La Gazette de la grande ile

Elections : Personne n’y croit plus !

Publié le 11 septembre 2019

A une semaine exactement des élections communales, les organes de vérification et d’enregistrement des candidatures répartis dans le pays n’ont enregistré que 158 candidatures pour les mairies et à peine 52 pour les conseillers municipaux alors que le pays compte 1695 communes et autant de conseils municipaux composés chacun de 7 membres au minimum. C’est à croire que la fonction de maire n’intéresse plus même si à Antananarivo, la mairie n’a jamais fait autant de surenchères entre le régime et l’opposition de Marc Ravalomanana. S’agit-il de l’exception qui confirme la règle ?

Toujours est-il qu’après les élections successives tenues après la transition et même bien avant, on enregistre une désaffection progressive de l’électorat : la hausse du taux d’abstention qui bat un record à chaque scrutin le prouve. Plusieurs raisons sont apportées par les observateurs pour expliquer cela dont principalement le manque d’intérêt sinon le rejet de la chose politique par la population, lui-même causé par les guéguerres politiques sans fin et les alliances contre-nature, les promesses démagogiques et l’absence de redevabilité des élus envers les électeurs.

On pointe également du doigt le pouvoir de l’argent qui semble plus prépondérant que la voix du peuple. Dans la croyance populaire, le candidat le plus friqué est assuré d’être élu quel que son programme ou son discours. Ce qui sous-entend l’achat du vote lequel n’est ni plus ni moins que la corruption.

Enfin, les accusations de fraudes massives aussi bien lors de la présidentielle que durant les élections législatives avec des plaintes en bonne et due forme « recevables mais non fondées », selon la formule consacrée par le président de la Haute Cour Constitutionnelle, ont fini par convaincre bien d’électeurs de ne plus se rendre à un bureau de vote.

Bref, un nouveau record d’abstention est attendu le soir du 27 novembre où devront se tenir les élections municipales, sauf peut-être à Antananarivo où l’on assistera à une évitable bataille électorale entre le candidat Marc Ravalomanana et celui qui osera l’affronter au nom du régime en place. La baisse du taux de participation serait d’autant plus irrémédiable que la CENI (commission nationale indépendante) n’engage aucune action pour encourager les électeurs à faire leur devoir.

La CENI (commission électorale nationale indépendante), son président et ses membres ne peuvent d’ailleurs pas se disculper sur cette désaffection générale à l’élection. Elle ne peut nier sa gestion catastrophique de la liste électorale. Malgré les financements astronomiques apportés par les bailleurs de fonds et les sacrifices de l’Etat malgache, cet organisme n’a jamais pu régler ce problème. Hier en fin d’après-midi, la CENI était incapable de donner le nombre des électeurs à appeler voter alors que sera clôturé dans une semaine le dépôt des dossiers des candidats lesquels ont pourtant besoin du nombre des électeurs pour établir leur stratégie.

Sur ce point, les techniciens qui ont participé de près ou de loin au dernier recensement général de la population et de l’habitat font remarquer que les résultats provisoires font état de 6 115 623 ménages à Madagascar. Même si cela existe, comme partout dans le monde, les ménages monoparentaux ne représentent certainement qu’une infime partie de ce chiffre. Cela veut dire que Madagascar compte environ la moitié du nombre de ces ménages comme ayant atteint la majorité, soit près de 12 millions. Et pourquoi la CENI ne recense qu’un peu plus de 10 millions d’électeurs.

En tout cas, on sera fixé sur ce que devrait être le nombre des électeurs quand les résultats définitifs de ce recensement seront publiés. Aussi afin d’éviter un autre débat stérile à ce moment-, ne vaut-il mieux pas suspendre le processus électoral et essayer de prendre un nouveau départ. Cette idée part du principe que le pays vient de réaliser un recensement général dont la première leçon est le doublement de la population en un quart de siècle. Le taux de croissance démographique annuel étant de 3 %, on est donc sûr que Madagascar comptera 50 millions d’habitants dans 25 ans, à moins qu’on instaurera une politique démographique aussi stricte qu’en Chine. Lequel des conseillers et de l’entourage du Président Rajoelina pense-t-il alors à l’an 2045 ? Qui de ces sherpas sait-il combien de millions de riz faut-il pour nourrir 50 millions de Malgaches ? Et comment s’y prendre pour avoir une telle production et quels sont les besoins en écoles, en hôpitaux et autres centres de santé… ?,

Toujours est-il que le principal problème chez nous est qu’on manque de vision à long terme. Le budget programme qu’on a appliqué depuis seulement deux décennies, ne touche qu’une période de 3 ans. Aucun des chefs de l’Etat qui se sont succédés à Madagascar n’a fixé aucun objectif dans le temps ni dans l’espace. On s’est contenté des objectifs du millénaire du développement des bailleurs de fonds qu’on n’a même pas atteint à la date limite de 2016. N’est-il donc pas temps de voir, de penser et d’agir sur le futur de ces 50 millions d’habitants ?

L’arrêt du processus électoral pourrait être suivi de la dissolution de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’artifice juridique est à priori difficile sans le changement constitutionnel mais le bénéfice politique serait énorme pour le Président Rajoelina. Au lieu et à la place des élections municipales, on devrait organiser des élections au niveau des fokontany où la proximité assurerait le maximum de véracité au niveau du vote. Les élus des fokontany deviendraient alors des grands électeurs au niveau des districts et élire des représentants pour constituer un forum national chargé d’établir un plan national pour 2045 et définir un projet de constitution qui y va avec.

Tout cela est évidemment facile à dire qu’à réaliser. Mais le pays , du président Rajoelina qui a bien représenté les institutions du pays et son parti à Marc Ravalomanana qui reste le principal opposant au régime au régime en passant par le pasteur Mailhol qui est la figure emblématique des nouvelles églises pour ne pas les qualifier de sectes, a su communier avec le Pape. A travers la ferveur qu’on a connu ce week-end, tout ce beau monde, des politiques comme des opérateurs économiques et des laïcs quel que soit leur appartenance religieuse, doivent savoir se mettre autour d’une table et discuter librement et de tout cœur de l’avenir de ce pays sans pour autant perdre de vue le présent. Sinon, sinon l’écoute qu’on a porté aux sermons du Pape n’est que de l’hypocrisie.

Sa

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