La Gazette de la grande ile

L’espoir des uns et les exigences des autres

Publié le 10 janvier 2019

Rapportant à la Une la victoire incontestable par principe d’Andry Nirina Rajoelina, la majorité des  rédactions de la capitale n’ont plus cru bon de ressasser les  motifs d’irrecevabilité des  griefs infondés et de rejet de presque toutes les  requêtes à l’exception de  quelques cas rares précis qui ont mérité l’annulation et un  redressement de la part de la Haute Cour Constitutionnelle. C’est  tout  juste si la presse  écrite locale n’a pas  consacré  au succès du candidat N°13 un « hosanna » prélude d’une période d’un état  de  grâce.  Période  de trêve républicaine qui donnera  au  nouveau président le temps de préparer à  tête reposée  son  entrée  dans l’arène où ses  inévitables  détracteurs  l’attendent au tournant et ne lui  feront pas  de cadeaux. Rien  que pour le  plaisir de lui  faire  comprendre qu’il a  sérieusement intérêt à tenir compte de l’utilité d’une opposition sincère participative. En  tout cas, malgré cette étiquette insultante  appliquée à la majorité silencieuse toujours  considérée comme de  simples machines à  voter, corvéable à merci la population ne  cache point  son  espoir de  voir  ses  attentes être prises  en  compte, sans exiger de la part  du deuxième président de la 4ème République de la  réaliser au pas  de  course  des engagements  qu’il a pris  durant la campagne électorale.

La population n’est pas   aussi bornée  qu’on le croit pour l’obliger à  faire des miracles pour panser les plaies socio-économiques des  années  d’errements  du passé dans le  désert de la mauvaise gouvernance  et de la conduite des  affaires  de l’Etat rien  qu’au profit d’une oligarchie toujours la même  qui  sait manipuler  avec  finesse les  décideurs de  ce pays. L’un  des plus grands  torts de  son prédécesseur a  été  d’oublier  qu’il  avait promis solennellement au  cours  de  son  investiture que l’année 2014 sera  «le tremplin de notre nouveau rêve ; qu’elle soit l’année où Madagascar redevient la Grande île de lumière et de prospérité.(…)Pour  ajouter  aussi : «Je sais l’importance symbolique de la parole présidentielle : se voir la nécessité qu’elle rassemble parce que le Président incarne l’Unité de la Nation. En tant que Président de tous les Malgaches, je dois être libre de toute idéologie, éviter tout esprit partisan pour incarner l’intérêt général. C’est cela ma référence ultime. En ce sens, je m’entourerai de compétences de tous bords pour renforcer l’Unité Nationale et créer un Madagascar de l’Excellence.» Hélas ! Mille fois  hélas ! Les observateurs  internationaux  eux-mêmes furent obligés  de  reconnaître en 2015 déjà  que  tous les  ingrédients sont  réunis pour que le  régime du parti présidentiel  HVM finisse mal le mandat  de Hery Rajaonarimampianina. Les  analystes ont dû reconnaître  qu’ «un Gouvernement nul qui tourne en rond et qui manque de repères, navigue sans vue, avec un programme édifié au jour le jour (…)Les bailleurs de fonds qui font de la résistance, qui refusent d’avancer des fonds et qui ont compris que les élections municipales seront encore de l’argent jeté par la fenêtre… » Dans la complaisance la plus  totale,  cette  déplorable  situation  de mauvaise  gouvernance  va perdurer jusqu’au jour où poussé à la  démission, par le décret  de convocation d’un  gouvernement  de consensus entré en scène au mois  de juin  dernier, le président sortant aura  droit à une minable porte  de  sortie  avec un  score  de  lors  d’une  élection présidentielle anticipée très  controversée.

Il faut reconnaître  que les premiers pas  du nouvel  élu à la magistrature  suprême n’a  justement rien  de  comparable avec le « Rajao » que les  comploteurs de la Place  du  13 Mai avaient  demandé la tête… Dans un  style très populiste  qui n’était pas  seulement  de  façade,  sûrement échaudé par les  dures  années  de la Transition, Andry Nirina Rajoelina   s’est  contenté  en  toute modestie de  se présenter devant  ses  compatriotes  en  tant  que « Président de  tous les Malgaches ». Une  telle  attitude qui n’a pas  échappé l’opinion, à un moment où pour  d’autres le succès  lui serait monté à la  tête pour se  lancer  dans  un  discours séducteur  racoleur, ce  faisant il a  eu le  courage politique  de  reconnaître que  «le peuple attend  beaucoup  de lui… » Pour  s’attaquer à plusieurs  domaines vitaux pour les  habitants « à  savoir la sécurité, la  lutte contre la  corruption, l’éducation, l’énergie, l’industrialisation, la gestion  des  ressources naturelles et la sécurité  alimentaire… », il  doit sans  hésiter  s’entourer des  talents  très compétents sans  écouter les  chants  des  sirènes  de ces  courtisans et  de  ces  amateurs bardés de diplômes peut-être mais  dont l’amateurisme  dans la conduite  des  affaires  de l’Etat  sera nuisible à l’image et surtout préjudiciable au  bon  renom d’un chef d’Etat crédité de la confiance  d’un électorat désireux de  connaître des  lendemains  heureux de l’avènement du pouvoir d’achat amélioré par des  salaires minimums  conséquents. La concrétisation  des villes nouvelles( des projets  de prestige d’une  vision admirable) peuvent prendre  le  temps  qu’il  faut, même  s’il lui  faudra un  autre mandat pour les achever, pour le  commun  des mortels la priorité des priorités sera de  connaître un mieux-être légitime afin  de  ne plus  vivre dans  cette paupérisation que son  ancien ministre des Finances  et  du  Budget n’a pas  su apporter à nos  compatriotes. Certains observateurs  en se posant la question de savoir « avec  quels moyens le Président va réaliser ses projets »  et  l’espoir de 25 millions, sont loin  d’ignorer que notre pays même  doté de ses fabuleuses  richesses que la terre  entière  envie ne peut pas  vivre en  s’isolant  du  reste du monde. La présence très  significative  de nombreux  diplomates lors  de la cérémonie de la proclamation de l’élection  d’Andry Nirina Rajoelina  est un signe  et un message  révélateur sur la  bonne  disposition  des pays amis à épauler ses  efforts de  développement. Mais pour mériter cette sympathie  amicale internationale, le nouveau président a  le  devoir de mériter tous les  soutiens nécessaires au développement  réel de Madagascar à une  seule  condition   savoir  s’entourer  de « l’homme  qu’il faut à la place qu’il  faut ». Le fameux principe du  taylorisme  sur «The right man in the right place » ne peut être  que le meilleur argument pour  bénéficier  d’une coopération internationale bénéfique. Point n’est  besoin de se mettre  sous le  joug  d’une ingérence exogène, les  mains  tendues  ne manquent pas, l’essentiel est  cette confiance mutuelle capable  de mettre les  parties  et les partenaires  concernés dans un cadre gagnant-gagnant. Qui n’a rien à  voir avec  certains  accords  obscurs  qui ont fait la mauvaise  réputation des « renifleurs » à cols blancs aux noirs  desseins tels qu’ Henry Rabary-Njaka  et James Andrianalisoa  dans ces  sombres  affaires de  cannibalisation des  trésoreries  d’Air Madagascar durant la présidence d’Hery Rajaonarimampianina au  Conseil  d’Administration de cette  compagnie  nationale d’aviation. « Un homme  averti  en  vaut deux », dit le  proverbe.  « Bon vent » Monsieur le Président !  Selon le Net, à l’origine cette locution nous vient de la marine à voile.

C’est une formule parfaitement compréhensible lorsque les marins une fois embarqués et prêts à lever l’ancre, les proches restés à quai leur souhaitent de trouver le ‘bon vent’ nécessaire à une navigation facile et agréable.

N. Razafilahy

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