La Gazette de la grande ile

Sénat : 200 employés en trop !

Publié le 16 mai 2019

La situation qui prévaut au Sénat, dit Palais de Verre d’Anosy, est révélatrice de ce qui se passe dans l’administration publique malgache en général : effectif pléthorique, népotisme ou favoritisme politique dans le recrutement, personnel souvent incompétent (en raison du népotisme et du favoritisme déjà cités, mais aussi de l’existence de fonctionnaires titulaires de faux diplômes, de l’absence de formation…), exigüité des locaux etc. Les chiffres officiels font état de 564 employés actuellement au Sénat, mais à cause de l’anarchie dans les statistiques concernant la Fonction Publique, cet effectif est certainement minoré. Cet effectif déjà excessif ne comprend pas les attachés parlementaires, les conseillers des membres du bureau permanent etc. En tout cas,  selon un fin connaisseur de la vie parlementaire, 350 employés sont largement suffisants pour s’occuper des 63 sénateurs. Il y a donc plus de 200 fonctionnaires en surnombre au Sénat. Conséquence : de nombreux employés ne sont pas pourvus de poste précis, et les locaux trop étroits ne peuvent contenir tout cet effectif.

Il n’est donc pas étonnant si se référant aux sommes englouties par le Sénat, Andry Rajoelina a lors de la campagne électorale milité pour la suppression de cette institution « budgétivore ». En raison du récent avis délivré par la Haute Cour Constitutionnelle, ses aspirations quant à l’élimination du Sénat furent contrariées. Mais ce n’est certainement que partie remise et l’homme repartira à l’offensive à la première occasion. Car le projet de suppression du Sénat, avancé à l’élection présidentielle, a déjà l’onction populaire et doit être concrétisé tôt ou tard. La mesure entre d’ailleurs dans l’opération globale de l’assainissent de la Fonction publique où selon le même Andry Rajoelina, 70 000 fonctionnaires fantômes ont été recensés. Le fait grève lourdement le budget de l’Etat et constitue une entrave à la promotion de l’économie.

Ceci rappelle un fait : dès sa prise de fonction en 2016, le sénateur Mourad Abdirassoul, questeur chargé de l’administration et des finances a constaté le surnombre au Sénat et a voulu y mettre bon ordre. Venu du secteur privé (il était le n°2 du groupe Sipromad), il faisait connaissance avec  la gabegie qui règne dans la Fonction publique et pensait avoir suffisamment de poigne  pour remédier à la situation. Il a donc envoyé les dossiers des employés du Sénat au ministère de la Fonction publique, espérant que ce département débusque les titulaires de faux diplômes, les recrutés irréguliers, les non éligibles à un poste public etc. L’initiative s’est heurtée à une rude opposition occulte car les dossiers furent détournés et égarés. C’est dire que des complicités obscures veulent entretenir la déplorable situation du Sénat et s’attachent à couler toutes les opérations d’assainissement… De guerre lasse, la direction du Sénat s’est tournée vers le Bianco qui examine actuellement les dossiers et qui convoque déjà les employés suspects. C’est l’expectative donc au Sénat en attendant les résultats des travaux du bureau anti-corruption.

Depuis quand l’effectif du Sénat a-t-il gonflé de cette manière ? Depuis la transition de 2009-2012, marquée par des recrutements anarchiques dans toute l’administration. Fondé pour conseiller le gouvernement sur les questions économiques, le Sénat a estimé que pour résorber un chômage en expansion, il était nécessaire de … créer des emplois.

Adelson RAZAFY

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