La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY / Eddy bois de rose condamné : et les complices alors ?

Publié le 06 décembre 2019

La cour spéciale pour la répression des trafics des bois de rose a jugé et condamné le fameux et très médiatique Eddy Mamirina alias Eddy bois de rose à une peine de 5 ans d’emprisonnement ferme avec une amende de 5 milliards de d’Ariary après un procès assez curieux. A propos d’une affaire judiciaire qui à l’origine devait concerné toutes les personnes mêlées de près ou de loin à ce commerce illicite très juteux, grande a été la surprise du public. Pour une affaire judiciaire qui n’avait pas pu se commettre sans la participation de plusieurs décideurs et personnalités civiles et militaires de haut rang, l’assistance n’a vu comparaître devant les juges que le premier rôle et quelques figurants, pendant que les complices avérés étaient restés en coulisse. C’était un véritable procès des boucs émissaires et d’un grand absent que la mort avait emporté la nuit de la première victoire de l’équipe nationale des Barea. Paix à son âme ! A la grande déception de tous les observateurs connaissant tous très bien les tenants et aboutissants du dossier, les identités des suspects qui, au moins auraient dû s’expliquer sur leur part de responsabilité personnelle dans une combines mafieuse qui nécessite au minimum une vingtaine de personnes ayant permis et facilité ces expéditions des rondins de bois de rose.

A noter que le dossier concerne un embarquement clandestin effectué entre le 26 décembre 2014 et le 9 janvier 2015…Le premier président de la 4ème République Hery Rajaonarimampianina avait tenu au début de son mandat un discours très prometteur où il était question de «l’exigence aussi de respecter son engagement, car la confiance en la parole présidentielle est la base indispensable du renouveau de la Nation ; l’exigence aussi de vertu morale car la crise des valeurs n’a jamais été aussi profonde. La crédibilité de notre lutte contre la corruption sera jugée à l’aune de notre exemplarité ;(…) La crédibilité de notre lutte contre la corruption sera jugée à l’aune de notre exemplarité ; l’exigence de sécurité et de protection, car le peuple malgache n’a jamais été aussi démuni ; l’exigence d’ordre et d’autorité, car depuis trop longtemps, l’autorité de l’Etat est bafouée, sapée, privatisée au préjudice des plus vulnérables et des plus humbles ; l’exigence de résultats, car le peuple malgache a terriblement souffert et il veut voir ses conditions de vie s’améliorer pour, enfin, croire dans son futur ; l’exigence de justice, car depuis bien trop longtemps, le peuple malgache a le sentiment de vivre dans un monde d’iniquité où les droits ne sont pas les mêmes pour tous ;… ». Tout au long d’un quinquennat émaillé de tous les trafics, dérives, carences et mauvaises pratiques financières avalisés en douce par les autorités centrales pourries et corrompues par l’argent sale mal acquis des nouveaux riches et autres parrains de activités illégales accomplies sous la protection de l’instrumentalisation des juridictions des tribunaux et des services administratives. Les procès retentissant et honteux de Bangkok, les cargaisons de nos ressources saisies dans plusieurs ports à l’étranger étaient dissimulés derrière l’écran de fumée d’un mutisme officiel. Les noms des personnes du premier cercle, d’un  fils du président et de certains ministres de l’époque étaient cités par des indiscrétions du palais présidentiel sans que certains juges en charge des dossiers osent jusqu’au bout de leur mission. Résultat inévitable et prévisible : cette déshonorante défaite d’un président sortant ridiculisé par le retour triomphal d’Andry Rajoelina. Le jeune revenant s’est mis en tête d’instaurer l’intégrité et la «corruption zéro ». Preuves de cette détermination les arrestations spectaculaires des grands noms des dérives financières, des ventes abusives des patrimoines de l’Etat. Juste au moment où le président allait passer aux choses sérieuses sur les vérités des prix des carburants, la lutte contre les surfacturations et autres combinaisons mafieuses, les ententes séditieuses commenceraient à s’échafauder et il serait question de mettre Andry Rajoelina «à l’écart…». Il faut voir cette actuelle interprétation des mesures à prendre en vue mettre en liberté les justiciables emprisonnés arbitrairement de manière systématique sous l’angle pervers d’une libération massive dangereuse exploitée financièrement par quelques mauvais juges cupides. A quoi de rendre la liberté à des kidnappeurs et des criminels en puissance ? Dans quel but ? Pour semer le trouble afin de remettre en selle les Ratsirahonana et une oligarchie hégémonique opportuniste. Eventualité improbable que la masse refusera d’accepter. Les mauvais souvenirs de l’ère Marc Ravalomanana sont encore dans toutes les mémoires.

 

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