La Gazette de la grande ile

Chronique : L’élection d’un revenant  et la fureur d’un perdant

Publié le 08 janvier 2019

Avec l’élection de Hery Rajaonarimampianina de l’année 2013 et celle qui aujourd’hui va consacrer à coup sûr le retour d’Andry Rajoelina à la conduite des  affaires nationales, le reste  du monde  et les  habitants de l’île s’attendent à ce  « nouveau départ » auquel les  observateurs  font état. Or à partir  des échanges d’accusations très  critiques entre les deux  finalistes  d’un processus  électoral  très passionné et fort  houleux la  suite des  évènements laisse  «présager  de  très  vives  tensions » selon les mêmes  sources. Pour Marc Ravalomanana d’après l’avis  d’un analyste «c’est une question de vie ou de mort. Son groupe ne peut pas survivre s’il ne reprend pas le pouvoir, (…) Quant à Andry Rajoelina, son histoire personnelle est salie par le coup d’Etat. Il doit gagner pour laver son honneur. » L’un comme  l’autre, ils s’accusent de  fraude, de nombreuses manipulations, d’actes  de  corruption  et de tentative de détournement  des voix. Et la presse internationale de conclure qu’ «avec  des  airs de  règlement de compte personnel(…) La rivalité, voire l’inimitié exacerbée, entre les deux hommes fait planer le risque d’une nouvelle crise politique… » C’est dans un climat politique  aussi délétère que  contre  vents  et marées la Haute  Cour Constitutionnelle fera part à la  nation de l’arrêt sur le verdict des  urnes. Malgré l’obstination furieuse du camp du  candidat N°25 déterminé à barrer la route à celui qui succédera au « Rajao » que  des parlementaires  acquis  au sens propre  et au  figuré à la cause du revanchard au mois  d’avril  dernier avaient tenté sans  succès de faire  tomber.

Aujourd’hui, quand vous lirez ces lignes, le  nom du nouveau président de la République sera connu de la manière la plus  officielle et cet acte des  juges d’Ambohidahy, «ne sera susceptible d’aucun recours ». Peu importe la  réaction que pourrait manifester ouvertement ou en coulisse celui  qui n’a même pas  attendu la publication  des  résultats  définitifs  de l’élection pour mobiliser dans la  rue des ouailles. L’histoire de Madagascar prend ce jour la direction d’une évolution vers le point de  non-retour. L’opposition  qui montre  déjà  ses dents ne cache pas  sa capacité de  nuisance depuis les manifestations de  samedi dernier en apportant un démenti public au texte d’un slogan largement diffusé par SMS quant à son intention de  façade mensongère de chercher à bâtir  et non  détruire. Les admirables clôtures du parvis de l’Hôtel de Ville ont subi des  actes  de  vandalisme déplorables. Jour après jour  depuis, les  signes  d’énervement apparaissent sur la place  publique et polluent les ondes  des  stations de  radios  et  de  télévisions que  sauf miracle, les prochains verront des actes  de  violence  regrettables à  cause de la  véhémence partisane d’un entourage de têtes  brûlées qui  ne  rêvent  que plaies  et  bosses afin de  voir l’ancien président autoproclamé en 2002 diriger  de  nouveau un pays malmené par sa présence à la  tête de la République jusqu’en 2008. C’est  justement cette manie qu’il  a de ne pas  respecter la  voie prévue par la  Constitution qui ne rassure personne même s’il prétendait il y  a quelques  jours  encore  être décidé à se plier à la volonté des  électeurs.

Spécialiste et maniaque du  refus de la parole donnée, Marc Ravalomanana sera maintenant le vrai problème de Madagascar. Il n’est pas  à une  fourberie près…Conscient de la  défaite  certaine  qui l’attend et des moments pas  très  confortables qui feront désormais partie des  réalités  quotidiennes  de  son  existence de profiteur et de complice des  pilleurs  de nos  ressources nationales, cet  homme est  dangereux. Même  si  sa  cour de  zélateurs ne  voient  en lui  que le Dada, le patron  d’entreprise coté par le Magazine Forbes et l’homme  de pouvoir au  double langage  qui n’hésite point à  confondre les  caisses  de la Banque Centrale de la République de Madagascar avec les  trésoreries de son  empire commercial  et  industriel, il  reste  et demeure le  mégalomane qui n’a pas peur de servir  des mesures  de  détaxations fiscales pour faire profiter  les filiales  du  Groupe TIKO d’énormes  avantages qui grèvent lourdement les situations  financières de l’Etat. Cette mentalité de président en  vertu d’astuces  extraconstitutionnels flagrants, il ne manque pas  d’inquiéter une majorité silencieuse  qui a  rarement  voix  au  chapitre dans leurs  contrées enclavées  et leurs  villages  du bout  du monde. Guillaume Lafargue  a mille fois raison  de dénoncer qu’ «il risque ni plus ni moins de mettre en danger la paix dans le pays ».  Avec  sa  grande  gueule  de politicard trompeur et démagogue, il ne manquera  sûrement pas de pourrir l’existence à Andry Rajoelina et  son  équipe. Si par naïveté imprudente, laissent  faire cet individu.  Ce véritable truand  en  costume et cravate rouge n’a pas peur de  salir l’image du  nouveau président avec  toutes  ces opérations  qui ont marqué les premiers pas de l’équipe de la Transition sous les coups des  bombes  artisanales de  quelques kamikazes locaux aveuglés par le  gain rapide proposé par un homme  pour qui l’argent n’a pas  d’odeur. Après  sa fuite  en Afrique  du  Sud, le paysage politique de la capitale  a été bousculé par  ces successions  de menaces terroristes  d’explosifs déposés  dans  des lieux publics. Un imprudent a même perdu la  vie au  cours d’un déplacement vers le lieu choisi pour provoquer une  explosion  sanglante. Le général  de Division Richard Ravalomanana se souvient sûrement de  cette  époque très marquée par un  activisme  agitateur des partisans  de  MAGRO. Qui nous  dit que ces  incendies qui  embrasent certains quartiers  et même des immeubles abritant des groupes  de médias ne  serait  en définitive  que le  début de la reprise des mauvaises  actions d’un perdant incapable de se maîtriser ? Histoire de mettre la  pression  sur un  régime  qui  débute  dans le pouvoir obtenu légitimement à la suite des votes de ses  compatriotes…Seul un laxisme complice  et  frileux empêche le président par  intérim de  prendre ses responsabilités pour mettre un holà à cette  situation d’impunité injuste en  faveur d’un  repris  de  justice qui en  sus  d’avoir un bulletin  de casier judiciaire plus du tout vierge, incite ouverte la populace à la révolte. Mais où  va  ce pays avec  des dirigeants pareils ? Chanter  et  entonner  en  chœur une chanson au  cours  d’une cérémonie de présentation  des  vœux  dans un palais d’Etat  c’est  bien beau, mais qu’on  choisisse un tube de Backom avec pour  titre la «destination Mausolée » et l’état  de fortune d’on  sait qui, dénote  un discours  forcément  révélateur sur on  ne sait quel  souhait macabre  à l’intention  de  qui ?

Lire aussi