La Gazette de la grande ile

Environnement des affaires : Toujours difficile pour le pays

Publié le 07 février 2019

Dans sa dernière appréciation du risque pays Février 2019, la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur(Coface), classe Madagascar dans la catégorie D. Cette dernière est caractérisée par un environnement des affaires  très difficile. Et les bilans des entreprises sont très rarement disponibles et quand ils le sont, ils sont rarement fiables. Le système  juridique rend le recouvrement de créance très aléatoire. Les institutions présentent des insuffisances majeures pour les transactions interentreprises.

En creusant davantage la situation  malgache, Coface indique les points forts, et les points faibles :

POINTS FORTS

Importantes réserves minérales (pierres précieuses, nickel, cobalt) et pétrolières

Potentiel agricole, premier producteur mondial de vanille

Développement du tourisme

Dette publique majoritairement à conditions concessionnelles

POINTS FAIBLES

Dépendance à l’égard des produits agricoles et miniers

Réseaux routier, hydraulique et électrique insuffisants

Dépendance à l’aide étrangère

Instabilité politique chronique (crise en 1972, 1991, 2002 et 2009)

Pauvreté de la population (90 % vivant avec moins de 2 USD par jour)

La croissance s’affermit grâce aux exportations

En 2018, malgré le passage des cyclones Ava et Eliakim, la croissance s’est renforcée, soutenue par les exportations, notamment agricoles (vanille qui représentaient un tiers des exportations en 2017), et l’investissement public dans le cadre du Plan national de développement (PND). Outre la filière de la vanille, le secteur secondaire devrait également rester dynamique, grâce à la hausse des exportations de nickel et de textiles issues des zones franches, qui continuent de bénéficier d’une demande extérieure robuste sous le régime de l’AGOA. En dépit du changement politique, l’investissement public devrait continuer à progresser en 2019, notamment pour améliorer le réseau routier, dans le but de désenclaver les zones rurales de la Grande Île. Cet investissement devrait ainsi soutenir les secteurs de la construction et des transports. Dans le même temps, l’investissement privé pourrait continuer à monter en puissance, grâce à la mise en place en 2017 d’un cadre législatif encadrant les PPP. Les perspectives positives pour le secteur de l’agriculture, qui emploie près de 75 % de la population, devrait être favorable à la consommation des ménages, bénéficiant ainsi aux activités de commerce. Les secteurs de service pourraient également être soutenus par le tourisme et les progrès de la bande passante internet, qui permettent aux TIC de se développer. Les meilleurs rendements agricoles devraient aussi entraîner une baisse des pressions inflationnistes.

Les déficits jumeaux se creusent sous le poids des investissements

Sous-programme FMI depuis 2016, le pays devrait poursuivre la consolidation de ses finances publiques. Néanmoins, malgré les efforts entrepris, le déficit public s’est creusé en 2018. La hausse des revenus liée à la reprise de l’activité n’a pas compensé les dépenses exceptionnelles engagées par les autorités pour répondre aux difficultés rencontrées par la société nationale d’eau et d’électricité (Jirama) suite au passage du cyclone Ava. La structure des finances publiques s’est néanmoins modifiée. Les dépenses courantes ont été réduites, laissant plus de marge de manœuvre budgétaire pour accroître les dépenses d’investissement qui restent, pour la majeure partie, financées par les bailleurs de fonds internationaux. La Banque Mondiale a, ainsi, accordé une enveloppe de 75 millions USD pour l’amélioration des infrastructures urbaines du grand Antanarivo et la Banque africaine de développement devrait débloquer 11 millions USD pour soutenir cinq projets entrant dans le cadre du PND. En 2019, le déficit public devrait se creuser. Le nouveau gouvernement ne devrait que faiblement dévier de la trajectoire budgétaire fixée lors du mandat précédent bien qu’une hausse des dépenses publiques soit attendue. La dette publique essentiellement concessionnelle devrait continuer de croître mais restera soutenable.

La hausse du déficit commercial ajoutée à la baisse des transferts ont entraîné le creusement du déficit courant en 2018, rompant avec deux années à l’équilibre. Les exportations sont restées bien orientées en 2018, mais elles demeurent concentrées autour de trois produits : la vanille, le nickel et le textile, ce qui les rend vulnérables à la variation des prix et de la demande. En 2019, le prix de la vanille devrait rester élevé, mais la flambée des cours devrait se modérer du fait d’une meilleure récolte malgache qui représente 80 % de la production mondiale. Quant aux exportations de nickel, elles devraient continuer de bénéficier de cours mondiaux favorables. Les importations en biens d’équipement destinés aux investissements publics devraient continuer de tirer les importations vers le haut, creusant ainsi le déficit courant. Les fortes recettes d’exportation des deux années précédentes ont néanmoins permis à la banque centrale de reconstituer ses réserves de change qui sont supérieures à quatre mois d’importations.

Andry Rajoelina remportele duel des ex-Présidents

D’après les résultats de la commission électorale, Andry Rajoelina, président de 2009 à 2014 suite à la crise politique de 2009, est sorti vainqueur du second tour de l’élection présidentielle qui s’est tenu le 19 décembre 2018, face à celui à qui il avait succédé, Marc Ravalomanana. Malgré les recours déposés par ce dernier, M. Rajoelina devrait ainsi succéder à la tête de l’État à Hery Rajaonarimampianina, éliminé dès le premier tour. En dépit des protestations, accusations de fraudes et l’ombre de la crise de 2009 dans le duel entre M. Rajoelina et M. Ravalomanana, la campagne électorale s’est déroulée relativement paisiblement dans un pays régulièrement marqué par les crises post-électorales. Le nouveau président devra faire face aux défis socio-économiques persistants de la Grande Île, et plus particulièrement à la pauvreté, à la corruption et aux déficits d’infrastructures. Ces deux derniers facteurs participent à un environnement des affaires difficile, comme en atteste le 161e rang du pays dans le classement Doing Business 2019 (sur 190 pays classés).

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