La Gazette de la grande ile

Emeutes à Maroantsetra : Les leçons à tirer

Publié le 15 avril 2019

La récente tragédie de Maroantsetra tient sa source dans le fait qu’un policier a tabassé à mort un jeune homme en garde-à-vue dans le cadre d’un différend personnel. Mécontente, la population locale s’est vengée en incendiant des maisons de policiers. Le fait générateur est aussi dramatique que ses conséquences. En d’autres termes, l’acte de violence contre le jeune homme est aussi grave, illégal et répréhensible que l’acte de vengeance contre les policiers. Il faut y voir un partage de responsabilité et dans les deux cas, un usage disproportionné de la force.

Les responsables qui parlent d’un cas isolé sont parfaitement irresponsables ou ils ont la mémoire courte. Avant Maroantsetra, il y a eu des précédents d’attaques de brigades régionales de la sécurité publique, de commissariats et de postes de police. On se souvient des assauts contre des policiers à Ambondromamy, Besalampy, Ambatolampy, Ambilobe, Mananara Nord et Mananjary. Plusieurs leçons sont à retirer de ces agressions contre les policiers.

En premier lieu, l’Etat doit garantir la sécurité des policiers. Ceux-ci ont droit à une protection comme tous les citoyens. Sinon, les policiers risquent de faire un usage excessif de leur arme de service, en cas de légitime défense. Il est urgent de construire des casernes pour les policiers, exactement comme pour les militaires et les gendarmes. Des policiers qui sont réunis dans une caserne sont moins vulnérables que lorsqu’ils sont éparpillés dans des logements individuels.

En second lieu, la garde-à-vue ne doit être pas un moment propice aux abus policiers. Certes, les policiers ont un devoir de diligence dans la conduite de l’enquête préliminaire mais ils ne sont pas autorisés à cogner sur les suspects pendant la garde-à- vue et encore moins à appliquer la peine de mort. L’article 8 alinéa 2 de la Constitution dispose que « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. ». Il est souhaitable que cette disposition figure dans le Code de Procédure Pénale.

En tout temps et en tous lieux, les policiers doivent être soucieux du respect des droits de l’Homme et rester maîtres de leurs agissements sinon on assistera à des vindictes populaires, sur fond de purification par le feu, comme à Maroantsetra. Il n’est pas question de supprimer la garde-à-vue qui est absolument nécessaire au maintien de l’ordre public. Cependant, trop de suspects succombent durant leur garde-à-vue en raison de maltraitances ou de négligence.

La vengeance collective menée par certains habitants de Maroantsetra est condamnable, mais elle est née d’un sentiment d’injustice à la suite d’une bavure policière. Cette vengeance sonne comme un avertissement à certains magistrats dans toute île qui se livrent également avec arrogance à des abus et favorisent les injustices, sur fond de corruption.

Ranary

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