La Gazette de la grande ile

Kolo anaka

Publié le 06 décembre 2019

45- Dr Raharison, suite à une question d’un lecteur pouvez-vous mieux expliquer ce qui caractérise davantage le mécanisme de la dépression chez un enfant ?

Au-delà du mécanisme biologique qu’on a en commun, adulte et enfant, dans un premier temps, je tiens à vous expliquer le fonctionnement global du cerveau d’un enfant. Par la suite je vais essayer de mettre en évidence certaines limites en relation avec les spécificités de l’encéphale de nos gamins.

Pour cela, je vais considérer quatre notions fondamentales. La première réside sur le fait que jusqu’à la fin de l’adolescence, le cerveau humain est en plein remaniement. Et il y a deux parties de cet organe qui prédominent, celles qui se chargent d’une part des émotions, et d’autre part de la survie. La troisième partie qui analyse et qui prend du recul, caractéristique du cerveau adulte, restant encore immature.  Ce qui explique que plus l’enfant est jeune, plus son cerveau va réagir selon un système binaire et avec deux modes de fonctionnement assez catégoriques : « J’aime – j’aime pas ».

La deuxième notion repose sur le fait que la journée de l’enfant comprend deux périodes assez tranchées. D’une part « le moment passé à la maison » et d’autre part « le vécu à l’extérieur et particulièrement à l’école », là où il passe jusqu’à 7 ou 8h par jour. Et il se trouve que ces deux phases sont fortement dépendantes. Car pour que l’enfant arrive  à un minimum d’équilibre et de bien-être, il devrait y avoir une certaine compensation entre les mauvais et les bons moments passés autant à la maison qu’à l’école. Et ceci tient compte des occupations, du relationnel, de son environnement et de l’ambiance dans laquelle il se trouve,… Le troisième élément relève du fait que nos ancêtres étaient des « chasseurs-cueilleurs » et que notre cerveau a en partie hérité de son système de fonctionnement archaïque. Et pour nos enfants, l’impact physiologique qui découlent de l’appartenance à l’espèce homo sapiens, c’est l’importance majeure du besoin d’espace, de mobilité et le rôle essentiel du jeu comme étant une forme d’apprentissage.

La quatrième composante est plutôt d’ordre contextuel et s’accorde avec les besoins de l’enfant. Rappelons que ce sont nos besoins qui nous motivent, nous mobilisent et nous font avancer au quotidien. C’est aussi le cas de nos enfants dont les besoins, au départ, dépendent directement de ceux de leurs parents. Car le besoin de mon enfant, depuis sa tendre enfance va dépendre de ce que je lui ai appris à avoir, à posséder!… Ceci à commencer par l’alimentation que je vais lui donner au quotidien. Cela peut s’étendre aux petits gadgets auxquels je vais l’habituer et même jusqu’aux objets les plus luxueux que je vais me permettre de lui donner. Et le problème de notre époque, c’est qu’en terme de besoin, la majorité des humains ont résolument dépassé le domaine de ce qui leur est indispensable et même au-delà de ce qui leur est nécessaire. Car l’hyper-communication et l’hyper-connexion ne cessent d’inciter inexorablement la plupart d’entre nous à l’hyper consommation. Et sans vouloir faire le procès des parents, malheureusement nos enfants en sont les premières victimes. Beaucoup parmi eux apprennent très tôt à cultiver cette envie de tout avoir de tout posséder. Et avec les besoins qui ne cessent d’augmenter, ceux-ci génèrent en eux, de plus en plus d’émotions et même de manière démesurée. Et très tôt, nos enfants apprennent l’envie ensuite la jalousie, la concurrence et pouvant aller malheureusement jusqu’à la détestation, voire aux harcèlements puis la violence. Et sans oublier les impacts directs et indirects sur leur cerveau inadapté et à fortiori sur leur vie inexpérimentée.

(A suivre)

Recueilli par Tatiana

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