La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY / Ravalo, Hery et Andry : Alternances au service du Peuple ou des oligarchies ?

Publié le 15 avril 2019

Qui aurait cru qu’un jour il faudra bien  reconnaître que feu Me Francisque Ravony aurait raison  d’avouer que : «faire de la politique c’est comme jouer sur la scène comme au théâtre… » Parce que déjà entre eux les personnalités qui s’investissent dans les activités étatiques, institutionnelles et administratives se désignent comme étant des «acteurs politiques».Comme des participants actifs sur la scène d’une représentation  théâtrale, suivant les  rôles convenus à l’avance par les textes  et le scénario ils doivent s’acquitter avec succès de la  prestation qui lui a été réservée à chacun  d’eux par le scénario prévu sous la direction d’un meneur qui  est le metteur en  scène. Avec comme seule différence : pour la comédie ou drame du pouvoir les évolutions des personnes concernées se passent dans la réalité de la vie quotidienne de  chacun  de nous au grand jour ou  dans les  coulisses  des palais  d’Etat, mais non pas sur les planches dans une grande salle  réservée pour. Pour le reste, on peut dire du premier responsable qui est le président de la République jusqu’au petit maillon du  système à la base de la nation, le public exige d’eux qu’ils se conforment aux exigences des places que la Constitution avait attribué à chacun d’eux…

Comme l’acteur principal un président de la République autoproclamé ou  élu suivant le cas joue le premier rôle. Par ordre chronologique depuis  l’an 2002, il y avait successivement Marc Ravalomanana, Andry en tant que président de la Haute Autorité de la Transition suivi par Hery Rajaonarimampianina. Après les effervescences parlementaires insurrectionnelles du mois d’avril 2018 que nous savons tous, celui qui a été le premier président de la 4ème République d’une Loi fondamentale créée sur mesure pour Andry Rajoelina, à la suite d’une défaite prévisible l’ancien ministre des Finances, c’est le retour triomphal à la tête de l’Etat pour le jeune meneur de la Révolution Orange de 2009. Selon Jean Fremigacci un historien spécialiste  de Madagascar, les crises périodiques du pays ne le surprennent  plus du tout parce qu’au mois de février 2009, il avait  dit «il ne se passe pas une décennie sans crise majeure. C’est inscrit dans l’histoire du pays. J’irai même jusqu’à dire qu’à Madagascar, l’état normal c’est l’état de crise chronique. Politiquement, le pays n’a jamais vraiment été stable(…) Puis il précise : «A Madagascar, de façon systématique, le parti du président devient le parti unique. A chaque président, la même politique : il se met en place toute une oligarchie qui profite de sa domination pour mettre la main sur les secteurs juteux du moment.» Tout au long  de ces dernières  décades de perturbations les analystes sont  catégoriques  pour  affirmer «mauvaise gouvernance, affairisme et partage inégal des richesses sont au final quelques-uns des obstacles à la croissance et au développement durable de Madagascar. Un fossé permanent subsiste entre la population et une oligarchie dirigeante armée d’un pouvoir autoritaire régulièrement à bout de souffle. Le pays, malgré le processus électoral de 2013, est aujourd’hui toujours dans l’impasse. » Selon les mêmes sources, en l’absence d’un  contre-pouvoir capable de  faire face aux dirigeants    ceux  qui  détiennent le pouvoir «ne sont ni contraints ni incités à prendre en compte les intérêts de la majorité, ni à avoir une vision à moyen ou long terme pour le pays, ne desservant que des intérêts particuliers à court terme. » Même  si  après la  dernière  élection présidentielle  qui  a permis à Andry Rajoelina  de  devenir président avec la promesse d’une  émergence comme projet  de  société  affiché, la faible assise populaire d’un gouvernement  qui  tente de  s’installer  en ordre  dispersé et la lenteur de la prise  en main du  système sont  en train  de provoquer une rampante  et insidieuse fragilisation  du régime tout  entier.

Les  alternances  successives  au pouvoir à la tête de la conduite  des  affaires  de l’Etat sont  surtout minées par le déficit de sympathie de la masse exacerbé par la suspicion des dérives  électorales et  de corruption qui ont marqué les  régimes qui, au cours d’un passé récent ont  trahi leurs promesses. Comme les  chats  échaudés, les  habitants sont  arrivés à  craindre l’eau  froide des périodes postélectorales pas  toujours  rassurantes… Confrontés à l’inertie calculée ou aux premières maladresses à l’embryon tâtonnant de la  nouvelle équipe  au pouvoir, la majorité des  habitants  commencent à perdre  confiance  et  patience. Des  débuts  de  travaux font l’objet de  campagnes de propagande très médiatisées, mais comme  du temps de Marc Ravalomanana,  comme  durant le mandat d’un  Rajao  qui  réellement  déçu la population à l’heure  qu’il est il semble  bien que  cette fois  encore  que «tous les profits ont été concentrés dans les mains » d’une minorité composée l’entourage  du président, et de toute l’oligarchie qui est derrière lui. C’est  comme  si comme  en 2002, puis en 2013, quelque part on  s’est  donné le mot pour  qu’ainsi soit il afin que les  rênes  du  pouvoir  restent  et  demeurent   sous l’hégémonie de richissimes personnes qui  selon un  article Fany Pigeaud paru le 7 novembre 2018   a toujours conduit « à une criminalisation accélérée de l’appareil d’État et à l’aggravation de la pauvreté ». Elle a tout juste oublié d’ajouter  « sous l’égide  et la conduite bornée d’un Norbert Lala Ratsirahonana » qui,  cette  fois  encore a  réussi le  coup  de maître de placer un pion à la tête du ministère  tant  convoité des Mines pour les  besoins  de la cause non  avouée de l’exploitation pervertie et mafieuse de nos  ressources minières  et les champs  pétrolifères. Voilà où même le  savoir-faire opportuniste en matière de manipulation politique et  constitutionnelle. Depuis que  le mouvement d’avril 2018 des soixante treize députés appuyés par plusieurs mouvements syndicalistes (inspirés bien avant les  évènements par Christian  Ntsay en poste dans un organisme international proche des  travailleurs)  a  réussi à obliger le régime  HVM  à passer la main, il  était patent  que le pays sera  de  nouveau  dans l’impasse. Sous l’autorité patriarcale de cet éternel  conseiller   des présidents Norbert Lala Ratsirahonana, ceux qui dans la lignée du Premier ministre Rainilaiarivony ont  toujours voulu  asseoir la  domination politique  et  économique sur  tout le pays peuvent se frotter les mains. En  faisant  d’Andry Rajoelina leur otage plus ou moins  consentant, ils sont  arrivés à réussir la main mise sur tout  et partout. Pour la susceptilité d’une large  frange de la population  qui  se sent  exclue et  écartée des  centres  de décisions  de la République, c’est la  libre  traduction  du discours  d’Eric  Rakotoarisoa quand il  avait déclaré  sur un  ton sibyllin qu’ «Antananarivo n’est point la seule limite de  Madagascar… »

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