La Gazette de la grande ile

Lac Alaotra : L’insécurité  alimentaire augmente

Publié le 10 janvier 2019

À Madagascar, la conservation de la faune, la sécurité alimentaire et la nutrition humaine sont étroitement liées, car de nombreuses personnes dépendent des aliments sauvages pour leur subsistance.

Le complexe des zones humides du lac Alaotra est une écorégion indispensable à la fois pour la sécurité alimentaire future de la population malgache et pour la conservation de sa faune endémique. Cette région est la plus grande zone de production de riz de Madagascar, fournissant des milliers de tonnes de riz et de poissons aux habitants de l’un des pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire. Ce complexe des zones humides abrite également de nombreuses espèces menacées, notamment deux espèces de mammifères gravement menacées de disparition qui ne se trouvent que dans les zones humides du lac Alaotra. Les gestionnaires de l’environnement doivent comprendre comment les gens affectent leur environnement local et comment l’environnement, à son tour, affecte ces personnes, leurs moyens de subsistance et leurs motivations pour l’utilisation future des ressources naturelles. En l’absence d’une compréhension adéquate des interactions complexes entre les populations locales et leur environnement naturel, il sera impossible de prévenir, d’atténuer ou de s’adapter aux futurs changements qui pourraient être néfastes dans ce système socio écologique complexe.

Aussi, une équipe de Madagascar Conservation & Development a conduit des évaluations sanitaires auprès de 1 953 personnes, et des entrevues semi-structurées auprès de 485 ménages dans 1 9 communautés du complexe des zones humides du lac Alaotra pour étudier les interactions entre l’homme et l’environnement (y compris l’utilisation actuelle des ressources naturelles et la chasse, et comment ces derniers affectent le bien-être). Bien que le taux de consommation de la faune soit très faible dans toute la région, l’équipe de chercheurs de Conservation & Devlopment a  constaté que les membres des 485 ménages qui ont fait l’objet de ses enquêtes ont consommé

975 mammifères en 201 3, dont au moins 16 Hapalémurs du lac Alaotra. Treize pour cent des ménages avaient consommé des animaux endémiques au cours de l’année 201 3 et moins de 1% des animaux chassés avait été vendu. Les taux d’emploi et le revenu annuel étaient tous les deux plus élevés que dans les autres régions de Madagascar, et les coûts alimentaires étaient relativement bas. Néanmoins, 98% des ménages ont souffert de l’insécurité alimentaire, et les mécanismes d’adaptation (par exemple, la réduction de la taille des portions) semblaient affecter de manière disproportionnée les jeunes enfants et les membres des ménages qui ne travaillaient pas. La moitié des ménages n’avait pas reçu les kilocalories minimales recommandées par personne et par jour. Et ces chercheurs ont trouvé des taux élevés de malnutrition infantile, cette situation étant conforme avec les statistiques rurales nationales. Bien que la consommation d’espèces sauvages ne semble pas avoir des avantages économiques ou sanitaires significatifs dans les communautés du complexe des zones humides de l’Alaotra, l’insécurité alimentaire élevée a augmenté de manière significative le nombre de mammifères forestiers et des zones humides consommés par les ménages…

Recueillis par C.A

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