La Gazette de la grande ile

L’agriculture au service de la paix : La trépidante aventure des agronomes de la FAO dans le Sud

Publié le 07 septembre 2019

La FAO, comme d’autres agences du système des Nations Unies ( UNCDF, UNFPA, UNESCO, OIM, PNUD), s’est engagée à contribuer aux côtés du Fonds pour la consolidation de la paix (UNPBF) pour le rétablissement de la paix dans les régions réputées être le fief des « dahalo » (bandes criminelles armées) dans le sud de Madagascar. La FAO intervient dans les Communes de Betroka, Tsivory, Beraketa, Ebelo, Ivahona, Mahabo, Ianabinda, et Marotsiraka. Pour les communautés vivant dans ces zones sont en proie aux actes de banditisme en tant que victimes mais aussi acteurs mobilisés par les chefs de bandes pour renforcer leurs troupes de malfaiteurs. Les femmes utilisées comme éclaireuses, informatrices, et exploitées ; les jeunes et les hommes recrutés comme milice et envoyés au front lors des opérations criminelles menées par les dahalo. Grâce aux alternatives proposées par la FAO et ses partenaires, les membres de ces communautés commencent à se libérer de ce cercle où violences et conflits avaient fait leur quotidien.

« Ces personnes cherchent comment se sortir de la situation depuis longtemps, et notre arrivée était pour eux un espoir de changement pour une vie plus digne », c’est ce que  nous confient les agronomes en charge de la mise en œuvre du

« projet d’appui aux mécanismes endogènes pour le dialogue communautaire et à l’amélioration des conditions économiques des populations vulnérables » initié par le bureau d’appui à la consolidation de la paix (PBSO).

Un processus engageant pour la communauté et des approches qui ont fait leur preuve

Les membres des communautés identifiés comme premiers bénéficiaires des interventions ont été organisés en groupes. Ces groupements ont servi de structure d’échanges, d’entraide, et de développement collectif.

Grâce à ce renforcement socio-organisationnel, une meilleure cohésion entre les membres s’est établie : plus de confiance, plus de dialogue, et même les femmes – généralement écartées de toute prise de parole ou de décision – sont mieux intégrées et se voient accorder une participation plus active dans la vie et la gestion des groupements. Les hommes se sont également impliqués plus et se sont mis aux cultures maraîchères pratiquées traditionnellement par les femmes et les plus jeunes.

Farmer field School (FFS) et Farm business School (FBS)

 L’approche privilégie la mise en commun des moyens de production, et une organisation collective du travail. La mise en place de groupement a encouragé certains membres à mettre à disposition du groupe une partie de leur parcelle afin d’expérimenter les nouvelles techniques améliorées de production. Certains poussent l’entraide jusqu’à prêter du terrain de culture aux membres qui n’en disposent pas.  La dotation de matériels Agricoles et équipements (charrue, kit de micro-irrigation, pompes, etc.), ainsi que l’organisation de réunions d’échanges et de dialogues périodiques (hebdomadaires), ont encouragé les échanges d’expériences et de bonnes pratiques entre les membres, ont favorisé la participation de tous aux travaux communautaires, ainsi qu’à la gestion organisée des matériels communs pour leur utilisation et leur entretien, et voire la mise en place de caisses communes.  Ces nouvelles activités Agricoles et activités autour de la gestion des groupements occupent de plus en plus les hommes et les jeunes, ce qui les éloigne peu à peu des activités illicites. De plus, les activités de production sont devenues des sources de revenus régulières, surtout grâce aux ventes des produits maraîchers et des produits d’élevage.

Caisses communes

Les caisses communes créées renforcent les relations de confiance et de sécurité entre les membres. Les fonds communs permettent de réinvestir dans l’agriculture et l’élevage, ou de diversifier les revenus grâce à d’autres activités génératrices de revenus.  Outre les avantages socio-économiques, l’approche favorise également l’amélioration des techniques de production grâce à al combinaison des techniques améliorées apportées à travers les formations et les expériences et connaissances locales et traditionnelles, qui font naître de nouvelles pratiques culturales et agro-pastorales adaptées et facilement appropriées par les membres des groupements.  Les expérimentations menées en commun au niveau des champs écoles démontrent l’efficacité de cette méthode participative, et promeut des techniques d’Agriculture intelligentes face au climat (AIC).

A titre d’exemples

La technique de culture en ligne de l’oignon a atténué l’attaque des maladies sur la plante, a accéléré la formation des bulbes et raccourci le cycle de production. Il s’est avéré que le latex du Famata (euphorbia stenoclada) dilué avec de l’eau, parfaitement inoffensif pour l’homme et pour le maïs, permet d’en éloigner les chenilles légionnaires d’automnes. Il s’agit d’une autre lutte biologique efficace contre ce fléau qui s’étend à l’échelle nationale. En termes d’entrepreneuriat, les initiations ont déjà porté leur fruit car les groupements « vendent avant de produire », c’est-à-dire qu’ils négocient les prix, la qualité et les quantités recherchées auprès des hôteliers, des collecteurs, etc. avant de décider du moment favorable de mise en culture d’un produit défini suivant les besoins du marché…

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