La Gazette de la grande ile

Jirama : Le DG limogé, rien ne changera !

Publié le 16 août 2019

Alors qu’il était en passe de réaliser les engagements pris avec l’Etat, le DG de la Jirama est limogé. A sa nomination, en avril 2017, Olivier Jaomiary a notamment fixé comme objectif le retour à l’équilibre de la société publique en 2020. Mais devant les récriminations de la population dans plusieurs quartiers de la capitale qui ne reçoivent plus l’eau courante depuis quelques jours, l’Etat a décidé de limoger le DG. Ce dernier est certainement considéré comme incapable de gérer la Jirama dans le sens de la satisfaction des besoins de la population, le conseil des ministres espère ainsi calmer la colère des gens qui va en crescendo. Autant pourtant le dire, le limogeage du jeune Jaomiary n’est qu’une solution de facilité. Il a très peu de chances de régler les problèmes d’adduction d’eau de la capitale.

En fait, si le président Rajoelina voulait absolument chercher un coupable de la pénurie d’eau, il devrait désigner la Banque mondiale. Mais son entourage manquant visiblement de mémoire, personne ne l’aurait pas expliqué le tournant pris à la fin des années 90 par la Jirama. C’était au moment des négociations du crédit Energy II. La principale conditionnalité imposée par la Banque mondiale était la restructuration du secteur énergie avec séparation et libéralisation des fonctions production, transport et distribution. Seule la première fonction pouvant intéresser les investisseurs privés car peuvent générer des superprofits, à preuve, les experts ont en plus interdit à la Jirama de faire des investissements, nouveau ou de remplacement. C’était à ce moment-là que les producteurs privés d’électricité ont commencé à s’installer et surtout prospérer. A croire qu’ils étaient en cheville avec les experts de la Banque mondiale dont l’objectif final serait de privatiser la société publique.

C’est dans ce même objectif que la Banque mondiale a aussi engagé des réformes pour le secteur eau sous Marc Ravalomanana. Avec les Allemands de Lahmymer International à la tête de la Jirama, des négociations étaient entamées avec l’Union européenne.  Le financement du projet était prévu d’être assuré par un don de l’Union européenne appuyé par un crédit de la BEI (Banque européenne d’investissement). 47 millions d’euros était prévu pour améliorer le réseau  et la production d’eau à Antananarivo. Les négociations étaient en cours d’achèvement quand les évènements de 2009 surviennent. Tout le projet tombe à l’eau et les résultats sont aujourd’hui vécus douloureusement par des milliers d’Antananariviens.

Actuellement, le projet est remis sur le tapis. Cette fois-ci, le financement serait de 60 millions de dollars. La convention de financement serait prévue d’ici la fin de l’année.  Les travaux ne pourraient donc commencer que l’année prochaine. D’ici la fin des travaux qui vont forcément prendre un bon moment avec 150 km de canalisation et plusieurs sites de production. Sans parler de la destruction de rues dont les rénovations actuelles sont aussi financées par la … BEI.

Qui sait si c’est en perspective de ces financements que l’IEM (Initiative pour l’émergence de Madagascar) a décidé de limoger le DG de la Jirama et contrôler la compagnie nationale. Alors que tous les cadres dirigeants de la Jirama ont été recrutés puis nommés sur appel d’offres international avec missions précises convenues avec la Banque mondiale et l’Etat malgache, le DGA chargé des opérations de la Jirama Henri Randriamanana a été aussi limogé sans crier gare, au début du mois, et remplacé par Albert Ravelojaona. C’est un des techniciens d’IEM qui est visiblement l’expert en énergie car c’est lui qui est systématiquement délégué pour présenter le programme de l’IEM dans ce secteur. C’est un ancien DGA de la Jirama, en 2009. Nonobstant sa technicité ne pourra rien faire avec les interdictions de la Banque mondiale et les contraintes de la société : avec 70 milliards de chiffres d’affaires mensuel, la Jirama consacre 85 % rien que pour les carburants.

Peut-être que la ministre Lalatiana Rakotodrazafy et son époux feraient mieux. Eux deux ont jubilé devant le limogeage d’Olivier Jaomiary. Et si on la nommait DG de la Jirama et son mari DGA, le président Andry Rajoelina pourrait alors les juger et en capacité et en popularité.

Sa

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