La Gazette de la grande ile

Exploitation d’or : Affaire Flamco bis  à Fort Dauphin ?

Publié le 16 octobre 2019

Fort Dauphin ou Taolagnaro est une ville située à l’extrême sud-est du pays. Très appréciée par les touristes, elle abrite le premier site minier exploité par une multinationale à Madagascar, Rio Tinto. Elle est souvent citée par les environnementalistes pour condamner les dégâts causés par les entreprises minières.  On l’associe à l’ilménite qui y est extrait par bateau pour le Canada. Diverses rumeurs circulent à propos de ces cargaisons. Mais jamais, on n’a entendu parler d’or enfoui dans les sables ilménites de Fort Dauphin. Ce n’est donc pas des plages de cette région du pays que Karabars obtient l’or qu’elle vend.

Karatbars International est une société créée à Stuttgart (Allemagne) en 2011.  Spécialisée dans la vente d’or sur internet, la société a intégré le secteur de la cryptomonnaie avec la philosophie de son fondateur, Harald Seiz, d’avoir une monnaie sans dette. Karatbars Internationale n’a pas pour autant abandonné l’or et continue même de lier le métal précieux sur ses « coins ». C’est sans doute la raison pour laquelle M. Seiz dit détenir une mine d’or à Fort Dauphin.

En date du 4 octobre dernier, un article de Coindesk (site d’information sur la cryptomonnaie) a  cependant publié un article selon lequel Karatbars et Harald Seiz sont  des arnaqueurs. L’article révèle notamment l’existence d’une enquête par les autorités de régulation financière de la Floride (Etats-Unis). L’affaire ferait suite au lancement d’une première pièce Karatbank qui serait liée par une banque de cryptomonnaie basée à Miami. « Karatbars n’est pas agréé en tant que banque auprès l’OFR » (office de régulation financière), indique cependant Katie Norris, directrice de la communication de l’office.

L’autre argument évoqué par l’article selon lequel il y a arnaque est que si Karatbars International a vendu symbolique sa monnaie numérique Carat Gold Cold (KBC) qui serait adonnée à l’or, elle se propose de promouvoir dans le courant de décembre une nouvelle pièce dénommée Karatbank qui serait liée à une banque basée à Miami dont l’existence est démentie par les autorités de Floride.

L’article révèle par ailleurs le problème juridique de la société devant les tribunaux de Québec. Selon Coindesk,

« l’organisme de réglementation financière du Québec avait averti les investisseurs de faire preuve de prudence à l’égard de la société ». « Les autorités de régulation néerlandaises et namibiennes ont lancé des avertissements publics similaires, le premier qualifiant l’activité de Karatbars de “marketing à plusieurs niveaux”, le second allant jusqu’à le qualifier de système pyramidal », analogue au système de distribution de médicaments Tiens à Madagascar au début de la décennie, et les tontines.

Enfin, le dernier et sans doute le principal argument est que « d’après un mail d’une «source tierce », des  responsables la chambre des mines du pays auraient déclaré : « Nous avons le regret de vous informer qu’il n’y a pas de mine d’or à Fort Dauphin Madagascar et que Karatbars ne détient pas de permis d’exploitation minière à Madagascar.”

Coindesk dit mener des investigations et réactualiser son article si des éléments nouveaux surviennent. Sur un autre site, Harald Seiz dément tout et confirme l’existence d’une exploitation aurifère de Karatbars. International à Fort Dauphin.  Nous-mêmes avons tenté ces deux derniers jours de vérifier en vain l’existence d’une exploitation d’or à Fort Dauphin et d’essayer de comprendre une éventuelle ICO (initiale levée de fonds par le lancedment de cryptomonnaie). Pour des projets à Madagascar.

En tout cas, cela nous ramène à une histoire, celle de Flamco.  Tout s’est passé en début 1993 après l’élection de feu Albert Zafy à la Magistrature Suprême. Exsangue après 2 ans de mouvements populaires et de palabres, le pays était bloqué par des discours hostiles envers les bailleurs de fonds traditionnels. La seule et unique solution trouvée était  d’échanger des billets à ordre contre des permis d’exploitation d’or, le tout assorti des dons en riz et autres produits de première nécessité. La suite, on connaît avec la chute du régime auquel tout un peuple espérait tant.

En dépit de cette triste histoire pour la démocratie républicaine à Madagascar, cette histoire de Karatbars International et de cryptomonnaie devrait, en tout cas, inciter nos dirigeants et leurs conseillers à réfléchir sur le financement de Madagascar.  Que ce soit développement ou émergence. C’est pareil.

Sa

 

 

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