La Gazette de la grande ile

Sentinelle : Aimer, S’aimer et avancer…

Publié le 18 septembre 2019

Je suis un fils d’Antananarivo et je suis fier de l’être. Malgré ma culture éclectique renforcée par mes longs voyages à travers le monde, elle est ma ville de référence dans laquelle j’ai jalonné mes repères.

J’ai puisé dans ma souvenance, la richesse des valeurs humaines de mon temps où l’éthique était mise sur un piédestal qui n’a plus son aura aujourd’hui. Je chérissais non seulement mes terres de l’Imerina, mais aussi ses habitants en qui je m’identifiais, et pour qui je ressentais beaucoup de tendresse dans mes envolées nostalgiques, durant mes périples qui furent une tranche de vie indépendante de ma volonté.

J’ai tellement aimé ma ville des mille, là où la convivialité sertie de respect mutuel était encore perçue partout et dans tout. Cet état d’esprit d’antan fut en premier lieu le gardien de la paix et de l’environnement.

On  dit que les bonnes choses ont une fin, car maintenant je ne puis que pleurer pour ma ville. Une ville où il ne fait plus bon vivre pour de multiples raisons où la DEGRADATION constitue le point commun.

Antananarivo est arrivée à saturation. Effectivement, aujourd’hui elle est confrontée à un problème de capacité d’accueil largement dépassée par une surpopulation due à une migration régionale estudiantine, ainsi qu’à un exode rural massif. Il est avéré qu’elle est envahie par les bons et surtout les mauvais migrants qui ont mis à bas nos valeurs humaines, et aussi ont dégradé nos sites architecturaux et environnementaux. Cette migration des pauvres hères des campagnes vers la ville est due à l’insécurité, mais  aussi à l’attrait d’emplois dans le milieu urbain. Ces mouvements de  population ont été les fossoyeurs de la beauté et salubrité d’Antananarivo. Eh oui, vu des dérives sur tous les plans d’une nouvelle population désormais non éduquée et  indisciplinée, le mieux est de fuir momentanément la ville responsable de stress en tous genres. Il est alors factuel de dire qu’à Madagascar, il y a Antananarivo et les autres régions.

Partir en vacances vers des cieux plus cléments est pour le citadin salarié de la ville des mille, une nécessité vitale pour se ressourcer, pour retrouver les valeurs humaines enfouies à cause de la survie quotidienne. En effet, j’ai voyagé à l’intérieur du pays, et plus je m’éloignais de mon antre qu’est la capitale, plus je me détendais physiquement et intellectuellement. Je me suis même remis à regarder la beauté de la nature, tel mon ami Achille présentant les merveilleuses lumières de son île, à travers ses belles photos prises sur la route du chocolat. Je m’émerveillais de cette chaleur sociétale ressentie dans le monde rural, où il suffisait de croiser le regard timide et heureux d’un paysan quelconque, pour échanger avec lui un sourire grand comme un  quart de lune, me remettant en phase avec les vraies valeurs de la vie qui est le respect. Réapprendre à saluer avec un sourire chaleureux sans arrière-pensée, en y mettant le cœur qui fut  longtemps entravé par la frustration d’une vie citadine. Cette qualité relationnelle dépourvue d’intérêt mercantile, a eu le pouvoir de recharger mes accus émotionnels en déclin, pour continuer à chérir mon pays  et à estimer le courage de mes compatriotes qui affrontent avec le sourire teinté d’espoir, les difficultés d’une vie de damnés.

Aimer, s’aimer et avancer…Depuis quelques temps, le Président de la République et le Pape lui-même, citent dans leurs élocutions ou allocutions ce mot AIMER comme essentiel et propulseur d’un développement rapide et durable. En effet si l’on se réfère à la ville Antananarivo, il faut vraiment l’aimer pour qu’elle puisse retrouver ses lustres d’antan. Si son état actuel laisse à désirer, ce n’est pas seulement la faute aux gouvernants, mais surtout la faute à la population y gravitant qui ne l’aime pas assez, ou qui ne l’aime pas du tout pour l’abandonner et la laisser dépérir au grès des vents politiques démagogiques qui y sévissent. Il est effectif que seule la prise de conscience collective, animée par l’auto-surveillance, sinon la délation rémunérée (SIC) peut sortir Antananarivo de l’impasse dans laquelle elle est aujourd’hui.

Max Randriantefy

Lire aussi