La Gazette de la grande ile

Madagascar : Le refrain éculé de la pauvreté

Publié le 10 janvier 2019

Comme l’observent de nombreux observateurs étrangers, la directrice de recherche de l’IRD, Mireille Razafindrakoto, répète que la population se préoccupe surtout dans la compétition politique au sommet de l’aggravation de la pauvreté. Cette appréciation est discutable et elle aboutit à dépolitiser la question de la gouvernance criminelle. Or, l’économie illégale envahit aujourd’hui tous les secteurs de l’économie sources de devises, de l’or à la vanille : « hot money » et « cold beer» se répandent dans les régions minières et agricoles. Si la pauvreté réelle ne se réduit pas, la circulation monétaire s’accélère et l’accès aux biens s’étend à de nouveaux groupes. Face à cette richesse étalée hors des grandes villes, l’insécurité persiste. Par exemple, la hausse du prix de la vanille métamorphose sa capitale, Sambava, excitant vols et convoitise. Des milices d’autodéfense se sont développées, comme l’explique le New York Times, nourrissant un peu plus la défiance des victimes des tentatives de régulation de l’exploitation des ressources naturelles par l’administration. De plus, ce pillage des richesses naturelles met en exergue de nouvelles icônes de réussite, dont l’évergétisme est un levier contre les pouvoirs publics : « beaucoup d’exploitants historiques du bois de rose sont connus pour leur goût du luxe ostentatoire. Véhicules 4×4 grand luxe du dernier modèle, avion privé […] grandes fêtes populaires […] quand il s’agit de mobiliser contre une mesure du gouvernement une population rurale que l’on amène par camions gratuitement depuis la brousse. ».

La défiance de la population vis-à-vis de l’État n’est pas récente mais elle se renforce avec les exubérances d’une classe de loisirs et la perpétuation d’un État arbitraire et autoritaire. En témoigne la faible participation aux scrutins, en dépit de l’acharnement de la bureaucratie nationale et internationale  et du renouvellement de l’aide extérieure qui la nourrit. Ainsi les inscrits aux scrutins représentent une part réduite d’une population souvent sans état civil et exclue des listes électorales. Aucune réelle distribution de cartes d’identité n’a été menée de 2013 à 2018…

 Par Olivier Vallée

Édition : Ariane Bernard

 

Lire aussi