La Gazette de la grande ile

QUELQUES CURIOSITES DU TRIMESTRE

Publié le 19 avril 2019

– Andry Rajoelina à Moramanga lors de la cérémonie marquant le 72ème anniversaire du 29 mars 1947, fait l’éloge du Sénégal qui l’invite officiellement à Dakar pour l’investiture du chef d’Etat réélu, Macki Sall. Mais aussi des Sénégalais qui assurent le développement de leur pays. Grincement de dents et colère rentrée chez tous ceux qui écoutent le discours : lors de l’insurrection de 1947, les tirailleurs sénégalais, supplétifs de l’Armée française, se sont livrés à d’horribles exactions sur la population malgache. On en a tiré l’adage « Senegaly mahazo baiko » (« Sénégalais qui a reçu un ordre », et qui l’exécute donc sans état d’âme et avec la plus extrême dureté).

– Andry Rajoelina s’approprie tous les mérites dans les projets routiers Port de Toamasina-RN2 et Ambilobe-Vohémar (RN5), en clamant devant les foules « Tout ce que j’ai promis, je les réalise ! ». En fait ces deux projets routiers ont été initiés sous Hery Rajaonarimampianina qui en a négocié l’accord cadre et le financement. Lors des débats TV de la campagne électorale, Andry Rajoelina s’est défendu avec énergie d’être un franc-maçon et d’appartenir à une loge maçonnique. Comme on le voit souvent actuellement avec une truelle et du mortier lors de poses de première pierre, le public commente ainsi : c’est un vrai …maçon.

– La ministre de la Communication et de la Culture Lalatiana Rakotondrazafy, de tous les voyages présidentiels à l’étranger ces temps-ci, justifie ainsi ces déplacements fréquents : « Ces voyages ont fait suite à une invitation officielle. Ce n’est pas l’Etat malgache qui prend en charge les frais mais le pays d’accueil… ». Mensonge d’Etat pour rassurer le public inquiet, car en fait le pays d’accueil ne prend en charge que le séjour (hébergement, repas et déplacements sur place). Le reste, c’est-à-dire le plus copieux, est financé par l’Etat malgache : location de l’avion et indemnités de déplacement (en devises étrangères) de tous les membres de la délégation. Si l’on en croit la ministre, combien donc aurait déboursé l’Etat malgache pour l’investiture en janvier d’Andry Rajoelina avec six chefs d’Etat et une quinzaine de hautes personnalités étrangères invités officiellement ?

– Lors du rapatriement des 90 employées malgaches « maltraitées » au Koweit, on fit sur les chaînes TV une intense campagne de propagande pour le régime et son chef. Commentaire du public : que fait l’Etat pour les milliers de bonnes à tout faire et domestiques « maltraitées » au pays ? Beaucoup d’ailleurs sont des mineures et subissent harcèlement sexuel, maltraitance et même esclavage moderne. Retirées tôt de l’école, elles ne bénéficient en ville d’aucune couverture sociale et sont livrées poings et pieds liés à leurs patrons. Rappelons que de véritables réseaux drainent vers la capitale et les grands centres urbains des filles venant de certaines zones rurales, notamment les districts de Fandriana, d’Ambositra et d’Ambatolampy. Andry Rajoelina devrait aussi remettre à chacune une grosse enveloppe et assurer leur réinsertion…

– Andry Rajoelina à l’île Maurice pour la fête nationale de ce pays a signé un protocole avec les Mauriciens. Le document accorde aux opérateurs de ce pays un parc industriel de 800 hectares, dont 80 pour la culture du maïs, sur le territoire malgache. A leur retour, les officiels malgaches ont présenté cet accord comme un véritable triomphe diplomatique. Quid alors des opérateurs malgaches qui ne bénéficient pas de la réciproque à l’île Maurice ? Signalons le traitement fait au fondateur de GastroPizza, le chef Mbinina Randrianaivo, qui a voulu s’implanter à l’île Maurice en 2013 : harcelé et pourchassé par les opérateurs mauriciens, il fut contraint de fermer boutique et de rentrer dare-dare au pays. Les officiels malgaches ont donc signé un  protocole d’accord à sens unique et qui ne profite qu’aux Mauriciens…

– Le « Vary Mora » (Riz Bon Marché) arrive par tonnages entiers au pays en provenance du Pakistan. Il est vrai que de toutes les promesses avancées par Andry Rajoelina, celle-là était la plus facile à réaliser. Premier problème : aucune transparence sur le financement de cette importation et on se demande quelle en est la contrepartie. Deuxième problème : confiée surtout aux gros bonnets locaux du Mapar, la distribution de cette denrée fait l’objet de détournements. En certains endroits, elle n’est délivrée qu’aux membres ou sympathisants du parti. Mais partout, même à Tana, elle sert d’objet de propagande aux candidats pro-Rajoelina aux législatives. Lors des séances de distribution, ceux-ci paradent sur l’estrade avec leur cravate orange, prononcent même des discours à la gloire du fondateur du parti et demandent aux « consommateurs » de bien voter aux législatives. En tout cas un riz dont l’arrivée au pays a peut-être été calculée…

A.R

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