La Gazette de la grande ile

Andry Rajoelina : Recherche désespérément conseillers !

Publié le 04 décembre 2019

Ce n’était pas un « velirano » mais quand  le président Rajoelina avait annoncé qu’il fera une évaluation du gouvernement et de ses membres, tout le monde avait pris sa déclaration comme une promesse de remaniement au bout de six mois. On est presque au bout du dixième, et il semble que ce n’est pas demain qu’un remaniement de gouvernement interviendra alors qu’il y a urgence en la matière.

Deux ministères-clés sont vacants depuis près de 3 mois. Celui des Affaires étrangères dont le titulaire Naina Andriantsitohaina a démissionné pour se présenter à la mairie de la capitale alors qu’au bout de dix ans d’absence d’ambassadeurs dans nos représentations diplomatiques à l’extérieur, le département était en train de tout redéployer.

L’autre ministère est celui des Hycrocarbures, de l’Energie et de l’Eau. Un secteur en crise que le ministre intérimaire est incapable de régler au point que c’est le chef de l’Etat en personne qui a décidé de tout prendre en main. C’est tout à son honneur mais comme nous l’avons évoqué dans nos précédentes éditions, le président de la République n’a pas à mettre la main dans le cambouis.

Pourquoi n’y a-t-il donc pas de remaniement  jusqu’à présent ?  Tellement absorbé par les difficultés de la vie, l’homme de la rue ne se pose pas cette question, résigné que rien ne changera de toute façon. Les intellectuels ont de fait démissionné pour se consacrer exclusivement à  leur confort personnel. Peu ou prou de gens s’intéressent encore à la vie nationale mais unanimement, tout le monde s’accorde à dire que si Andry Rajoelina ne procède pas à un changement de gouvernement, c’est tout simplement parce qu’il ne trouve personne nommer aux postes de ministres. Quand on parle de ministrable, on sous-entend une personne compétente avec laquelle le chef de l’Etat peut travailler en toute confiance.

Certes, les crises politiques successives, le clientélisme et la gabegie ont conduit une bonne partie de notre matière grise à s’exiler. Mais cela ne veut pas dire que Madagascar est dépourvu d’hommes et de femmes à même de mettre enfin le pays sur les rails du développement. Bien au contraire. Des compétences, on en a. Peut-être trop même au point de susciter les rivalités jusque dans les organisations de la société civile dont les leaders sont parfois sinon souvent des consultants sur le dos desquels se sucrent les experts étrangers. Pour ces derniers, la Grande Ile constitue, en effet, un eldorado avec d’une part l’importance du marché des études qui représente environ 20 % des aides financières accordées par les bailleurs de fonds, et d’autre part, l’existence d’une expertise locale compétente qui fait le gros du travail, à moindre coût.

Dès lors, nous condamnons énergiquement le projet des bailleurs de fonds ou de la communauté internationale de lancer un appel d’offres international pour le recrutement d’une dizaine d’experts pour servir de conseillers du président Rajoelina.  Le projet confirme sans doute la perception générale selon laquelle Andry Rajoelina n’a pas les hommes et les femmes nécessaires  à même de réaliser son programme. Mais ce projet sous-estime aussi Andry Rajoelina comme si ce dernier n’était pas capable de réunir autour de lui les compétences de ce pays. Car les compétences, on en a. A M. Rajoelina de réaliser ce qu’il veut être : un rassembleur.

Les ministres et autres hauts fonctionnaires de l’Etat qui n’ont pas fait leurs preuves ces 10 derniers mois, doivent être, en tout cas, remerciés car les attentes légitimes des 25 millions de Malgaches ne peuvent plus s’accommoder d’un gouvernement de remerciements pour services rendus pendant la campagne présidentielle et la transition. Mais l’appel d’offres du PNUD pour le recrutement de conseillers devrait être réservé exclusivement à des nationaux pour servir aussi de viviers pour le gouvernement.

A priori exclusive, la proposition n’est nullement xénophobe même si un élan nationaliste se manifeste de jour en jour. Les représentants des pays amis et des organisations installés à Madagascar doivent, en effet, se rappeler que c’est sur leur pression si ce n’était les fameuses « conditionnalités » des aides (crédits et dons non remboursables) qu’on a du démanteler, entre autres,  les sociétés d’aménagements hydro-agricoles telles que dans l’Alaotra, Tanandava, Fifabe et les autres, les régies des travaux publics qui disposaient d’ateliers hyper-performants, la génie rurale et en dernier lieu la Jirama que les experts de la Banque mondiale ont interdit de faire tout investissement à la fin des années 90, pour mettre le pays à la merci de Enelec de Filatex, Fraise et Fils, Agrekko, Symbion Power… C’était, dit-on, le désengagement de l’Etat du secteur productif. C’était en fait le dépérissement de l’Etat malgré sa population.

Oui, des hommes et des femmes compétents existent à Madagascar. Ils veulent bien travailler avec Andry Rajoelina, qu’il s’agisse d’émergence ou de développement tout court. Certains de ces personnages ne voudraient cependant pas se « mêler » avec les «amazones » qui entourent le président de la République. Le président Rajoelina accepterait-il de se séparer de ces amazones pour les intérêts supérieurs de la Nation ?

Sa

 

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