La Gazette de la grande ile

Emplois : les Malgaches réduits à travailler pour les Vazaha

Publié le 29 novembre 2019

Dans un de nos numéros précédents, nous dénoncions la néo-colonisation rampante. Nous citions l’exemple de Ravinala Airports qui évince les opérateurs Malgaches au profit des Etrangers, et ne laisse aux Nationaux que le portage des bagages, seule activité dont ils sont jugés dignes.

“Ho mpiasa mpanompo vazaha eto Madagasikara isika Malagasy !”, tel est le titre d’un article paru il y a deux semaines de notre confrère de la presse catholique « Lakroan’iMadagasikara » qui ne peut laisser personne indifférent de (http://www.lakroa.mg/item-1955_articles_economie_18-ho-mpiasa-mpanompo-vazaha-eto-madagasikara-isika-malagasy.html ). L’article recense les différents secteurs: l’énergie électrique à l’alimentation et l’alcool en passant par les communications (téléphone et internet), les banques, les  aéroports et transports aériens, vêtements et divers. Ils sont tous aux mains d’Etrangers et de Karanas à la double nationalité.

Ajoutons le secteur pétrolier, les grandes exploitations minières, le secteur immobilier de luxe (voyez tous ces remblais autour de Tanà), la grande distribution, les intrants agricoles, la production crevettière, le secteur textile, l’hôtellerie et la restauration haut de gamme (et même le fastfood KFC récemment), les huileries… et j’en oublie certainement.

Même dans le domaine agriculture, bientôt nous n’aurons plus de paysans producteurs, mais des travailleurs agricoles comme pour Tozzi green dans l’Ihorombe ou dans les futurs ZIA (zone d’investissement agricole). De même, dans le fameux projet “Madagascar, grenier de l’Océan Indien” on essaie de convertir nos paysans à la monoculture au profit de l’exportation. D’ailleurs, remarquons qu’il ne s’agit probablement pas d’exporter vers la Réunion- dont on veut protéger la production locale à coup de barrières réglementaires (rappelons nous les containers de tomates ou les poissons qui n’ont pu y rentrer)-. Mayotte est intéressée par le bœuf malgache, car il est moins cher (nous osons espérer qu’il ne s’agit pas des bœufs razziés par les Dahalos). Heureusement que le gouvernement interdit actuellement l’exportation de viandes de zébus, et espérons que cette interdiction durera. Le Malgache, dans ce cas, n’est même plus l’éleveur : il ne sera qu’un travailleur agricole au service d’une grande société.

Le Malgache n’est plus son propre patron, et même quand c’est le cas, la valeur ajoutée qui lui incombe est réduite à la portion congrue. Prenez le cas d’un producteur d’œufs ou de poulets : il doit acheter le poussin d’un jour, les vaccins, les aliments. Quand vous faites le compte, ce qu’il gagne et qui représente son salaire journalier ne s’élève pas à grand-chose. Vous pouvez faire le même calcul pour l’exportation de haricot vert.

Quand vous êtes en Europe, les autochtones se plaignent de la concurrence de la main d’œuvre étrangère qui accepte des salaires moindres (exemple du  plombier polonais). En revanche à Madagascar, à diplôme et compétence égales, un Malgache est payé nettement moins que son collègue étranger. Comprenez alors que les Malgaches compétents préfèrent rester travailler à l’Etranger, ou ils sont fort appréciés. Allez juste à côté de chez nous, à la Réunion, pour tous les postes un patron préfère embaucher un Français d’origine malgache s’il a le choix.

Rappelons à ce moment du début des contacts sur les îles éparses, que la révolte de mai 1972 contre la “domination” française a commencé à l’Orstom, s’est propagé à l’Université, avant de prendre au niveau de la population.

La situation a-t-il une chance de changer ? Il semblerait que non, car les fameux PPP à la mode vont au contraire accentuer cette domination étrangère. Nous voyons ce que Ravinala fait à Ivato et Nosy Be. Malgré cela, nous allons accentuer le mouvement en faisant venir d’autres opérateurs pour les autres aéroports de province.

Jusqu’à quand les diplômés Malgaches continueront-ils à accepter d’être sous payés, comparativement à leurs collègues étrangers ? Jusqu’à quand les Malgaches supporteront-ils d’être traités comme des sous-employés ?

Alain Peyrefitte avait écrit en 1973 “Lorsque la Chine s’éveillera… le monde tremblera”.

La question n’est pas de savoir si les Malgaches finiront par se réveiller, c’est plutôt quand le feront-ils. Mais alors, qui tremblera ?

Nos dirigeants politiques de tout bord feraient bien d’y réfléchir avant qu’il ne soit trop tard, car Madagascar a déjà subi suffisamment de crises dans le passé. Les opérateurs étrangers et Karanas également dans leurs intérêts bien compris.

D.R.

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