La Gazette de la grande ile

Antananarivo, 1er décembre 2008. L’hôtel de ville renaît de ses cendres

Publié le 01 décembre 2018

J’avais 18 ans ce samedi 13 mai 1972. Nous étudiants, y avions lancé des chiffons enflammés pour déloger des éléments des FRS qui, après avoir tiré sur nous à balles réelles, s’y étaient retranchés. Hélas, les boiseries avaient pris feu et l’ensemble de l’Hôtel de ville est parti en fumée Seigneur que le temps passe vite ! Il y a exactement 10 ans aujourd’hui 1er décembre 2018, Andry Rajoelina (jeune entrepreneur de 34 ans à l’époque, élu Maire de la ville d’Antananarivo, le 12 décembre 2007) relève un défi sans précédent : faire renaître de ses cendres, l’Hôtel de Ville de la Capitale de Madagascar, dévoré par les flammes le 13 mai 1972 ! Jusque-là, tout n’était que verba sans acta… Souvenirs que d’aucun cherche à escamoter par ignorance ou tout simplement jalousie pure et dire.

Mamy Rajaobelina sur l’avenue de l’Indépendance, ce lundi 1er décembre 2008, montrant la maquette sur papier du nouvel hôtel de ville

Le lundi 1er décembre 2008, les dirigeants de la Commune urbaine d’Antananarivo-ville (CUA), menés par le Maire Andry Rajoelina, sont descendus sur l’ex Place du 13 mai, avenue de l’Indépendance. Ce jour marque le début officiel des travaux de reconstruction de ce bâtiment public initialement construit en 1935 par l’architecte Jean Henri Collet de Cantalou. Rappelons que sept entreprises avaient souscrit à l’appel d’offres relatif à la construction de l’Hôtel de ville d’Antananarivo lancé par la CUA. Il s’agissait de : Colas, Ece, Pro Immo, Scb, Sobatra, Sogecoa, Vima. Dans ce contexte, j’avais interviewé Mamy Rajaobelina, un des architectes de la société Vima (Vision Madagascar), adjucatrice du marché.

« Tout d’abord, sachez qu’il s’agissait d’un appel d’offres restreint mais toutes les procédures régissant le marché public ont été respectées. Techniquement parlant, les étapes pour la reconstruction de l’Hôtel de Ville d’Antananarivo vont se dérouler sur une période de 10 mois dans un premier temps. Cela comprendra le terrassement, les fondations, l’élévation des murs jusqu’à la couverture (la toiture). Au mois de septembre 2009, le bâtiment sera érigé et couvert. Par la suite auront lieu les travaux de finitions qui consisteront en la réalisation de l’électrification, le carrelage, le revêtement, les ouvertures (portes et fenêtre…). La nouvelle construction ne sera pas l’identique de l’Hôtel de Ville incendié car, déjà, les fonctions qui vont être dedans seront différentes de l’ancien Hôtel de Ville. Ici, par exemple, nous aurons un amphithéâtre qui permettra de recevoir le Conseil municipal. Certes, il y aura un air de famille parce que nous sommes sur l’avenue de l’Indépendance qui exige une certaine unité architecturale mais, dans l’ensemble, ce sera tout à fait différent. « Sahala fa tsy mitovy » (littéralement : pareils mais pas mêmes) comme on dit en malagasy. En matière de problèmes possibles, il n’y aura que les intempéries climatiques en tous genres, croisons les doigts mais, dans l’ensemble, ces intempéries sont prises en considération dans le délai de 10 mois ».

Par ailleurs, ce lundi 1er décembre 2008, lors du lancement officiel des travaux de reconstruction de cet Hôtel de ville, le Maire Andry Rajoelina a révélé les étapes suivantes :

« Le financement total pour ériger la bâtisse est déjà disponible depuis quelques mois. Par contre, c’est dans le volet des finitions que nous, population d’Antananarivo, allons démontrer avec amour, cet esprit de solidarité et de fierté nationale qui nous est propre. En quoi faisant ? En vous invitant tous à prendre part aux travaux de finitions de cet Hôtel qui fait que la ville est ville (« Ny Lapa ny maha Tanàna »). Actuellement, le nombre des citoyens de la Capitale est de 1.800.000. Il suffit que chacun de nous apporte une contribution de 1.000 ariary pour que notre Hôtel de Ville renaisse de ses cendres.

« L’équipe de la Commune Urbaine d’Antananarivo mènera une campagne de communication qui vous permettra de suivre l’évolution de la participation de tous, sans exclusif. Ainsi, un compte à rebours sera lancé, jusqu’à atteindre le chiffre Zéro. C’est-à-dire que, lorsque ce chiffre sera atteint, tous ces 1.800.000 personnes, sinon plus, et qui sont nos contemporains, auront effectivement contribué à laisser à la postérité un témoin architectural de notre mémoire collective. Un livre d’Or sera mis à disposition, ici, devant notre futur Hôtel de Ville, où seront consignés nos noms. Ce, à titre individuel ou à titre associatif. Par ailleurs, un « listing » sera publié dans les principaux journaux et affiché là où il le faudra pour que la transparence règne effectivement.

« Concernant les travaux à proprement parlé, ils ont été confiés à la société VIMA (Vision Madagascar) qui, à compter de ce jour (Ndlr : 1er décembre 2008), nous donne 10 mois pour ériger un Hôtel de Ville digne de la Capitale de Madagascar. C’est-à-dire qu’en septembre 2009, sur cette place tout en chantier, sortira de terre ce qui sera le futur fleuron architectural et patrimonial de la Ville d’Antananarivo. Pour les finitions, à savoir entre autres : l’électrification, le carrelage, le revêtement, les ouvertures -portes et fenêtre-…, ce sera donc à nous de montrer notre volonté d’achever entièrement et dans les normes ce nouvel Hôtel de Ville longtemps promis mais jamais reconstruit jusqu’à aujourd’hui ».

Il faut se rappeler que le 17 mai 2008, le Maire fraîchement élu avait procédé à la pose symbolique d’une plaque commémorative (qui a, hélas, disparu depuis) et de la pierre angulaire (« vato fehizoro ») marquant sa volonté de réaliser ce qu’il avait promis durant sa campagne électorale pour le poste de premier magistrat de la Capitale de Madagascar, en décembre 2007. Il est donc indéniable que lorsqu’Andry Rajoelina promet une chose il la réalise. Ce fut le cas lorsqu’il a été président de la transition de 2009 à 2014. Il est la cheville ouvrière de la rénovation de l’Hôtel de ville de Toamasina. Le Coliseum d’Antsonjombe c’est lui, le stade de rugby des Makis à Andohatepanaka, c’est encore lui, Les hôpitaux aux normes (« Hopitaly manara-penitra ») complètement laissés à l’abandon par le régime Hvm/Rajaonarimampianina pour cause de jalousie morbide, c’est toujours lui. Il est prouvé que toutes ces réalisations demeurent d’utilité publique et ne sont pas la propriété du couple Andry et Mialy Rakoelina. Cela contrairement aux réalisations de Marc Ravalomanana, président de la république de 2002 à 2009, qui ont été construites uniquement pour étendre la mainmise de sa société Tiko sur tout l’ensemble du territoire. Vous connaissez les magasins Magro ? La liste des réalisations de Marc Ravalomanana destinées à servir uniquement ses intérêts propres, en plus des spoliations de meubles et immeubles de l’Etat malagasy, se trouve consignée dans le livre «Tikoland, les comptes de fait de Marc Ravalomanana », en vente sur Amazon.

Georges Andriamanantena, alias Rado, le 17 mai 2008. A droite du couple Andry et Mialy Rajoelina, le pasteur Richard Andriamanjato, en lunettes noires, ancien maire d’Antananarivo décédé le 16 mai 2013

Pour en revenir à l’hôtel de ville d’Antananarivo, le journaliste-écrivain-poète Georges Andriamanantena, alias Rado, a pondu un poème qu’il a récité le 17 mai 2008 sur les lieux même. Malheureusement, il ne verra pas le nouvel hôtel de ville puisqu’il décède le 15 septembre 2008. Mais ce poème restera éternel. Le voici avec une traduction libre :

LAPAN’NY TANANAN’ANTANANARIVO
Kianjan’ny Fahaleovantena, ny Asabotsy faha-17 May 2008
Enin’ambitelopolo taona raha ny marina ka mba tsahivo
Tam’izay no kila sy may ‘lay Lapan’Antananarivo
Ory ny fon’ny Vahoaka nahita an’ireo donan-tsetroka
Any anatiny mangorohoro, te hitraotra ary koa semposempotra
Vetsovetson’ny fo tam’izay no sisa reko tey :
« Rahoviana vao mba hisy indray izay Lapa ho solon’ity ? ».

Kinanjo fe ankehitriny, tsy nisy izay nanelingelina
Nijoro ‘lay ANDRIN’Iarivo, nitsangana ilay RAJOELINA
Nampian’ireo mpanolotsaina, nitafy ny Fanantenana
Hanorina ilay vaovao, ho  Lapan’izato Tanàna.
Dia Lapan-Tanàna mijoro, voakajy sy manara-penitra
Manaraka ny toetr’andro no tsara tarehy sady mendrika
Ny asa rehetra avy ao dia ho fanasoavam-Bahoaka
Hitana ny marina hatrany, ho lavitr’izay « Ampamoaka »
Dia ho Lapan-Tanàna anehoana ny marina miharihary
Ka ny fomba fiasa imasoana dia « Asa fa tsy mba Kabary ».
Ny toerana hasiana aza indray no aoka asiam-pitenenana
Ka tena Kianja mitandro an’ilay Fandriampahalemana
Tsy Kianjan’ny Ramatahora na fidinana an-dalambe
Fa Kianjan’ny Fifankatiavana, ary izany no atao rehareha
Dia Kianjan’ny Firaisankina : ekena tsy misy fandavana
Satria Malagasy miray tsy misy mifanavangavana.
Ka raha Teloambinifolon’ny Mey no lavenona ilay teo aloha
Dia Teloambinifolon’ny Mey no hajoro ialy Faharoa
Ka ny Dinian’ny mpifankatia no Dina ifanaovana anio
Tsy ho fihatsarambelatsihy fa tena amin’ny fo madio
Ny tanjona hany hotratrarina no sady hiaraha-mitazana
Dia ny hasin’Antananarivo Renivohitr’ity Tanindrazana

Andriamanitra Ray ao ambony anie hitahy an’ity fikasana
Hamita ary koa hampijoro ny Lapan’izato Tanàna !

RADO : Androany 10 Mey 2008

TRADUCTION LIBRE SANS RIME
Hôtel de ville d’Antananarivo

 36 années déjà, il est bon de s’en souvenir
C’est à cette époque qu’un incendie ravagea  l’Hôtel de ville
Les colonnes de fumée attristèrent le cœur du peuple
Envahi d’une rage contenue, au bord de l’asphyxie
Se demandant, dès lors, dans de profonds soupirs :
« Quand donc cette bâtisse renaîtra-t-elle de ses cendres ? ».

Et soudain, à présent, alors que nul ne s’y attendait
Le PILIER  d’Antananarivo se dresse, le nommé RAJOELINA monte au créneau
Epaulé de ses conseillers, tous revêtus de l’Espoir
Dans le but de reconstruire un nouvel Hôtel de ville.
Un hôtel de ville nouveau, aménagé pour répondre aux normes
Correspondant aux technologies de ce troisième Millénaire
Destinées à améliorer le vécu au quotidien du peuple
Ayant pour fer de lance la Vérité, loin de toute démagogie
Un hôtel de ville, comparable à la Vérité sortant du puits
Avec pour unique leitmotiv : acta non verba
Parlons à présent du lieu de cette reconstruction :
C’est un endroit privilégiant la Paix avec un grand « P »
Pas une place de la répression ni celle des descentes dans la rue
Mais une Place de l’Amour, pilier de notre fierté
Une Place de l’Unité, de l’Union sans commentaire aucun
Parce que les Malagasy ne font qu’un sans nulle distinction.

Si un 13 Mai, l’ancien hôtel de ville a disparu dans des flammes
Ce sera un 13 mai que le second renaîtra de ses cendres (Nota : cette pose avait été reportée pour le 17)

Aujourd’hui, c’est un serment de l’Amour que nous faisons ici
Exempt d’hypocrisie mais venant du plus profond du cœur
L’objectif que nous ne perdrons jamais de vue, et que nous atteindrons
C’est de redorer le blason d’Antananarivo, Capitale de notre Mère Patrie

Que Dieu le Père qui est aux Cieux bénisse ce projet
Et que ce nouvel Hôtel de ville puisse réellement être érigé !

Traduit par Jeannot Ramambazafy le 18 mai 2008

Réponse de Marc Ravalomanana à Jacques Chirac sur 1947 : « «1947 ?  Je n’étais pas encore né à l’époque, ça ne me concerne pas ! »

Enfin, pour clore ce dossier de souvenir historique, l’inauguration de l’Hôtel de ville d’Antananarivo reconstruit (et non rénové) a eu lieu le samedi 11 décembre 2010, juste après la proclamation officielle de la IVème république de Madagascar qui a eu lieu au Palais d’Etat d’Iavoloha. Ce jour-là, si l’ensemble des diplomates accrédités dans le pays était présent, par contre le président Marc Ravalomanana a formellement interdit aux membres du gouvernement de venir assister à cet évènement sous peine de révocation. Ce déni de l’Histoire est devenu la marque déposée de ce Marc président démissionnaire le 17 mars 2009. Rappelons-nous sa réponse au président Jacques Chirac, venu à Madagascar en juillet 2004 et juillet 2005, à propos des évènements sanglants de 1947 : «1947 ?  Je n’étais pas encore né à l’époque, ça ne me concerne pas ! ». Les électeurs Malagasy sont-ils maudits ou vont-ils se maudire le 19 décembre 2018 ? Autre date, autre histoire…

Dossier de Jeannot Ramambazafy

 

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