La Gazette de la grande ile

Académie malgache : Remise des prix aux 5 gagnants de la dictée en langue malagasy ce jour

Publié le 28 juin 2019

Dans le cadre des festivités du retour à l’indépendance de Madagascar, sera remis ce vendredi 28 Juin 2019 à 14h30 à l’Académie Malgache par le Professeur Raymond Ranjeva les Prix Bakoly Domenichini-Ramiaramanana aux cinq (5) premiers gagnants de la dictée en langue malagasy.Autour de la fête du retour à l’indépendance nationale

En cette année 2019, une année où se manifeste plus qu’à l’accoutumée ici ou là des actions en faveur des valeurs malagasy comprenant le patrimoine culturel physique jusqu’à tout ce qui relève de l’identité immatérielle de la culture malagasy, nous devons saluer la création d’un Prix Bakoly Domenichini-Ramiaramanana qui marquera annuellement une production ou un exercice en langue malagasy remarquable.

Qui était  Bakoly Domenichini-Ramiaramanana ? Traditionnellement descendante directe des plus grands rois de Madagascar avec une ascendance princière remontant au 12ème siècle, cette « Zanakandriana » aura été la Première femme malagasy Docteur d’Etat es Lettres, un doctorat soutenu et obtenu à Paris à la prestigieuse Sorbonne dont la maxime initiale au 13ème siècle était : « Vivre en bonne société, collégialement, moralement et studieusement ».

Un quotidien de la place l’avait baptisé, faisant probablement référence à son statut d’académicienne, « Immortelle gardienne de la langue et de la littérature malgache ».

Du « ohabolana » au « hainteny », Langue, littérature et politique, la thèse de doctorat que Bakoly Domenichini Ramiaramanana acheva parce que son Maître René Etiemble l’exigea d’elle, alors qu’elle ne se sentait pas encore prête à conclure, étudie la langue, la littérature, l’histoire pour comprendre l’ensemble de la civilisation.

Décédée, il y a quelques années déjà, Bakoly Domenichini Ramiaramanana a travaillé sur la littérature comparée. Elle avait mis la culture malgache sur le divan du psychanalyste pour lui faire dire ce que les mots révèlent des anciennes conceptions et que beaucoup aujourd’hui ne peuvent expliciter.

Contestant l’idée que la littérature à Madagascar était née avec l’écriture et la traduction de la Bible, son premier livre, préfacé par Albert Rakoto Ratsimamanga, fut l’édition et la traduction des « Hainteny » d’autrefois à partir d’un manuscrit composé à la demande de Ranavalona 1ère. Cela lui valut une interpellation en chaire un dimanche, car, pour une chrétienne, pensait-on, il ne fallait rien accorder de positif à celle qui fut la grande Reine du Royaume de Madagascar.

  • « Andrianiko ny teniko, ny an’ny hafa koa feheziko »

Elle resta toute sa vie le défenseur de la littérature orale dont les racines s’enfoncent dans un passé plurimillénaire. C’est la première idée qu’elle défendit dans son article sur la littérature malgache pour l’« Encyclopaedia Universalis », dans des articles comme « Princesses du Ciel et princes de la Terre » pour l’exposition de Neuchâtel en Suisse et dans la traduction des « Ohabolan’ny Ntaolo » qu’imprima l’Académie. Et avec les écrivains, elle retenait surtout ceux dont l’oeuvre restait enracinée dans la tradition comme Rabearivelo ou Fredy Rajaofera.

Possédant parfaitement la langue française, comme on en rencontre peu dans l’Hexagone, elle fut aussi, au niveau de la Grande ile, la gardienne de la langue malgache. Elle refusait tout  « vary amin’anana » – ou, comme on dit aujourd’hui tout « vary amin’akotry » ou « vary amim-bato ».

Elle n’hésita pas à se faire mettre en congé sans solde trois ans durant par le C.N.R.S. où elle avait le plus haut rang de Directeur de Recherche pour diriger l’Office National des Langues de Madagascar de l’Académie Malgache. Elle y dirigea et y poussa une équipe motivée à produire des vocabulaires spécialisés en ressuscitant des mots anciens ou en en créant de nouveaux pour satisfaire aux besoins du monde moderne. Ce fut aussi le moment où elle créa les « Deux jours de la langue malgache » qui débutaient les célébrations de la fête nationale, dont la devise est toujours :  « Andrianiko ny teniko, ny an ‘ny hafa koa feheziko ».

Gardienne de la langue nationale, défenseur de la littérature et de la culture des Anciens, c’étaient les « adidy » dont elle avait hérité de ses ancêtres et qu’elle assumait dans le pays et à l’étranger. Puissent les étudiants qui ont reçu son enseignement et ne l’ont pas oublié, puissent-ils ne pas oublier son modèle, diffuser ses idées auprès de leurs auditoires et, comme elle le voulait, les enrichir de nouvelles recherches.

Au nom de la langue et la culture malgache !

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