La Gazette de la grande ile

Le choix entre un chirurgien et une prison

Publié le 17 août 2019

Une  rencontre  entre l’Exécutif  et les  élus  de  Tsimbazaza  a  toujours  été très riches  en  révélations  sur la vie réelle de  la Nation. Les  vœux pieux et les revendications les plus inattendues avaient une  fois  de plus marqué un tel évènement par le passé  et  hier  encore lors de  cette session qui était réellement extraordinaire  si l’on  en juge par les  prestations des députés. L’ordre  du  jour devait pourtant fixer l’attention  de  tous sur l’étude et l’approbation de la Politique Générale de l’Etat (PGE) dans le meilleur des cas. Mais il se  trouve que lorsque l’occasion  se présente,  aucun des parlementaires  présents  lors des  séances n’avait résisté à la  tentation de se manifester pour «paraître» (la séance passait  en  direct sur la  chaîne  nationale de la télévision)…L’occasion  était  trop  bonne pour les députés  nouvellement élus de s’étaler sur  des  situations à  problèmes dans leurs circonscriptions  électorales  respectives.  Il n’y a  rien  de mal à  ce qu’ils  se  livrent ainsi à des  exercices de doléance,  de dénonciation et même félicitations calculées des laudateurs. Mais  trop  c’est trop !

Toujours  est-il  que tout  au long de cette séance plénière, il était  question  de  tout. Rien  n’a  été épargné ni oublié par ceux  qui  se  sont  exprimés. A l’écoute de ceux qui  se  disent les porte-parole des  voix de ceux qui n’ont  jamais  eu droit à la parole,  il est  sûr  que le Premier ministre  Christian  Ntsay  et les  membres  du gouvernement avaient  eu  du mal  à  faire le  tri  des nécessités à prioriser devant la foule de critiques à peine  voilées des  uns  et des hosannas de  type «m’as-tu vu». N’importe quel ministre n’oserait  faire semblant d’écouter  distraitement  les souhaits  et les évocations  des milles  et une misères des  arrondissements de la capitale et de l’arrière-pays. Des  deux  côtés de la  barrière, tout le monde se  devait de  jouer le jeu  de la  démocratie parlementaire. Le hic  dans  ce  contexte  que trop souvent  on oublie l’essentiel et les  tirades  des  uns ne permettent pas  du  tout  de retenir les  vrais  sens des malheurs des habitants. C’est à peine  si l’on  parle de  ces malheurs  que  vivent au  quotidien les  éleveurs  soumis  aux  dures lois de l’entente entre les fortunés qui utilisent les  bras  valides  des  intrépides voleurs  de zébus pour  assurer la  satisfaction des  consommateurs  des  grandes  villes  et les  besoins de l’exportation  de la  viande ou  des  bœufs  sur pieds.   C’est à peine  si  à mot couvert,  quelques  rares  députés  font  état des abus  et  des brimades  qu’endurent le monde  rural  coincé  entre le besoin de  se  fier  aux  protections des  forces  de l’ordre et la  déception incontournable face à quelques  attitudes complices des autorités locales  et  de  quelques  notables  sûrs  de l’influence protectrice et complice de certaines personnalités  haut placées. Les  problèmes cruciaux de certaines localités  se résument  surtout à la  nécessité de  doter les  centres  de  santé du personnel  qu’il faut ou d’un  bâtiment scolaire destiné à  des  écoliers qui  doivent étudier  à l’ombre d’un manguier et parfois sous le  soleil  et  sous la pluie  toute l’année. Au cours des  échanges qui,  en principe  doivent porter  sur les options et actions précises de  développement, rares sont les députés  qui apportent des dossiers réalisables  sur des  périmètres agricoles qui méritent de  remplir les conditions requises pour  figurer dans les projets proposés par le gouvernement pour assurer à chaque Malgache aspirant à un avenir meilleur dans le  secteur de l’agriculture le  droit faire fortune en  toute  honnêteté. Lorsque Hariantsa R trouve que «dans un pays comme le  nôtre, qui par  référence à la Constitution et  aux lois, protège et garantit l’exercice des  droits humains, il  est surprenant de  voir que la réalité  semble  prouver le contraire », on ne peut pas  en vouloir à un  député de solliciter «l’ouverture d’une  nouvelle prison» devant les  représentants  du gouvernement. Serait-ce parce que «la  détention préventive est  encore  exercée de manière  abusive » et que les prisons  sont surpeuplées ?  Ou  bien tout  simplement parce que certaines personnes s’imaginent que l’emprisonnement  serait la  solution idéale pour lutter contre l’insécurité ? Le temps  nous  donnera la  réponse par l’exécution  de la politique  générale  dans le  cadre de leurs  réalisations département par  département. L’obligation  de  résultats pour le gouvernement  doit  tendre  vers ces directives  du président Andry Rajoelina  qui a décidé que  «le  développement du secteur  agricole, pilier de la  croissance du pays, est une priorité pour l’Etat malagasy.»

N. Razafilahy

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