La Gazette de la grande ile

Sentinelle : Une mise en place controversée du jour férié musulman

Publié le 11 juin 2019

On ne sait plus sur quel pied danser avec ce nouveau pouvoir. Il alterne le chaud et le froid comme le temps d’hier actuel à Madagascar. Mais le problème est qu’il nous donne le tournis par des décisions prises à la va-vite, dans lesquelles il y a un  manque certain  de discernement.

Pour éclairer nos chers lecteurs, il nous faut revenir à cette situation confuse entretenue par l’équipe dirigeante depuis quelques temps. Les principaux faits d’armes de cette dernière qui jusqu’ici ont contribué à réchauffer par leur effectivité, le cœur des observateurs de la vie publique malgache. Ils sont :

-la suppression de l’exportation de la viande bovine, -la suspension de l’accord sur la venue d’environ 330 bateaux de pêche des Chinois moyennant des milliards de dollars,

-la bataille engagée contre les pétroliers officiant dans l’île pour juguler l’inflation.

Toutefois, certaines décisions ont refroidi l’enthousiasme et l’espoir d’un peuple aux abois  comme :

-les atermoiements sur la suppression du Sénat,

-la consultation populaire avortée sur le changement de la Constitution,

-le fameux et nouveau jour férié pour une fête de l’Islam au pays.

Concernant cette dernière, on n’est pas contre le fait qu’il y ait un jour férié islamique. Mais la pierre d’achoppement sur cette décision est l’action gouvernementale qui a changé la date du jour férié de l’islam au dernier moment. La conséquence de cette valse d’hésitations  fut une désorganisation effective de la vie publique, qui au final a dû supporter deux journées de non activité. Certains ont argumenté que les fêtes islamiques durent dans certains pays plus de deux jours, mais on ne doit pas se lancer dans une surenchère de cet acabit. En effet, on doit un jour férié à l’Islam, après avoir entériné des jours fériés chrétiens le long de l’année, et ce depuis belle lurette. Mais il faut maintenant au pouvoir, légiférer sur ce problème cultuel qui est l’obtention d’un jour férié. La question qui nous est posée est aujourd’hui : quel est le pourcentage de pratiquants d’un culte par rapport au nombre de la population malgache, pour qu’il puisse prétendre à obtenir à leur tour un jour férié dans le pays ? Ceci est pour éviter qu’il n’y ait encore caché quelque part des velléités d’obtenir ce genre de reconnaissance étatique qui ne profite ni à l’Etat, ni à nos pauvres. Car au prime abord, on a considéré cette décision, de politique politicienne fondée sur une démagogie dont les visées politiques sont de s’accaparer l’électorat musulman et d’un, et de deux, de montrer aux investisseurs arabes la considération étatique qu’on leur donne, et enfin de trois, de remercier les sponsors d’origine musulmane lors des élections présidentielles de 2018. Cela fut en effet nos premières réflexions, mais on a reconsidéré notre position comme quoi les musulmans aussi ont droit à leur jour férié dans l’année.

Toutefois, il est de notre devoir de sensibiliser les gens et surtout ceux qui exercent le pouvoir, qu’un jour férié coûte très cher aux contribuables. Il spolie l’Etat de ses rentrées d’argent se chiffrant par milliards d’ariary provenant d’échanges commerciaux journaliers qui auraient dû se faire, mais aussi il prive le peuple d’un  mode de survie connotant qu’il vit au jour le jour, et que dans ce contexte, le gain d’une journée de travail va subvenir au lendemain. Seuls peuvent en tirer bénéfice de ces jours fériés : les riches, les fonctionnaires, et les employés d’unités professionnelles dans le formel.

On n’aime pas avoir à rappeler que nous sommes actuellement un des pays les plus pauvres du monde, et que notre politique doit faire apparaître une velléité de lutte contre la pauvreté. On doit aussi arrêter de nous dire et de nous leurrer qu’on est un pays riche, vu les diverses richesses que nous possédons sous et sur nos terres. Nous sommes en train de nous prendre pour ce dont nous ne sommes pas encore, en nous octroyant certaines largesses que nous ne pouvons pas nous permettre.

L’alternance de mesures bonnes et mauvaises, est d’une contradiction flagrante. Elle est illustrée par la suppression  d’un côté, des fastes onéreux d’Iavoloha le jour de l’indépendance, ceci dit-on pour arrêter les gabegies gouvernementales qui eurent lieu pendant tous les gouvernements successifs, et de l’autre côté, d’accorder un supplément de jour férié  pas suffisamment réfléchi de par les atermoiements y afférents. Non seulement il est d’un coût astronomique pour l’Etat,  mais aussi une punition avérée pour la large majorité des Malgaches vivant dans l’informel.

Dans ses précédentes publications, la SENTINELLE a loué certaines actions du pouvoir, car elle sait qu’il n’est pas facile de gouverner un pays comme Madagascar, quand on se réfère à sa superficie et aux différences qui la caractérisent au nord comme au sud et d’est en ouest. On espère quand même qu’on prenne en compte les réflexions sur les erreurs commises, pour qu’on puisse dès lors avancer dans la rectitude d’un raisonnement ne donnant plus prise aux critiques négatives paralysant les efforts de développement.

Max Randriantefy

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