La Gazette de la grande ile

Litige Air Madagascar-Air France : Ethiopian Airlines en embuscade !

Publié le 11 janvier 2019

Air France et Ethiopian Airlines sont-ils de connivence ? A priori, l’hypothèse est invraisemblable car dans le ciel africain, les deux compagnies sont à couteaux tirés. Avec son appétit gargantuesque, Ethiopian Airlines fait une véritable razzia en prenant  des parts importantes dans les compagnies nationales d’Afrique, francophone mais aussi anglophone, afin d’assurer le maximum de flux de passagers. A fortiori, les deux compagnies ont toutes intérêt à voir Air Madagascar disparaître. « Une faillite (d’Air Madagascar) laisserait le champ libre à Ethiopian Airlines », écrit d’ailleurs le magazine « Jeune Afrique » dans son édition d’hier.

Après avoir révélé le litige entre Air Madagascar et Air France sur le rachat des 2 Airbus A340 acquis en 2012 par la compagnie malgache suivant un contrat de location vente, le magazine explique pourquoi Air France réclame encore 46 millions de dollars pour le rachat en plus des 55 millions de dollars de loyers déjà acquittés. Air France exigerait en plus des prix des 2 appareils le coût de remise à niveau, suivant une clause du contrat. Air Madagascar réfuterait l’argument en évoquant qu’elle-même assurait les frais de maintenance des avions, en témoigne la caution de maintenance déposée  chez Air France., et n’avait donc pas à prendre en charge la remise des appareils à leur potentiel. Air Madagascar proposerait donc 23,5 millions de dollars pour le rachat des 2 avions dont l’un 9,5 millions et l’autre 14 millions de dollars. En retranchant les 20 millions de réserve de maintenance, Air Madagascar n’aurait donc plus à payer que 3,5 millions de dollars.  Mais Air France exige au total 46 millions de dollars.

L’affaire est portée devant le tribunal de commerce de Paris qui, selon le magazine, pourrait requérir un expert indépendant. Le verdict est prévu le 13 février prochain. Mais d’après toujours le magazine, «il y a urgence à trouver une issue, car la compagnie malgache qui a engagé sa relance n’est pas en mesure de régler la note et se trouverait de fait condamnée si les conclusions n’étaient pas en sa faveur. D’autant plus qu’un accord politique apparaît à ce jour difficile… ». On évoque notamment le fait que le nouveau patron d’Air France, le canadien Ben Smith, est peu rompu aux discussions avec les pays d’Afrique mais a surtout pour priorité les revendications des pilotes d’Air France. D’ailleurs, le magazine révèle que le litige avec Air Madagascar est traité non pas par la direction générale, mais des directions techniques.

Ce qui conforte, à tort ou à raison, les soupçons de combine des négociateurs d’Air Madagascar à l’achat et éventuellement d’une entente entre Air France et Ethiopian pour liquider pour de bon Air Madagascar. «une faillite d’Air Madagascar laisserait inévitablement la place à Ethiopian Airlines, qui pourrait être le grand gagnant de l’affaire ».

On se souvient que la compagnie nationale éthopienne s’était alignée pour être le partenaire stratégique d’Air Madagascar.. Forte de son succès sur le continent et ayant eu des relations de longue date avec Air Madagascar en termes de formation, Ethiopian Airlines faisait une offre dans laquelle elle voulait littéralement coloniser la compagnie nationale malgache interdite de vols extérieurs assurés exclusivement par la compagnie éthiopienne. L’offre ne pouvait pas être retenue pour une île dont les transports aériens jouent un rôle prépondérant pour le flux de passagers, touristes et hommes d’affaires, de marchandises que la Grande Ile ne pourrait confier à un pays tiers.

Bien avant que l’appel d’offres sont adjugé, des proches du chef de l’Etat dont le DG de l’ACM et le ministre des Transports ont fermé les yeux sur le piratage du ciel malgache par Ethiopian Airlines qui faisait Paris- Antananarivo et vice-versa sans aucune licence en bonne et due forme. Les combines avec le régime sortant s’intensifient après la signature de l’accord de partenariat stratégique entre l’Etat malgache et Air Austral qui stipule, entre autres, qu’aucune licence ne pourra plus être accordée à une compagnie tiers pendant une période de 3 ans sans l’autorisation préalable d’Air Madagascar. On ne sait quel lien lie le DG de l’ACM et le ministre des Transports mais ils ont augmenté à 7 vols par semaine la fréquence d’Ethiopian Airlines sur la ligne Paris-Antananarivo. En plus, ils ont autorisé la compagnie éthiopienne à faire Paris-Nosy be 3 fois par semaine. Ces deux responsables étaient pourtant parfaitement au courant de l’accord de partenariat stratégique et de sa clause et l’un d’eux en était même le co-signataire au titre du gouvernement malgache. Les enquêtes du Bianco permettraient sans doute de comprendre pourquoi ont-ils agi ainsi. Une plainte a été notamment déposée au Bianco sur cette affaire, croit-on savoir.

En attendant, l’ hors-la-loi Ethiopian Airlines continue de régner en maître dans le ciel malgache. Qui plus est, elle coupe les herbes sous les pieds du tandem Air Madagascar-Air Austral qui vient de passer un accord de partenariat avec Kenya Airways alors qu’Ethiopian Airlines a aussi signé un autre accord avec Kenya Airways. Celle-ci a pour sa part signé un accord avec Air Mauritius qui est concurrente d’Air Madagascar-Air Austral, et associée à Air France et son alliance Skyteam à laquelle fait partie également Kenya Airways. Tous ces accords ne cherchent-ils pas à isoler Air Madagascar et son partenariat avec Air Austral ? 60 ans après avoir créé Air Madagascar, Air France veut-elle tuer sa fille ?

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