La Gazette de la grande ile

Danil Abdulla : comme un  cheveu HVM dans la soupe de l’IEM

Publié le 23 septembre 2019

Tout récemment, je suis tombé sur une annonce à caractère très touristique, destinée à divers tour operators… C’était juste avant le coup d’envoi du récent Salon Wave (17 au 20 septembre 2019 au CCI Ivato) dont l’ouverture a bénéficié de la présence du Président de la République, Andry Rajoelina, qui, entre autres, a parlé de trouver des solutions aux problèmes liés à la lenteur administrative.

Cette annonce émane du groupe Kimony Lodge & Resort dont le Big Boss est Danil Abdulla alias Be Kibo… Voici la teneur de cette annonce:

Mesdames, Messieurs,

Nous avons le plaisir de vous annoncer l’extension des activités du groupe Kimony Lodget & Resort à compter du 01/04/2020:

– Ouverture de l’hôtel “L’Eden de la Tsiribihina” à Miandrivazo.

– Ouverture de l’hôtel “Le Portail de Kirindy Mitéa” à Ambararata aux abords de la réserve de Kirindy Mitéa.

– Ouverture de l’hôtel “Le Belo Beach” à Belo sur Mer.

Le Kimony Resort à Morondava

Ces hôtels disposent de 20 bungalows chacun, d’un restaurant et d’une piscine. Il y aura une mise en place de navette maritime de 24 places reliant Ambararata et Belo sur Mer et une mise en place de 2 bus tout terrain (4X4) de 16 places chacun, effectuant des navettes entre Morondava et Bekopaka. Vous comprendrez combien nous sommes attachés à faire découvrir à vos clients les nouveaux atouts de la région du Menabe et de ses environs. Nous ne manquerons pas de vous donner des informations complémentaires sur ces réalisations (…).

Vue aérienne de Belo sur Mer

Formidable, n’est-ce pas? Pourquoi attendre 2020, me suis-je alors dis? Faisons mieux connaître ce projet en mobilisant nos réseaux de correspondants et autres connaissances sur le terrain. Et pour sortir du sentier battu de l’allée des baobabs et des Tsingy du Bemaraha, nous avons jeté notre dévolu sur Belo sur Mer, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Morondava. Je précise qu’il y a aussi Belo sur Tsiribihina. Notre équipe est effectivement tombé sur le “chantier” du futur “Le Belo Beach”. Amis lecteurs, la réalité surpasse l’annonce mirifique. Ce qui, au départ, aurait dû être un reportage au sujet de ce projet de 20 bungalows avec restaurant et piscine, s’est transformé en véritable enquête de moralité sur l’honorable Danil Abdulla pas si honorable que çà…

Ainsi, le système qu’il semble avoir lui-même mis en place, m’a fait me demander (To wonder, en anglais) si le régime Hvm est toujours là et si le président actuel demeure Hery Rajaonarimampianina. Ben oui quoi! Lisez bien.

 Chantier non clôturé à Belo sur Mer. Etrange, non ?

C’est vers la mi-août 2019 qu’ont commencé les travaux du groupe Kimony à Belo sur Mer, commune urbaine située dans la région Menabe et dans le district de Morondava. A ce moment-là, ne respectant déjà pas la législation en vigueur, aucun dossier de demande d’autorisation de construction n’avait fait l’objet d’un dépôt auprès de la mairie de Belo sur Mer, de la part du groupe Kimony. Il est donc tout à fait normal qu’aucune pancarte -pourtant obligatoire- indiquant le numéro d’un quelconque permis de construire ne figure sur le chantier. Le maire, quant à lui se tait et de se terre. Peureux ou corrompu ou les deux à la fois? Certainement, car Monsieur Be Kibo a la réputation d’être capable de tout…

Connu de et par tous dans la ville de Morondava, il y fait, dit-on, la pluie et le beau temps. Là-bas, il se vante même d’être intouchable car il a des relations privilégiées avec les dirigeants actuels. Pourquoi pas avec le Président Andry Rajoelina lui-même, tant qu’il y est, et pourquoi ne pas déclarer, également, que son projet de futurs trois hôtels fait partie de l’IEM, dans le volet 3P ? Comme du temps du Hery Vaovao et ses projets présidentiels Hvm qui ont permis des expropriations inhumaines à outrance ?  Concernant le terrain où est en train de se construire “Le Belo Beach”, il se trouve le long de la lagune, au Nord du village de Belo, un peu en dessous du poste de la gendarmerie. En septembre 2018, ce terrain n’était ni titré ni borné. Et il apparaît que Danil Abdulla n’a agi qu’avec une simple “reconnaissance d’occupation”. Il n’en est donc pas le propriétaire.

De plus, comme vous le constaterez sur nos photos prises il y a une semaine à peine, le terrain n’est pas clôturé et sert encore de W.C. à l’air libre pour les habitants du village. Ce, depuis de nombreuses années… Cela ne peut signifier qu’une chose: aucune procédure légale et dans les normes n’a été engagée auprès des services de la Topographie et des Domaines. Fait partie de cette procédure, entre autres, une convocation officielle des voisins et des représentants du village. Rien de cela, et les travaux se poursuivent. De manière encore plus paradoxale vis-à-vis de l’Environnement (“Tontolo iainana”) même.

 D’où viennent ces planches amenées par boutre ?

En effet, en ce moment, rares sont les journaliers qui travaillent sur le chantier. Car ceux qui trimaient là sont partis, mal payés sinon pas payés du tout. Et aucun recours possible pour ces travailleurs au noir (“mpanao kibaroa”). Cependant, à chaque marée montante, des boutres viennent apporter des planches déjà travaillées venues d’on-ne-sait-où. “De la forêt de Kirindy où les arbres ont des oreilles”, affirment les langues bien pendues. La forêt en question se trouve dans la réserve de Kirindy, à 70 km au Sud de Morondava, qui se distingue, entre autres, par son importante richesse en flore (plantes médicinales, arbres à bois précieux, baobabs …) avec un taux d’endémicité élevé.

Par ailleurs, un désastre est imminent en matière de protection du littoral. En effet, certains villageois apportent des “pierres” sur le chantier. En réalité, c’est la bande rocheuse protégeant la plage de Belo coté mer qu’ils cassent à raison de 20m3 par jour. Pas besoin de vous faire un dessin pour vous faire comprendre le désastre écologique qui va s’abattre sur ce coin de paradis sur terre…

Aucune pancarte de permis de construire règlementaire. Bizarre, non?

En ce qui concerne les gros sous qui permettent la construction de ces trois établissements hôteliers, beaucoup de questions aussi de posent et vous savez certainement lesquels. Ainsi, une descente des autorités concernées serait plus que souhaitable pour cerner les points louches sinon obscures à propos du groupe Kimony Lodge & Resort. Non, ce n’est pas parce que c’est un indo-pakistanais, certainement de nationalité autre que malagasy aussi, que je m’acharne sur lui. A l’heure où c’est Andry Rajoelina qui est le Président élu de la République Madagascar, le système Hvm/Rajaonarimampianina corrupteur et profiteur ne doit plus avoir sa raison d’être. Sinon, tous ses détracteurs auront bougrement raison. Et ce ne sera pas du tout ma faute, loin de là! Et j’ai même la mauvaise impression que quelque chose de pas très normal se trame dans les coulisses et couloirs des deux palais d’Etat. Les murs, tôt ou tard, parleront…

Pour l’instant, à mon sens, et jusqu’à preuve contraire, Danil Abdulla apparaît tel un cheveu HVM dans la soupe de l’IEM. On verra s’il est effectivement un grand copain du ministre du Tourisme, Joël Randriamandranto… En février 2019, lors d’une interview, il avait déclaré: “Nous avons confiance au tourisme”. Vu ce qui se trame à Belo sur Mer -à 830 km de distance d’Antananarivo tout de même! (“Tany lavitra andriana tokoa”)-, je lui reformulerai sa réponse par : les touristes doivent-ils avoir confiance en lui? Là est la question désormais… Car il y a effectivement un… mais. N’est-ce pas, les gars ? Et ce dossier ne traite que de Belo sur Mer.

Jeannot Ramambazafy

 

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