La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY / Education, Fihavanana et corruption

Publié le 10 septembre 2019

Le séjour du Pape François dans la capitale  de Madagascar sera un évènement que les habitants de cette île sans distinction de religion et de croyance n’oublieront jamais et restera gravé longtemps dans la mémoire collective. Pour plusieurs raisons à cause surtout du charisme apostolique du Saint Père. Pour un chef spirituel de l’Eglise Catholique Romaine, le fait d’avoir oser se mêler de quelques sujets tabous concernant le pouvoir temporel n’est pas seulement un signe évident de courage politique mais surtout la marque d’une grandeur d’âme. Il aurait bien pu se contenter des sermons habituels des évangélisateurs, mais comme le constate la presse locale et étrangère, il a cru nécessaire de réveiller le sens de responsabilité de tous. Il s’est adressé sans équivoque aux décideurs étatiques, aux administrés, à la jeunesse, à la communauté internationale et même aux évêques à qui il avait recommandé particulièrement d’être quand il a dit bien : «Ne faites pas entrer le loup dans la bergerie. » En évitant les recrutements sans discernement même si les vocations posent problème. Le Pape a surtout insisté sur la priorité à accorder à la priorité de protéger les pauvres, les marginaux, l’enfance vulnérable, les victimes de l’exploitation de l’homme par l’homme et des actes abusifs. Ce disant, il rappelle surtout aux prélats leurs devoirs en matière d’éducation, de l’accès au système de santé et du travail.

A propos du système éducatif, sans entrer dans les détails, l’appel du pape rejoint surtout l’analyse des experts qui sont convaincus que tant que l’environnement social et personnel des enseignants sont toujours le dernier des soucis des dirigeants, on ne pourrait pas s’attendre à aucune amélioration  des objectifs légitimes visés et souhaités pour assurer un développement humain valable et durable. Le public a été surtout très sensible à ce que les médias avaient considéré comme une interpellation directe des gouvernants dont la «mission première était de favoriser les conditions d’un développement digne et juste sur l’Ile et combien les êtres humains, notamment les plus fragiles, devaient être au cœur de ce développement.» Et quand le Souverain Pontife avait évoqué la grandeur et la portée du mot Fihavanana sans même chercher à le traduire, il voulait faire comprendre qu’il savait trop bien le danger de la «prolifération des formes endémiques de la corruption et de la spéculation qui augmentent les situations de grandes précarités et l’exclusion qui produisent toujours des conditions de pauvreté humaine.» Une manière de rappeler à l’équipe dirigeante qu’il y a encore beaucoup d’effort à faire pour quitter le sentier d’un  héritage malsain qu’avait légué la mauvaise gouvernance d’un homme d’affaires sans scrupules arrivé au pouvoir par le sang versé et la rue publique en 2002 ainsi que le règne du favoritisme complaisant d’un premier président de la 4ème République expert et comptable d’une paupérisation catastrophique pour la population de 2014 jusqu’à la défaite honteuse d’un Rajao fondateur de la bande à Hery et Voahangy Mivady (H.V.M) hautement éclaboussée par les détournements de deniers publics, des octrois abusifs de marchés publics et des séries de violations délibérées de la Constitution. Cette ingérence acceptable pour ne pas dire nécessaire d’une très haute personnalité internationale dans les affaires internes de notre pays nous rappelle les failles de tous ces gadgets dictés par l’étranger et qui dans la pratique ne se révèlent pas d’une efficacité palpable dans la lutte contre la corruption, nous montre clairement les limites des juridictions d’exception telle que le Pôle Anti-corruption (PAC). Parce de l’avis de beaucoup de professionnels de la Magistrature eux-mêmes, le système est surtout handicapé par le gigantisme de l’immeuble  des juridictions installées à Anosy. Les mêmes analystes  croient que la mise en place à Antananarivo d’un siège de Tribunal dans chaque arrondissement favorisera à coup la justice de proximité au profit de la transparence. D’autres même souhaitent que des réformes par le recours à l’usage des paiements d’une caution au cours d’une procédure contribuera hautement à des recettes pour le budget public surtout quand il s’agit de ces affaires de gros  sous qui impliquent des suspects qui sont capables de corrompre des juges. Bref, il faut institutionnaliser les versements corrupteurs au lieu de permettre à des magistrats de succomber dans la tentation. En adoptant des telles pratiques innovantes, le gouvernement ne peut être gagnant sur tous les tableaux et l’honneur sera sauf vis-à-vis des engagements pris par Andry Rajoelina devant le Pape. Ainsi soit-il!

 

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