La Gazette de la grande ile

Sentinelle : Nos attentes après le passage du Pape

Publié le 11 septembre 2019

On a tous vu, ou au moins entendu le périple du Pape François à Antananarivo. On ne va plus s’étendre là-dessus, mais il y eut un fait qui m’a bouleversé. Ce fait étant l’ACCOLADE lors des retrouvailles des grands hommes comme le Pape François et le père Pedro. Cet élan du cœur imprégné de respect et d’amitié retrouvée. C’est la complicité d’hommes dont l’un se reconnait dans les actes de l’autre. C’est l’étreinte boostée par la joie de coéquipiers religieux après des batailles gagnées dans la guerre contre la pauvreté qui n’est pas une fatalité, disent-ils. C’est un tableau sublimé par des âmes unies pour un même dessein, et ayant un même destin qui est de faire du bien. Et c’est aussi et surtout la reconnaissance du maître à son surdoué d’élève.

Ô que j’aime cette amitié virile où les actions sont au service de l’humanisme. Ces deux hommes, avant d’être religieux unis pour le même combat pour le mieux vivre ensemble, ont de telles auras qu’ils arrivent à illuminer le monde de par la conviction qu’ils montrent aux plus démunis. Animer par la foi, ils n’ont de cesse de braver les grands de ce monde en prônant l’amour et la rectitude partout où ils vont. Je n’ai aucune accointance avec le catholicisme ni d’aucune autre religion d’ailleurs, mais la grandeur de ces hommes n’est d’aucune contestation. Alors nous nous inclinons de ce fait où l’évidence crève l’écran.

Le grand rêveur que je suis est toujours dans l’espérance que chaque action étatique est entreprise pour un objectif bien précis. La belle organisation gouvernementale mise en œuvre pour cet évènement doit porter ses fruits. Puisque Madagascar est reconnu comme un des pays les plus pauvres du monde, on ne peut plus se permettre de jouer uniquement pour le prestige déjà écorné en organisant une manifestation grandiose comme l’accueil du Saint Père François sur nos terres. On doit faire en sorte qu’il y ait des retombées sociales à l’issue de cette illustre visite. Eh oui, en faisant appel à un peu de pragmatisme, il nous faut rentabiliser cette manne du ciel qu’est la venue du Pape.

De quelle manière ? En osant cette fois-ci prendre les taureaux par les cornes qui sont de suivre les prérogatives du Pape François ; en abandonnant la démagogie chère à tous les tenants successifs du pouvoir pour quelques voies électorales de plus. Tous les délits qui minent notre pays sont tellement apparents comme :

– l’incivisme sur toutes ses formes,

– les voitures surannées et brinquebalantes qui arrivent à passer la visite technique, -les remblayages qui se font sur des bassins primaires où il est interdit de construire, -l’insécurité qui règne sur tout le pays alors que des moyens technologiques de pointe existent pour l’éradiquer, -la hausse du coût de la vie qu’on n’arrive pas à juguler par manque de volonté politique, – les prix rarement affichés dans les commerces malgaches, qui font en sorte qu’ils se font à la tête du client, -la justice largement dépassée par le nombre des justiciables, -la surpopulation désormais dans les grandes villes à cause de l’exode rural -les deux roues dans la méconnaissance complète du code de la route, -les bandes de terrifiants individus qui jonchent les rues, fument du cannabis et terrorisent les quartiers au vu et au su des forces de l’ordre y afférentes, -les embouteillages aux multiples causes toutes connues, mais boudées par les autorités compétentes, -la police qui semble être perpétuellement en grève, en laissant la population se vautrer dans les fanges du délit quotidien, -les fonctionnaires absents de leurs postes, en assurant leur présence par des vestes accrochées à leurs sièges, -les hôpitaux publics qui sont carrément crasseux, et où le personnel est non seulement méprisant, mais aussi d’un cynisme outrageux envers les pauvres qui y gravitent, -les produits et médicaments basiques ont disparu des dispensaires publics, -les abus de situations dominantes sont légions, -les salles de classe existantes sont vétustes dans les contrées loin des villes, -les enseignants avec une bonne formation pédagogique sont rares, -les ventes de produits alimentaires à l’air libre ne respectent aucune hygiène sanitaire, -et tant d’autres encore…

Cela n’est là encore que du menu fretin. Les postes clés des ministères sont truffées de fonctionnaires qui profitent du système désuet d’un fonctionnement administratif longtemps structuré d’une manière mafieuse. En fait, ce dernier donne la possibilité de piller l’Etat par des missions intra-muros ou extra-muros apparemment légales, mais qui sont carrément les passoires des deniers publics. Il est donc impératif qu’il y ait un réajustement visant à assainir ce milieu.

C’est en ces termes de lutte contre la pauvreté que doivent être traduites les paroles du Saint Père François. Il faut secouer les branches gangrenées par l’incivisme et la boulimie de l’argent, pour sauver notre belle île de la malédiction de la pauvreté non seulement financière mais aussi intellectuelle et morale.

En bref, on attend maintenant que les tenants du pouvoir actuel répondent aux attentes d’un peuple qui guette l’effectivité d’une volonté politique à œuvrer pour le changement. Il faut marquer que le moramora est désormais caduque, et la réactivité dans la prise de responsabilité s’avère être pressante pour remédier aux défaillances de l’appareil étatique longtemps mis sous l’éteignoir. C’est seulement en joignant les actes aux paroles que la visite du Pape François soit vraiment rentabilisée.

Max Randriantefy

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