La Gazette de la grande ile

Surpopulation carcérale et abus de détention préventive

Publié le 08 novembre 2019

Notre journal avait, à travers plusieurs articles,  dénoncé ces abus de détention préventive ; des abus relatés dans le rapport d’Amnesty International “Punis parce qu’ils sont pauvres”. Un rapport qui fait froid dans le dos et qui se doit d’être lu par tous ceux qui œuvrent dans la chaîne judiciaire.  Mais bien avant ce rapport, nous avions déjà dénoncé cette tendance des juges à placer les gens sous mandat de dépôt quasi systématique, ces personnes qui croupissent dans des conditions inhumaines en prison,  ces personnes jamais jugées parce que leurs dossiers se perdent, ces personnes condamnées et qui logent à Maputo à Antanimora et ces personnes en détention  préventive que les juges par la suite ” relaxent au bénéfice du doute” car ce serait trop de les relaxer purement et simplement après les avoir placées, de manière injustifiée, en détention préventive. Et voilà que le Président de la République est venu visiter la prison d’Antanimora et a vu de ses yeux ces injustices… tandis que des juges avaient visité la même prison quand ils étaient élèves magistrats et n’y ont plus jamais remis les pieds si bien que prononcer un mandat de dépôt semble pour certains juges – pas tous heureusement- systématique, sans aucun état d’âme et malheureusement parfois mêlé à de la corruption.

Le projet d’informatisation du parquet qui avait commencé au Tribunal de Première Instance de Vatomandry avec ce que les parquetiers appellent Traitement en Temps Réel aurait permis une plus grande transparence de ce processus judiciaire mais quels tribunaux l’utilisent aujourd’hui ? Le Président de la République annonce dans la cour de la prison d’Antanimora que des personnes seront libérées et mieux, il s’est même permis de dire à la manière du Christ “va et ne pêche plus” en disant “va et ne procède plus à des circoncisions” au vieil homme qui se retrouve là pour une circoncision qui a mal tourné. Les magistrats en disent quoi? Dans tous les cas,  cette visite aura permis à chacun de retrouver ses esprits sur les raisons pour lesquelles certaines personnes se retrouvent  “injustement” en prison ; sur l’amalgame que même certaines personnes du milieu judiciaire font entre  “prévenus” et “condamnés” ; sur la tendance à prononcer des détentions excessives sans séparer les détenus des condamnés et sans songer à ce qu’il adviendrait de la vie de ces personnes détenues injustement. Cette visite devrait interpeller les juges qui devraient lire le rapport d’Amnesty International et qui n’ont pas mis les pieds dans les prisons depuis belle lurette et qui devraient y aller faire un tour et réfléchir exactement au quand placer un prévenu en détention,  réfléchir au danger réel ou non que représente une personne que les juges vont placer en détention préventive,  réfléchir à ce qui se raconterait selon lequel certaines demandes de liberté provisoire sont accordées par les chambres de détention moyennant monnaies sonnantes et trébuchantes,  réfléchir à cette manie de céder aux pressions ou satisfaire des demandes irréelles de bousiller la vie d’une personne et l’envoyer en prison…Si des juges aient pu s’offusquer par ce qu’avait dit et fait le Président de la République dans ce que l’on pourrait appeler “un show médiatique”, il en est de même du simple citoyen qui a à faire avec la justice et qui subit la manière parfois injustifiée,  parfois même complètement illégale d’exercice du pouvoir du juge quant à octroyer ou priver une personne de sa liberté.

Par la même occasion, la corruption dans le milieu carcéral a également été mise à nu et ces dossiers qui disparaissent ou l’archivage archaïque des dossiers,  tel que l’avait déjà dénoncé Amnesty International dans son rapport prouve aussi les failles de l’administration pénitentiaire. Le Ministre de la Justice ayant promis que tous les dossiers seront apurés avant le 15 décembre, les juges seront surchargés de travail parce qu’il y a eu abus de détention préventive de toutes ces personnes qui ont vu leur vie gâchée.

D.R.

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