La Gazette de la grande ile

Mialy Rajoelina et VBG : Fer de  lance d’un enjeu majeur pour Madagascar

Publié le 25 mai 2019

Peu de temps après avoir été nommée Ambassadrice du FNUAP à Madagascar dans la lutte contre les Violences basées sur le genre ou VBG, Mialy Rajoelina, épouse du Président de la république, Andry Rajoelina, également Présidente-fondatrice de l’association caritative FITIA (« means Love »), est monté au créneau. A Oslo, en Norvège, plus précisément.

En fait, Mme Rajoelina née Razakandisa a été invitée officellement par par Ine Eriksen Søreide, ministre norvégienne des Affaires étrangères, pour assister à la conférence internationale sur la violence sexiste et le harcèlement sexuel, qui s’est tenue les 23 et 24 mai 2019 dans ce pays scandinave. Et c’est le Conseiller ministériel Johan Meyer, de l’ambassade de Norvège à Antananarivo, qui a confirmé que la Première dame de Madagascar avait répondu par l’affirmative à l’invitation.

Ainsi, le 23 mai, Mialy Rajoelina est monté à la tribune pour  dresser un état des lieux de la situation prévalant dans la Grande île de l’océan Indien, en matière de lutte contre les VBG et pour dévoiler ses intentions dans ce cadre, comme l’organisation à Antananarivo, en 2020, d’une Conférence internationale sur la violence basée sur le  genre et sur le Zéro VBG en 2030, selon les Objectifs du développement durable (ODD).

Parallèlement à cette Conférence des 23 et 24 mai 2019, la Première Dame de Madagascar a eu des entretiens avec, notamment, Marit Brandtzaeg, Directeur général adjoint de l’Agence norvégienne de coopération pour le développement ou NORAD; avec Aksel Jakobsen, Secrétaire d’Etat auprès du Ministère norvégien des Affaires étrangères; avec Aano Kjetil, Chair du Norwegian Church Aid ainsi qu’avec des membres de l’Association Norvège-Madagascar.

En attendant la mise en action de toutes les résolutions prises de part et d’autre, faites ample connaissance avec cette Conférence internationale à Oslo, dont le thème était: en finir avec la violence sexuelle et sexiste dans les crises humanitaires (« Ending Sexual and Gender-based Violence in Humanitarian Crises »). Rappelons qu’elle a été organisée conjointement par la Norvège, l’Irak, la Somalie, les Émirats arabes unis, l’OCHA (Bureau onusien de la Coordination des affaires humanitaires BCAH ou OCHA – acronyme anglais pour Office for the Coordination of Humanitarian Affairs), le FNUAP et le CICRi.

Survol de la situation

Il a été prouvé que les crises humanitaires provoquent et aggravent la violence sexuelle et sexiste, notamment le viol, l’esclavage sexuel, la traite des êtres humains, le mariage forcé ou précoce et la violence domestique. Les inégalités qui existaient déjà entre les sexes sont exacerbées lorsque les mécanismes de protection font défaut: les structures économiques sont, dès lors, fragilisées et les services essentiels demeurent existant. Les femmes et les filles subissent de manière disproportionnée ces violations du droit international, aux  conséquences graves. Mais les hommes et les garçons sont également touchés, notamment en milieu carcéral. Bon nombre de crises humanitaires actuelles sont étroirement liées à un conflit armé. La violence sexuelle est souvent utilisée comme une stratégie ou une pratique de guerre et de terreur, et constitue une violation du droit international humanitaire (DIH). Les conséquences physiques, psychologiques, psychosociales et économiques de la violence sexuelle et sexiste peuvent fragiliser de manière significative le tissu social de communautés entières. Ces graves effets sur les rescapés et leurs communautés auront, si l’on ne s’y attaque pas, des conséquences négatives considérables longtemps après que les urgences humanitaires ont été résolues.

Les données sur la violence sexuelle et sexiste dans les contextes humanitaires sont sporadiques, difficiles à cerner et souvent insuffisamment communiquées. Il est communément admis que, parmi les femmes déplacées dans leur propre pays ou réfugiées, au moins une sur cinq a subi la violence sexuelle, car les déplacements créent des risques spécifiques. Des groupes dans des situations vulnérables, comme les femmes et les filles handicapées, risquent davantage que les autres d’être confrontées à la violence sexuelle. Les filles âgées de moins de 18 ans, en particulier, mais aussi les garçons de cette classe d’âge, constituent souvent la majorité des rescapés de la violence sexuelle et sexiste, y compris de la violence sexuelle en temps de conflit. Comme la violence sexuelle et sexiste est une composante de toute crise humanitaire, des services efficaces devraient être accessibles dans toutes les situations de crise humanitaire. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. L’absence de services d’intervention dans de nombreux contextes, la peur de la stigmatisation ou des représailles, ainsi que d’autres barrières empêchent souvent les rescapés de la violence sexuelle et sexiste de solliciter un soutien vital.

Progrès et lacunes dans la réponse humanitaire

La réponse humanitaire à la violence sexuelle et sexiste s’est améliorée au cours des dernières années. Les initiatives mondiales, notamment l’Appel à l’action pour la protection contre la violence sexiste dans les situations d’urgence, la déclaration des Nations Unies sur la place centrale de la protection dans les actions humanitaires, et beaucoup d’autres initiatives insistent sur les obligations qu’ont les États et les différents acteurs à faire face au problème.

Ce domaine fait l’objet d’une attention croissante, notamment par le biais d’engagements pris lors du Sommet mondial sur l’action humanitaire en 2016 et par la résolution de 2015 sur la violence sexuelle et sexiste adoptée par les États parties aux Conventions de Genève et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Cependant, beaucoup reste à faire.

Primo: la population touchée doit toujours être au centre de l’intervention. Il est essentiel, par exemple, de renforcer la participation des ONGs locales de femmes, des autres associations de la société civile et des sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge qui s’occupent de la violence sexuelle et sexiste. Les populations affectées doivent se voir confier un rôle dans la coordination humanitaire entre tous les groupes, et il convient de veiller à ce que le financement humanitaire parvienne aux acteurs humanitaires locaux autant que possible, notamment aux associations locales de femmes. Les femmes et les associations de femmes des communautés locales comptent parmi les premiers intervenants lors d’une crise, et commencent souvent la reconstruction alors que la crise n’est pas encore terminée. Leurs besoins et leurs capacités doivent être pris en compte et elles doivent être sollicitées en tant que partenaires actifs pour la conception et la mise en œuvre des interventions. Leur participation permettra de modifier les règles sociales délétères qui entravent la prévention de la violence sexuelle et sexiste et l’accès des rescapés aux services. Ceci atténuera les souffrances, protègera la dignité humaine des rescapés et permettra, à long terme, d’agir sur les causes profondes de la violence sexuelle et sexiste en bâtissant des sociétés inclusives et justes qui protègent les droits de tous les membres de la société.

Secundo: dans le contexte des crises humanitaires de plus en plus longues, il y a encore beaucoup à faire pour empêcher, plus fondamentalement, la violence sexuelle et sexiste de se produire. La violence sexuelle n’est pas une composante inévitable de la guerre et tous les acteurs armés ne sont pas forcément des violeurs. Il devrait donc être possible de prévenir les violences. Avec les gouvernements, des organisations humanitaires essaient de travailler sur les politiques et les cadres légaux afin d’assurer que les lois existantes soient les plus adéquates. Elles soutiennent les États dans leur besoin de diffuser le droit international humanitaire et apportent leur assistance pour apprendre au personnel militaire, aux fonctionnaires et aux agents de la force publique à lutter contre la violence sexuelle. Leur travail comprend également un dialogue avec les groupes armés non étatiques à propos de leurs obligations vis-à-vis du droit international humanitaire. D’autre part, il est nécessaire de renforcer les systèmes locaux et nationaux pour prévenir la violence sexuelle et sexiste, notamment la violence sexuelle liée aux conflits, et y remédier.

Tertio: la qualité de l’intervention humanitaire a besoin d’être encore améliorée afin que les programmes de lutte contre la violence sexuelle et sexiste soient, dans tous leurs aspects, centrés sur les rescapés. C’est la seule façon de promouvoir et préserver la non-discrimination et le respect des choix, des droits et de la dignité des rescapés et de leur assurer une plus grande sécurité. L’aide médicale (gestion clinique du viol); la santé mentale et les interventions psychosociales; l’accès à la justice et les systèmes d’orientation fonctionnels; les mesures de sûreté et de sécurité ainsi que les stratégies de rétablissement et d’existence doivent tous être sûrs et accessibles aux rescapés de la violence sexuelle et sexiste. Tous les acteurs humanitaires doivent être capables d’orienter les rescapés de manière sûre et éthique vers les services spécialisés.

Quarto: le système humanitaire a besoin d’une approche plus intégrée. Conformément aux Directives pour l’intégration d’interventions ciblant la violence basée sur le genre dans l’action humanitaire du Comité permanent interorganisations (CPI), les mesures de prévention et d’atténuation du risque de violence sexiste, notamment de violence sexuelle, doivent faire partie intégrante de chacun des secteurs humanitaires par la protection; l’hébergement; l’eau et les installations sanitaires,; la sécurité alimentaire et la nutrition; la santé et l’éducation. Le travail doit, dans la mesure du possible, être réalisé avec les entités gouvernementales pertinentes, en priorité avec les intervenants en première ligne, en s’appuyant sur un dispositif de responsabilisation à l’égard des personnes affectées. Cette approche permettra la création de plateformes institutionnelles efficaces en vue d’améliorer la qualité des services spécialisés pour prévenir la violence sexuelle et sexiste. Enfin, une réponse durable à la violence sexuelle et sexiste doit être mieux financée et dotée de capacités. Des moyens financiers supplémentaires et des capacités accrues en ressources humaines sont nécessaires pour consolider les mesures de protection, accroître l’accès aux services vitaux, notamment l’accès fiable et sûr aux services de santé sexuelle et génésique, pour protéger les femmes, les filles adolescentes et enfants de mortalité et morbidité évitables (A/RES/71/127), et pour atteindre l’ensemble des personnes affectées.

 2019 : accélérer la lutte contre la violence sexuelle et sexiste, y compris la violence sexuelle en temps de conflit

L’OCHA a qualifié la conférence d’Oslo comme l’un des événements majeurs de mobilisation de ressources internationales et de politique thématique en 2019. Elle s’inscrit dans une série d’événements internationaux de haut niveau en 2019, consacrés à différents aspects de la violence sexuelle et sexiste et de la violence sexuelle en temps de conflit. Ces événements comprennent: un événement sur la justice pour les rescapés, organisé à Wilton Park au Royaume-Uni en février; la 63e Commission de la condition de la femme en mars, une conférence internationale sur la violence sexuelle dans les environnements fragiles organisée par le Luxembourg en mars; le débat public du Conseil de sécurité sur la violence sexuelle en temps de conflit et la Conférence internationale sur la population et le développement en avril; un événement sur la prévention de la violence contre les femmes et les filles à Wilton Park en mai; une conférence du Conseil des droits de l’homme et la Conférence « Les femmes donnent la vie » au Canada en juin, la réunion annuelle de l’Appel à l’action en juin; la célébration du 10e anniversaire du Représentant spécial de l’ONU chargé de la question des violences sexuelles commises en période de conflit à l’ONU, à New York, et le débat public du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, tous deux en octobre; le Sommet mondial pour mettre fin aux violences sexuelles commises en période de conflit, organisé par le Royaume-Uni en novembre; le Sommet de Nairobi sur la CIPD25 en novembre et la 33e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en décembre.

Par ailleurs, le gouvernement de la République de Corée prévoit d’organiser, cette année, une Conférence internationale sur les Femmes, la Paix et la Sécurité. Le seul de ces événements à se focaliser essentiellement sur la prévention de la violence sexuelle et sexiste et l’intervention humanitaire est cette Conférence d’Oslo. Elle a offert une perspective unique, dans le but de susciter des engagements et des ressources pour une priorité thématique applicable à toute intervention humanitaire. La prévention de l’exploitation et des abus sexuels, a suscité légitimement, en tant que forme de violence sexuelle et sexiste, une attention importante. Elle a ainsi été au centre de plusieurs événements récents de haut niveau et est incluse dans l’appel à l’action. Cela n’a cependant pas été le point essentiel de cette conférence.

Objectifs de la Conférence d’Oslo

  • Susciter un engagement politique plus fort pour prévenir les incidents et protéger les populations risquant d’être victimes de violence sexuelle et sexiste, notamment la violence sexuelle en temps de conflit, et assurer que la réponse à la violence sexuelle et sexiste soit rapide et sauve des vies, et promeuve les besoins, les droits et la dignité des rescapés et des personnes à risque.
  • Recueillir des ressources financières supplémentaires pour les programmes de lutte contre la violence sexiste au sein des plans d’intervention humanitaire coordonnés par l’ONU, des opérations du CICR ciblant la violence sexuelle et d’autres actions humanitaires pour protéger et promouvoir la dignité et la résilience des rescapés et de leurs communautés, y compris des communautés d’accueil.
  • Mettre en avant les bonnes pratiques et les enseignements tirés des efforts pour prévenir et lutter contre la violence sexuelle et sexiste dans les situations humanitaires, et contribuer à l’amélioration de la base d’informations factuelles dans ce domaine.
  • Construire des partenariats, notamment une coopération Sud-Sud, et développer la capacité des organisations dirigées par des femmes et d’autres acteurs locaux, qui sont les premiers intervenants, conformément à l’objectif de localisation de l’aide.
  • Contribuer à la réalisation des objectifs de l’Appel à l’action pour la protection contre la violence sexiste dans les situations d’urgence.
  • Renforcer les liens entre la réponse humanitaire à la violence sexuelle et sexiste et les efforts politiques à long terme pour consolider la paix et le développement dans le cadre de la réalisation des Objectifs de développement durable.

Dossier de Jeannot Ramambazafy. Source : endsgbvoslo

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