La Gazette de la grande ile

Opinion : Y en à marre de recevoir des leçons des visiteurs étrangers : agissons!

Publié le 12 septembre 2019

Les faits sont connus

Madagascar est, au monde, le seul pays sans conflit majeur qui s’est appauvri depuis son indépendance en 1960 (1).

Depuis des décennies, les taux de croissance économiques successifs semblent avoir plus enrichi une minorité “d’hommes d’affaires” et de politiciens véreux que réduire la pauvreté. D’où les inévitables crises répétitives au moment des pics de croissance, véritable explosion des frustrations accumulées des pauvres,(2,3).

Triste palmarès, défiant toute loi économique: parmi les pays très pauvres d’Afrique,   Madagascar est le seul à compter parmi ses citoyens des milliardaires du peloton de tête du classement Forbes des grosses fortunes d’Afrique francophone (4)

Les causes sont connues

Du Pape François au FMI en passant par le Président Kagame, tous pointent la Corruption au sens large (c’est-à-dire y compris fraudes fiscales ou douanières, trafics, privilèges et favoritisme) comme la principale cause de cette situation.

Les derniers rapports de la Commission Nationale des Marchés Publics(5) et de la Direction Générale du Contrôle Financier (6) (que nous saluons au passage pour leur transparence) nous révèlent à quel point l’argent public, censé améliorer la vie de la population, est livré à la merci des prédateurs du pays.Tout ceci au vu et su des bailleurs de fonds.

Les montants faramineux des fraudes douanières et des marchés publics récemment condamnées par le Pôle Anti-Corruption (que nous félicitons), laissent imaginer à quel point Madagascar a été pillé et appauvri depuis plusieurs décennies du fait de la Corruption. Espérons au moins que les biens mal acquis des coupables seront confisqués et restitués au peuple malgache conformément à la récente loi promulguée par le Président de la République et dont on attend toujours le décret d’application.

Les responsabilités sont connues

À toutes les époques, les coupables désignés sont toujours les dirigeants d’avant et/ou les proches de l’opposition. En fait, les membres de la classe politique actuelle étaient quasiment tous auparavant dans l’une ou l’autre de ces catégories. À de très rares exceptions, nos politiciens et leurs complices du secteur privé sont donc tous responsables, en attendant d’être éventuellement reconnus coupables par une justice réellement indépendante.

Les solutions sont connues et l’exemple doit venir d’en haut

Commençons par appliquer les principes de base de bonne gouvernance:

–        Transparence budgétaire totale et surtout transparence sur tous les sources de financement et leurs conditionnalités

–        Lutte contre l’évasion fiscale en signant l’adhésion au Forum d’échanges automatiques d’informations fiscales qui nous attend au siège de l’OCDE (7).

–        Obligation d’Appels d’offres ouverts pour les marchés publics et obligation d’associer la société civile aux dépouillements des  grands marchés publics à venir (travaux sur bâtiments administratifs, importation des kits scolaires, importation des véhicules administratifs……) et des attributions de licence, concession ou partenariat public-privé

–        Ouverture ou activation des enquêtes dans les hautes sphères du pouvoir et leur entourage qui ne peuvent prétendre être tous blancs comme neige. C’est l’unique condition pour que les efforts actuellement entamés par nos gouvernants soient reconnus comme une réelle lutte contre la corruption au lieu d’être perçus comme de vulgaires règlements de compte politiques. Cette démarche exemplaire sera également un déclencheur de changement de mentalité, indispensable pour enrayer la généralisation actuelle de la corruption

La corruption est source de pauvreté et la pauvreté source d’instabilité. Agissons tout de suite au-delà des discours, sans attendre les injonctions des bailleurs de fonds ou les leçons de prochains visiteurs étrangers !

ALEFA MADAGASIKARA

Association citoyenne depuis 2003

La Carrière Mangarivotra

Mahajanga

  1. F. Roubaud et al. in L’énigme et le paradoxe, IRD Éditions, 2018
  2. Banque mondiale in Note de conjoncture économique à Madagascar 31/07/19
  3. Pnud in Rapport National sur le Développement Humain à Madagascar 2018
  4. FORBES Afrique du 30/04/19
  5. Rapport 2016-2017 de la Commission Nationale des Marchés Publics
  6. Rapport présenté par la Direction Générale du Contrôle Financier 22/07/19
  7. Communiqué de Alefa Madagasikara Mai 2019

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