La Gazette de la grande ile

Lutte contre la corruption : Le doute s’installe

Publié le 25 juin 2019

Cela fait déjà plus de cinq mois que Andry Rajoelina est à la tête du pays avec un engagement « ferme » à lutter contre la corruption. Mais actuellement, le doute s’installe par rapport à la réalisation de cet engagement. Les organisations de la société civile (OSC) engagées dans la lutte contre la corruption (CCOC, Transparency International – Initiative Madagascar (TI-IM), ONG IVORARY, ONG TOLOTSOA, MIEL (Mouvement pour l’Intégrité des Elections et des Leaders), Mouvement de la société civile ROHY (PFNOSCM, ONG RAVINTSARA, AVG, OPTA, MSIS TATAO) se posent des questions : « Zéro tolérance pour la corruption : les actions de la Présidence jusqu’à ce jour confirment-elles les intentions fermement exprimées ? ».

Cette inquiétude est, en fait, motivée par la disproportion dans l’allocation des financements aux institutions existantes. Si les OSC en question s’indignent par rapport au budget colossal attribué à la Haute cour de justice (HCJ), elles sont également choquées que celui de la Chaîne spéciale de lutte contre le bois de rose et/ou du bois d’ébène qui est revu à la baisse, allant de 116 à 106 millions d’ariary. Concernant les indemnités annuelles des membres de la HCJ, la somme s’élève à 2,74 milliards d’ariary pour 11 membres, soit approximativement 228 millions d’ariary par mois par membre. « Un tel traitement de faveur entraîne des risques de partialité dans le traitement des affaires, les membres de la HCJ étant implicitement sollicités à être complaisants  par rapport au pouvoir en place, quelles que soient les hautes personnalités qui seront jugées », craignent les OSC.

La restriction budgétaire ne s’arrête pas à la Chaîne spéciale de lutte contre le bois de rose et/ou du bois d’ébène, car le Pôle anti-corruption en est également victime. Son cas est beaucoup plus atterrant, sachant que la baisse est de 44%. «Nous sommes préoccupés par cette baisse, d’autant plus que le montant prévu dans la LFI 2019 était déjà faible par rapport aux besoins exprimés par la Direction de la Coordination Nationale des PAC. Pour rappel, il est prévu qu’un autre PAC soit mise en place dès cette année à Mahajanga. Cette baisse significative ne traduit-elle pas un désintérêt manifeste pour la lutte contre la corruption, et ce malgré les déclarations officielles tonitruantes des responsables étatiques ? », martèlent les OSC à l’issue de leur récente concertation ; le budget est actuellement limité à 3,9 milliards contre 7 milliards.

Le sous-financement des organes de contrôle des finances publiques a également été pointé du doigt. Et c’est sûrement la raison de l’inefficacité de ces organes et la gabegie règne toujours dans les finances publiques, notamment la gestion des marchés publics. Si l’on évoque que les affaires traitées par le Conseil de discipline budgétaire et financière (CDBF) dans son rapport provisoire émis l’année dernière, les fraudes constatées en dix ans s’élèvent à 106 milliards d’ariary. Mais même les membres du conseil ne sont pas satisfaits des peines ayant été prononcées. Ce qui nous ramène à l’adoption de la loi sur le recouvrement des avoirs illicites. Celle-ci n’étant toujours pas adoptée. A ce propos, les OSC exigent, avant son adoption, pouvoir accéder au texte. Ainsi à ce que le contenu soit conforme aux standards internationaux.

Annie N.

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