La Gazette de la grande ile

Madagascar : Les théories courantes ne fonctionnent pas

Publié le 16 novembre 2018

Produire un modèle d’intelligibilité de la trajectoire économique longue de Madagascar.

La comparaison avec un certain nombre de pays d’Afrique permet de prendre une mesure plus palpable de l’échec malgache. En dépit de variations plus marquées au Cameroun et en Côte d’Ivoire, ces deux pays ont réussi à enclencher des processus durables de croissance ce dont Madagascar s’est révélé incapable. Madagascar ne souffre pas non plus la comparaison avec le Bénin et le Burkina Faso, pourtant infiniment moins bien dotés à tous points de vue. En dollars courants, le PIB par tête de la Grande Ile était deux fois plus élevé que celui du Burkina Faso en 1960. Cinquante ans plus tard, il lui était de 33% inférieur. Le retard du Bénin qui était de 30% à l’Indépendance s’est transformé en un avantage de près du double en fin de période. En moyenne ces deux pays, piètres performeurs à l’échelle mondiale, ont crû environ trois fois plus vite que Madagascar. La trajectoire malgache est donc très spécifique et il convient d’en rechercher les explications.

Ci-dessous, des extraits de la lettre d’information de DIAL DIALOGUE n° 51.Focus : L’énigme de l’effondrement économique malgache au prisme des sciences sociales. Mireille Razafindrakoto, François Roubaud, Jean-Michel Wachsberger .

Dans un premier temps, nous avons mobilisé la boite à outil élaborée par les économistes, à savoir la théorie de la croissance et du développement dans ses différentes déclinaisons. Ainsi, nous avons balayé un large spectre de déterminants possibles (the usual suspects), pour apprécier si en première analyse la dynamique de certains d’entre eux est suffisamment spécifique et déficiente pour servir de coupable potentiel pour expliquer le mal malgache (Razafindrakoto et alii, 2015 et 2017a). Or, ces facteurs généralement invoqués par les théories du développement sont apparus impuissants à expliquer la contreperformance malgache sur longue période.

Celle-ci apparaît d’abord aberrante à l’aune des “circonstances” favorables dont ce pays jouit : un pays aux frontières naturelles, riche en terres arables et en ressources minières et ligneuses, bénéficiant d’une unicité culturelle et linguistique et d’une pression anthropique limitée, soit autant d’avantages structurels (agro-climatiques, humains et politiques) que de nombreux pays pauvres (notamment ceux de la zone soudano-sahélienne) ne peuvent que lui envier.

  Echec économique

Les choix de politiques économiques ne permettent pas non plus de comprendre la trajectoire malgache. Madagascar a en effet exploré successivement la plupart des options (substitutions aux importations, ajustement structurel – croissance tirée par les exportations et les investissements étrangers -, lutte contre la pauvreté) et s’est globalement inscrite dans la lignée des politiques certes contradictoires mais recommandées par les bailleurs de fonds sans déviance majeure par rapports aux autres pays en développement (PED) africains notamment.

L’échec économique de Madagascar ne s’explique pas plus par la faiblesse structurelle de ses institutions. D’une part, le système institutionnel était à l’indépendance plutôt plus solide que dans d’autres PED comparables. D’autre part, Madagascar a montré à plusieurs reprises sa capacité institutionnelle de régulation (dans la sphère économique, succès continental exceptionnel des zones franches de 1995 à 2001 ; dans la sphère bureaucratique, performances en matière de lutte contre la corruption bureaucratique entre 1995 à 2005 ; dans la sphère politique, double alternance démocratique lors des deux scrutins libres successifs de 1993 et 1996).

Enfin, la diversité ethnique, mise en avant dans de nombreux travaux dans la lignée d’Easterly et Levine (1997) pour expliquer la contreperformance africaine n’est pas non plus une clef du système malgache. Madagascar est l’un des pays où la dimension ethnique dans la vie politique et économique est la moins marquée sur le continent.

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