les  dominent  tous. A la base de leur mésentente, il  faut  reconnaître cette tendance morbide  et égoïste à vouer une passion hautement  coupable  aux  fameux «  5 V » ( qui résume la boulimie maladive pour les Honneurs des mondanités, les Villas  somptueuses, l’Avoir, les  voitures luxueuses  de  dernier  cri et le  Plaisir charnel interdit). A l’heure  qu’il est  donc, ces messieurs  qui  se prennent pour les  sauveurs de la Nation se  chamaillent par factotums interposés pour  se positionner  afin  de  se  trouver  en haut  de l’affiche le jour  de la  proclamation  finale des résultats de la course à la présidence. Tels  que se présentent les derniers  chiffres diffusés officiellement par les  services  d’un  CENI  qui n’a pas su se montrer à la hauteur des  espoirs  qu’on attendait  d’un tel machin, une  fois  c’est Andry Rajoelina qui mène, puis dans la minute  qui  suit c’est Marc Ravalomanana que les  médias à  son  service  crédite de 68% des  suffrages pêchés  d’on  ne  sait  où  de quelle source peu  fiable  il  faut le reconnaître ? Alors  qu’à la même  heure le  score officiel obtenu à partir  de seulement quelques  bureaux  de  votes ne permet  guère d’être fixé sur  quoi que  ce soit rapporté par une  dépêche  d’agence  Marc Ravalomanana a déclaré :  Je suis optimiste et positif. Je ne crois pas qu’il y aura un deuxième tour. L’ex-président Hery Rajaonarimampianina dénonce pour sa part de « nombreuses irrégularités » lors de ce premier tour. Dans un communiqué, l’ancien chef de l’Etat a prévenu qu’il ne laisserait pas la population se faire dérober son vote, citant notamment un « fichier électoral non valide » et « la présence de bulletins déjà cochés ». Avec  des déclarations pareilles,  comment peut-on faire  confiance à un Marc  Ravalomanana qui  fait une  fixation inquiétante sur le  refus qui  avait provoqué en 2002, les évènements  fratricides  que  tout le monde  connaît. Il est  donc hors  de  question de s’attendre de lui une  attitude conciliante, même  surtout si les  urnes lui  refusent la légitimité. Messieurs les militaires  méfiez-vous, il y  a de l’orage  dans l’air, ne vous laissez pas instrumentaliser par ce  fou  du pouvoir ! Faisons nôtre les  vœux démocratique  de l’Ambassade des Etats-Unis à  Antananarivo  à propos  d’un : « président nouvellement élu redevable pour assurer que l’Etat de droit et la bonne gouvernance soient respectés. » Exit la voyoucratie et les laquais de l’argent  sale et de la corruption !

 

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