La Gazette de la grande ile

Chronique : Fatwa de la tradition intégriste sur Bible ?

Publié le 14 janvier 2019

Le parolier d’une chanson très  en vogue pour nous faire rêver nous parlait  de «la vie en  rose», même si dans la vie courante  force  est  de  reconnaître, que n’importe où  dans le monde les  conjectures de l’histoire nous fait voir la vie sous toutes les  couleurs : des plus dégelasses aux plus satisfaisantes en passant par les plus ternes… «Ainsi  va la vie (…) Que le meilleur  vient  après le pire. Que  dans les années 80. On savait  faire la fête, » nous chante Slimane  sans oublier de continuer «Qu’on avait peur  de  rien. Ni du voisin, ni  que çà pète(…) ». Hélas, comme les  autres semaines  auparavant, samedi dernier à Paris et quelque part  au pays de Jean-Jacques Rousseau, «Les violences ont pu être contenues grâce à un dispositif important, mobilisant 80 000 membres des forces de sécurité intérieure, axé sur la mobilité, la réactivité et la capacité à interpeller, qui a fait la démonstration de son bien-fondé », s’est félicité le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, rapporte une  dépêche d’AFP. La même source ajoute «A Paris, 8 000 personnes ont défilé dans le calme et sans incident grave…», a-t-il souligné. Il a toutefois condamné les agressions dont ont été victimes des journalistes, notamment à Paris, Rouen et Toulon. Grâce à  des  attentes  tacites entre les protagonistes des effervescences  électorales commencées depuis la chute de Marc Ravalomanana en 2009 et qui a pris fin avec la publication de l’article 32 de l’arrêt n°01-HCC/AR du 8 janvier 2018 proclamant «Monsieur Andry Nirina RAJOELINA élu Président de la République,» Madagascar a pu échapper de  justesse à une crise politique majeure…

Le pays s’attend maintenant à des matins  radieux en espérant les  retombées socioéconomiques  des promesses électorales d’un nouveau président qui a tous les  atouts  en main avec la  bénédiction des partenaires  étrangers. Malgré tous les  quiproquos et  autres  désagréments de la conduite  des  affaires  de l’Etat qui ont marqué l’ère HVM,  les médias ont pris  note de la surprenante  déclaration  de Monsieur le Professeur  de Droit constitutionnel Jean Eric  Rakotoarisoa balancée «subitement et sèchement à l’assistance, toute ouïe, quelque  chose qui lui  tient en cœur». « Vous  devez  savoir une chose. Ceux  qui connaissent l’Histoire de Madagascar, la vraie  Histoire et non l’Histoire officielle,  savent que l’année 2018 devrait être le moment  de la restauration du  caractère  sacré de la souveraineté  de l’Etat Malagasy qui  a été perdu, effacé au moment   de la colonisation. C’est notre  devoir, nous générations d’aujourd’hui et en particulier de  celle  qui  espère diriger le pays, de mettre  en  œuvre cette  destinée. » Jusque là l’intervention était d’un pur produit du nationalisme irréprochable. Mais là où  son intervention  a purement  dérapé, juste  après la proclamation  du résultat  final d’une  élection présidentielle qui  avait soulevé des  débats contradictoires  très passionnés, c’était lorsqu’elle a pris un ton menaçant pour  dire : «Gare à  celui  qui cherchera à entraver ce  processus car la patrie est sacrée.» L’équivoque  était trop  flagrante, surtout que pour  assurer la succession de Marc Ravalomanana, natif d’Imerikasinina désavoué par les  clans  d’ Avaradrano en l’an 2008, il était question de ragots  sur une mythique convention  d’Antsahadita qui consisterait à  exclure  (le conditionnel est de  rigueur) désormais un natif  du littoral de la conduite des  affaires  de l’Etat. Ndrianaivo dans son  Editorial de  vendredi dernier  dans les  colonnes  de La Vérité s’est  cru obligé de  rassurer l’opinion (pour employer l’expression  de l’auteur)  « en  ces termes » : « Ainsi le  président de la HCC, à  travers le  discours du mardi 8 janvier dernier,  clarifia  sa pensée. Il ne  s’agit pas selon lui  de  revenir à la mise  en place  de la royauté, loin de là, mais de  reconsidérer  et  de  remettre en  œuvre les  valeurs léguées par nos  ancêtres. Des valeurs qui incarnent l’identité nationale. Des «soatoavina maha-malagasy» qui  symbolisent la souveraineté nationale que les colons avaient  fait tout pour les  anéantir. » Et l’éditorialiste de citer les maux imposés au nom des valeurs  culturelles des  «conquérants».Précisions  très importantes qui a permis de clarifier  de l’ambiguïté. Et surtout  d’écarter un malentendu à double  sens qui pouvait prêter à  confusion après les insinuations claniques malveillantes. Colporté à  dessein par  des  esprits qui ont la susceptibilité à  fleur de  peau à propos des suspicions de «ségrégationnisme à caractère ethnique, tribal… » qui serait véhiculé (le conditionnel est  de  rigueur sinon obligatoire)  par un fameux «faiseur de  rois». Le trop zélé professeur de Droit constitutionnel égaré le temps  d’une  crise de  vanité oratoire sur le terrain vague des histoires de  ce pays doit  bien une fière chandelle à Ndrianaivo. Comme  si cela  ne  suffisait pas, ne  voilà-t-il pas  que  ce « fatwa » dicté à partir de l’institution d’Ambohidahy sur une pratique  rituelle républicaine de la prestation  de  serment au cours  de la prochaine investiture du président de la République  fait un  buzz… Difficile pour un  profane  de  disserter  sur l’opportunité des  actes  et manœuvres  de la plus  haute  juridiction constitutionnelle qui ne  sont  «susceptibles d’aucun recours ».Toutefois, certains membres  du corps  de la Magistrature de hauts  grades se posent la question de  savoir quel mal y a-t-il à prêter  serment  sur la Bible en prenant pour prétexte le principe  du  respect de la  laïcité lorsque les termes constitutionnels du serment en  question commence par : « ” Eto anatrehan’Andriamanitra Andriananahary sy ny Firenena ary ny Vahoaka, mianiana aho fa hanantanteraka an – tsakany sy an – davany ary amim -pahamarinana ny andraikitra lehibe maha – Filohan’ny Firenena Malagasy ahy. (…) » Le clivage  entre le pouvoir temporel  et le pouvoir spirituel n’a jamais posé des problèmes dans les  relations  entre la Religion  et l’Etat. Serait-ce pour faire plaisir à  qui, que de telles mesures soient prises ? Ou serait-ce par ce que le site où se  trouve le Vatomasina oblige et incite à une telle attitude de traditionalisme intégriste ? Alors que la préambule même de ladite Constitution en  vigueur précise bien clairement :«Le peuple malagasy souverain, Affirmant sa croyance à Andriamanitra Andriananahary, Résolu à promouvoir et à développer son héritage de société vivant en harmonie et respectueuse de l’altérité, de la richesse et du dynamisme de ses valeurs culturelles et spirituelles à travers le « fanahy maha-olona », Convaincu de la nécessité pour la société malagasy de retrouver son originalité, son authenticité et sa malgachéité, et de s’inscrire dans la modernité du millénaire tout en conservant ses valeurs et principes fondamentaux traditionnels basés sur le fanahy malagasy qui comprend « ny fitiavana, ny fihavanana, ny fifanajàna, ny fitandroana ny aina », et privilégiant un cadre de vie permettant un « vivre ensemble » sans distinction de région, d’origine, d’ethnie, de religion, d’opinion politique, ni de sexe,(…) . De grâce prière d’éclairer votre lanterne. Et souvenez-vous que : «Cette expression vient de la fable de Florian, ‘LE SINGE QUI MONTRE LA LANTERNE MAGIQUE  dans laquelle un singe savant, voulant épater ses collègues, animaux divers, les convie à un spectacle dans lequel il utilise la lanterne magique de son maître.
Mais il n’oublie qu’un seul ‘petit détail’ pour que les autres animaux comprennent pourquoi ils sont là, c’est d’allumer la lanterne !
C’est suite à la publication de cette fable qu’à cette époque, “oublier d’éclairer sa lanterne”, voulait dire “omettre un point ».

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