La Gazette de la grande ile

Marc Ravalomanana : la victoire dans la rue ?

Publié le 27 décembre 2018

Plutôt modéré et accommodant dans sa déclaration de dimanche soir, Marc Ravalomanana a vu sa position changer du tout au tout ces dernières 24 heures. Son ton a durci et l’homme glisse vers la radicalité, appelant ses partisans à se rassembler samedi sur la Place du 13 Mai. Ayant (provisoirement) perdu le combat dans les urnes, il veut apparemment forcer la victoire dans la rue. En tout cas hier, au QG de Bel-Air, la foule des partisans a gonflé, à tel point qu’on fut contraint de délocaliser le rassemblement dans un site mieux approprié, le gymnase couvert de Mahamasina. Là, dans une ambiance enfiévrée accrue par la température d’un été torride, responsables du comité Ravalomanana et partisans se relayèrent au micro, dénonçant les « fraudes massives » et la « complicité entre la Ceni et Rajoelina ». Dans cette atmosphère exaltée, on en vint à exiger la vérité des urnes et à réclamer des actions énergiques pour y parvenir. C’est dans ces conditions qu’est née l’idée de se rassembler sur la place du 13 Mai, site le mieux indiqué pour les revendications politiques d’une certaine altitude.

Même chez les intellectuels de l’entourage de Marc Ravalomanana, on est persuadé de la falsification à grande échelle des résultats. Comme l’avocate Hanitra Razafimanantsoa qui parle de « fraudes organisées », se référant notamment aux chiffres provenant d’Amboasary-Sud. Les pièces à conviction s’y rapportant seront certainement exhibées et martelées samedi sur la Place du 13 Mai pour mieux galvaniser les masses… De vives alarmes en tout cas depuis la décision de Marc Ravalomanana de transporter ses troupes sur la Place du 13 Mai, site de tous les mouvements subversifs et de toutes les répressions fumeuses. La population de la capitale répondra-t-elle en masse à l’appel, comme en 2002 ? On ne le sait encore, mais signalons un fait : l’électorat tananarivien de Marc Ravalomanana est constitué des résidents des quartiers situés en hauteur (Faravohitra, Ambondrona, Ampandrana, Andravoahangy, Ankadifotsy etc.). Ces quartiers dits bourgeois sont en fait peuplés d’une classe moyenne qui œuvre dans le commerce, dans l’administration et dans le secteur des services. Bien que sévèrement affectée par la crise, cette population garde un solide fond d’honnêteté, et si les preuves de l’inexistence (ou du caractère limité) des fraudes sont administrées, elle désertera la Place du 13 Mai. Bref, la Ceni (puis la Hcc) devrait procéder à la confrontation de tous les PV sollicitée par le camp Ravalomanana. Puis tirer au clair les irrégularités recensées, notamment les cas une seule personne vote en plusieurs endroits, ou une seule personne signe les PV de plusieurs bureaux de vote etc. En démocratie d’ailleurs, il s’agit là d’un exercice sain auquel les responsables des élections ne devraient pas se soustraire. On n’est pas obligé de se plier au diktat des pro-Ravalomanana qui réclament l’annulation de la publication ce jour des résultats officieux. Mais cet évènement ne devrait pas signifier la fin des opérations de contrôle et de vérification du côté de la Ceni. Et si des anomalies de grande ampleur sont constatées, leur existence devrait être portée officiellement à la connaissance de la Hcc. Bref, ces élections démocratiques, transparentes et crédibles que l’on serinait au moment des préparatifs, c’est tout cela…

Adelson RAZAFY

 

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