La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY : Méfiance justifiée et résultats pas du tout crédibles

Publié le 16 novembre 2018

Sans du  tout épouser les  réticences  du  collectif des  candidats qui  ont exigé le  report de l’élection du 7 novembre dernier, bon nombre de  médias n’hésitaient pas  déjà à constater que les trois poids lourds de la politique malgache, les ex-présidents Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina même  si  tout  au long d’une  campagne électorale à grand spectacle ils  avaient dominé « les médias, les  affichages dans la rue », ils n’ont pas  du tout  réussi à  convaincre pour autant la masse des  habitants. Parce que comme le  rapporte RFI deux jours  avant les  votes « Ils ont tous les trois dirigé le pays et ils ont échoué. (…) Madagascar a besoin de quelqu’un de nouveau, d’un nouveau visage. Depuis que les trois se sont succédé » la vie «  est devenue de plus en plus dure. » Un autre passant interrogé répond  au micro  du journaliste ajoute « Ces trois candidats ne me sont plus guère favorables pour notre pays, parce qu’ils étaient déjà là et notre pays est toujours comme ça… Nous sommes toujours pauvres. Mieux vaut ne pas élire les trois. Mieux vaut un autre candidat. Si c’est un de ces trois candidats qui est élu, il y aura du grabuge. » Pour ajouter ensuite « car si l’un d’eux est élu, « les deux autres ne l’accepteront pas et le pays sera à nouveau en crise ». Commentaire de l’organe source «Un sentiment partagé par de nombreux Malgaches. »

Il n’y avait pas  que ce phénomène de  rejet, mais après les opérations de vote les vrais problèmes  sont apparus sous la forme d’anomalies et  de pratiques contestables avérées.  «L’Union européenne a publié ses premières conclusions sur l’observation de l’élection présidentielle. Au chapitre sur la campagne électorale, un paragraphe indique que cinq candidats ont commis des infractions en distribuant de l’argent à leurs partisans. En bas de page, une note cite expressément Hery Rajaonarimam-

pianina et Andry Rajoelina, ainsi que les montants proposés. Lundi 12 novembre, le clan Rajoelina a récusé cette information par voie de presse et mardi soir, le candidat Rajoelina en personne a demandé à l’ambassadeur de l’Union européenne la publication d’un démenti ». De  telles irrégularités ont été constatées par des simples  gens, mais  aussi par  des observateurs internationaux  et  domestiques qui ont mentionné dans leurs  rapports et la  déclaration préliminaire sur  cette  élection  du  7  novembre 2018 «une note de bas de page qui aurait presque pu passer inaperçue. » Il était clairement spécifié «Dans certaines régions, les observateurs ont observé directement la distribution d’argent. Et dans d’autres cas, ils ont eu écho de propositions d’offres d’argent auprès de certaines autorités. Donc il appartient aux délégués des candidats concernés, aux observateurs nationaux et aux citoyens d’apporter les preuves s’ils s’estiment lésés. » Les auteurs du  document cité se croyaient obligés de souligner «les citoyens voire même les candidats adverses auront-ils les preuves nécessaires puis le courage pour déposer plainte auprès de la HCC, la Haute cour constitutionnelle, chargée des contentieux électoraux ? En cas de délit avéré, la HCC osera-t-elle disqualifier un candidat du scrutin ? »

Comme pour  répondre justement à ces interrogations, les candidats  pointés du  doigt nommément, les  partis concernés et bien  entendu les contestataires membres  du mouvement du refus de la tenue de ladite élection se manifeste dans ce  sens. Après le parti HVM qui a ouvert la  voie dans  ce  sens, les  candidats opposés à cette  élection par saisine collective adressée à la Haute Constitutionnelle « les requérants évoquent des griefs qui se rapportent au déroulement du processus de l’élection du Président de la République du 7 Novembre 2018. » Laquelle requête relève, par nature, du contentieux électoral  et dénonce ouvertement avec  preuves à l’appui que les actes « commis faussent complètement la sincérité du scrutin et du vote ». Par conséquent donc, « devant cette surabondance de preuve, le vote et le scrutin du 7 novembre 2018 s’avèrent nuls et non avenus». lls demandent son «annulation». Devant une situation  qui n’a  rien  de cocasse pour « Anja Rama, la coordinatrice générale de la communication d’Andry Rajoelina, l’heure est grave ». Réunion  de staff sur  réunion  de  staff, toute la classe politique malgache  de la capitale  se penche sur ces problèmes pourtant évitables, si au niveau  du  gouvernement, Christian Ntsay  et  son  gouvernement de  consensus composé en majorité de nouveaux membres, des  vrais amateurs parvenus n’avaient pas  fait preuve d’un entêtement  et  un  aveuglement  douteux. Aux dernières nouvelles, lors du conseil de ministres  du mercredi dernier, il était question  d’«éviter au pays de s’engouffrer dans une éventuelle nouvelle crise. Il a ainsi été ordonné aux membres du Gouvernement de prendre de la hauteur vis-à-vis de la situation et de dépasser toute dissension en se focalisant sur les intérêts de la population, car malgré les divergences du point de vue politique habituelles dans un pays démocratique, rien ne justifie la velléité de semer le trouble. »  Surtout  que face à la question  sécuritaire aggravée par la fréquence inacceptable des  kidnappings et « aux contestations relatives au déroulement de l’élection, au décompte des voix au sein de la CENI, et surtout, vis-à-vis du système informatique de ladite Commission électorale » le président par intérim Rivo  Rakotovao  avait  préconisé de « rompre cette spirale au plus vite. » Exact ! Mais avec le courage politique qu’il  faut pour  jeter dehors les maillons  faibles du système. Autrement, le pays « le pays sera à nouveau en crise. » A la grande  joie  de  tous les profiteurs locaux  et étrangers  qui ne  souhaitent qu’une pareille aubaine. Leur devise ? « A quelque chose malheur est bon » ! Et vogue  la galère…

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