La Gazette de la grande ile

Location des Airbus A340 : Air France réclame des millions de dollars à Air Madagascar

Publié le 04 janvier 2019

A peine remise sur la piste d’envol, Air Madagascar est-elle condamnée à sombrer pour de bon sous les dettes ? Citant le magazine « Jeune Afrique » qui en a fait un scoop, nos confrères de La Réunion révèlent l’existence d’un litige commercial entre Air Madagascar et Air France à propos de la location des deux Airbus A340. Air France réclame 101 millions de dollars à la compagnie aérienne malgache, indique-t-on. Le chiffre est exagéré, nous précisent toutefois des cadres d’Air Madagascar en retraite qui nous rappellent toute l’histoire.

Ces deux appareils ont été acquis en avril 2012 pendant la période de la Transition. Soit un an après la sanction infligée à Air Madagascar au titre de l’annexe B de l’Union européenne. James Andrianalisoa et Henry Rabary-Njaka étaient alors recrutés comme consultants pour sortir la compagnie nationale aérienne de cette liste noire et la relancer. Payés chacun à 900 euros par jour, les deux hommes n’ont trouvé d’autre moyen que de louer les 2 Airbus 340 chez Air France espérant qu’en procédant ainsi, la France qui est à l’origine de la sanction, allait nous aider à nous en sortir. Ces 2 avions faisaient partie d’un lot de 10 Airbus A340 dont Air France cherchait à se débarrasser, car trop coûteux à l’exploitation à cause de ses 4 petits moteurs gros consommateurs de carburants. Presque toutes les compagnies du monde faisaient d’ailleurs comme Air France.

 A la recherche d’une reconnaissance internationale et visiblement trompé par ces deux « expatriés », Andry Rajoelina et une forte délégation de la transition font le déplacement à Toulouse pour réceptionner à grande pompe les deux avions. On disait fièrement à ce moment-là qu’au bout d’un contrat de location de 6 ans, ces 2 Airbus 340 deviendraient propriété à part entière d’Air Madagascar. Une belle performance pour la Transition malgré les sanctions financières de la communauté internationale.

Peu de temps seulement après l’atterrissage à Ivato des 2 appareils, c’est pourtant la désillusion. Ces derniers ne peuvent pas rallier Paris ou survoler le ciel européen, car déjà immatriculé au nom d’Air Madagascar qui est sous liste B. Contrairement aux attentes, la  France n’est jamais intervenue en faveur de la compagnie nationale malgache  sauf à la veille du sommet de la Francophonie en octobre 2016. Air Madagascar a dû négocier au prix fort l’immatriculation de l’un des deux appareils au nom d’une compagnie islandaise qui assurait alors tout l’équipage technique et commercial dont le coût réduit d’autant la marge d’Air Madagascar.

En juin 2015, après que Henry Rabary-Njaka, alors DG d’Air Madagascar ait bradé les 3 avions ATR de la compagnie et que James Andrianalisoa (DG de l’ACM) peinait à sortir de l’annexe B, le personnel commence à se poser des questions sur la location des 2 Airbus 340, mais aussi du Boeing 737-800 à une compagnie chinoise et les conditions de vente des ATR et de location de 3 autres. Des rumeurs parlaient de surfacturation. A sa nomination en octobre 2015, le DG canadien d’Air Madagascar, Gilles Fillatréault annonce vouloir faire la lumière sur tous les contrats de location d’avions.  A son retour de Paris, c’est pourtant le silence radio et il adoptera ce comportement jusqu’à son départ en fin 2016.

Ce sont nos confrères réunionnais qui parlent aujourd’hui de 500 000 dollars par mois. Les dirigeants d’Air Madagascar étant injoignables, des cadres en retraite nous  révèlent cependant que le contrat conclu en 2012 était en fait un crédit bail sur un total de 62 millions de dollars avec un taux d’intérêt de 6% l’an. D’après nos interlocuteurs, Air Madagascar aurait dû payer 80 millions de dollars de remboursement en loyers et intérêts pour entrer en possession des deux appareils. Seulement, Air France ne l’entendrait pas de cette oreille, mais évoque une clause selon laquelle il faut s’acquitter d’un certain montant après la location. Ce sont sans doute les 46 millions de dollars demandés devant le tribunal de commerce de Paris, évoqué par Jeune Afrique et repris par nos confrères réunionnais.

Bien avant ce procès de décembre dernier, Air Madagascar a intenté en justice Air France, en août,  pour « le paiement de 15 millions d’euros en règlement d’un solde du contrat », selon toujours Jeune Afrique.

On ne sait pas comment ce litige va se terminer. Tout ce que l’on pourra dire est que le pouvoir de transition supposé soutenu par la France s’est fait flouer par les manigances de deux individus. Qui plus est, des Français sans scrupules veulent encore se faire des sous en voulant imposer à Air Madagascar de payer des dizaines de millions de dollars pour deux rafiots qui ne valent plus pratiquement rien. Des vieux pilotes installés à Madagascar ne donnent plus aujourd’hui pas plus de 10 millions de dollars pour chacun des deux appareils. Faites le compte !

Sa

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