La Gazette de la grande ile

Rajoelina et Ntsay : Risque de clash !

Publié le 22 mai 2019

La divergence de vues entre le chef de l’Etat Andry Rajoelina et le Premier ministre Christian Ntsay a frappé les esprits en début de semaine. Le « litige » concerne la manière de conduire une campagne électorale par les fonctionnaires, notamment les fonctionnaires d’autorité dont le chef de file est le Président de la République. Le Premier ministre a mis en garde contre l’implication d’agents de l’administration dans la campagne, pratique qui fait actuellement l’objet de plaintes multiples selon lui, et a agité le spectre de sanctions contre les contrevenants. A-t-il alors adressé un coup d’œil de biais vers Andry Rajoelina ? On ne le sait, mais cela est fort possible. Car lundi notamment, le chef de l’Etat, pourtant contraint par la Constitution et les lois à la neutralité, a sillonné les bas quartiers de la capitale avec une cravate orange et en compagnie de candidats de l’Ird (alias Mapar). Selon les textes d’ailleurs, la seule présence des chefs d’institution dans la campagne électorale constitue une entorse à l’obligation de neutralité. Une violation flagrante des lois qui n’a certainement pas plu à Christian Ntsay qui, lui, prend une distance prudente vis-à-vis de la propagande.

La différence d’opinions entre les deux leaders de l’exécutif n’a pas échappé au public qui s’interroge sur la suite des évènements. Depuis l’entrée d’Andry Rajoelina dans les fonctions de chef d’Etat il y a quatre mois, c’est la première fois que les deux personnalités affichent un différend. Il est vrai que leurs préoccupations ne sont pas identiques. Andry Rajoelina souhaite surtout décrocher la majorité à l’Assemblée nationale pour consolider son pouvoir, et pour éliminer les obstacles à ses visées politiques qui sont celles-ci : mise en place d’une décentralisation dont la pierre angulaire est le gouverneur de région, et programme de grands travaux concernant la réalisation de ses promesses électorales. Ntsay Christian, chef de l’administration entend surtout maintenir celle-ci dans la plus stricte neutralité. Son autre rôle constitutionnel étant d’assurer l’exécution des lois, l’homme rappelle à l’ordre tout fauteur de manquement aux textes. Peut-il en être autrement entre deux personnalités qui relèvent de cultures différentes ? Ancien consultant du Pnud, de la Banque mondiale et de l’Union européenne, et représentant-résident de l’Organisation internationale du Travail, Christian Ntsay se montre très à cheval sur les règles et se conforme aux usages. Plutôt jeune et venant du monde du spectacle, Andry Rajoelina refuse d’être l’oiseau en cage, prend des libertés avec les lois et apparaît même comme un esprit rebelle. Ses aspirations ayant été récemment repoussées par la Hcc, l’homme manifeste sa frustration et son amertume en agissant en dehors des normes.

Comment se présente la suite des opérations et les deux chefs de l’exécutif en arriveront-ils au clash ? Une issue peu probable car le chef de l’Etat pouvant destituer le Premier ministre, l’ex-Dj aura l’occasion de montrer que c’est lui qui mène la danse…

Adelson RAZAFY

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