La Gazette de la grande ile

Finance, énergie, environnement  … : Madagascar est vraiment à la traîne !

Publié le 06 décembre 2019

Pourquoi les Malgaches sont-ils si pauvres ? La question que nos compatriotes ne se posent plus mais reprises par les diplomates, les experts et les touristes au bout de quelques jours passés dans la Grande Ile n’a qu’une seule et unique réponse : nos dirigeants successifs n’étaient pas à la hauteur. Unanimement, les visiteurs le disent pourtant : la Grande Ile est immensément riche en ressources naturelles mais soit elles sont exploitées par des structures disposant de capitaux et de la technologie nécessaire que le pays ne dispose pas,  soit les autorités compétentes les offrent à des individus moyennant évidemment espèces sonnantes et trébuchantes. Parfois c’est le gain de l’argent facile mais souvent c’est l’incapacité d’imaginer les solutions pour rentabiliser ces richesses au bénéfice de la population .

En tout cas, c’est peut-être la raison pour laquelle le PNUD décide de recruter une dizaine d’experts étrangers pour accompagner le chef de l’Etat. Leur compétence et surtout leur connaissance des réalités du pays sont encore sujettes à caution. Mais ce dont on est sûr est que Madagascar est vraiment à la traîne de l’Afrique en matière de développement.

Il suffit de s’abonner (c’est gratuit) à l’Agence Ecofin pour s’en rendre compte. C’est une agence de presse économique sur l’Afrique basé à Yaondé (Cameroun) et Genève (Suisse). Attention cependant à la déprime quand on ne voit rien sur Madagascar comme si nous n’avons aucun expert à même d’initier des projets.

Pas plus tard qu’hier, cette agence a rapporté le succès de la réunion initiée par les Comores avec les bailleurs de fonds. Notre pays voisin a réussi à collecter des promesses d’aide de 4,3milliards de dollars. En 2016, Madagascar avait obtenu des promesses de 6,3 milliards de dollars sur 4 ans avec ses immenses besoins et au bout de 7 ans de désert financier.  Toujours  en matière de financement, la même agence vient d’indiquer que la Côte d’Ivoire a réussi à lever plus de 6milliards de dollars rien que pour son tourisme. Combien le ministre Joelle Randriamandranto a-t-il reçu comme promesses d’investissement durant le petit salon international du tourisme tenu au  CCI Ivato ?

Dans ce secteur de la finance, on voit tous les jours des levées opérées par les pays africains sur les principaux marchés. Et plusieurs pays de la région, c’est la course à la création des bourses de valeurs. Au milieu des années 90, un certain Christian Ramarolahy est  rentré au pays pour initier les opérateurs et les autorités à la bourse en vue d’en créer une place à Antananarivo. Le projet n’a pas abouti et le technicien s’est retrouvé DG de la chinoise BCIM. La banque ferme pour faillite alors que tous les autres font des super-profits. Après les mésaventure de la fin de année 80 avec les investissements à outrance qui ont fait très mal au pays, Madagascar a de nouveau pris les chemins des places financières sous Hery Rajaonarimampianina qui a contracté à Londres 2 prêts de 40 millions de dollars chacun en 2017 et 2018, le premier en guise de remboursement de la dette et le second d’appui à Air Madagascar. Depuis, on n’entend aucune information alors que le pays a besoin de centaines de millions de dollars sinon des milliards pour son émergence dont la publication du plan avec les détails des projets et des financements correspondants a été annoncé pour bientôt par le Conseil des ministres, hier.

Le public, notamment les politiciens, les hommes d’affaires, la société civile attend  de voir. Pour le moment, des sources informées indiquent que les 100 millions de dollars alloués par le président de la Banque mondiale, lors de sa visite en mars, sont en train de se reposer dans les caisses de la Banque centrale. Nos techniciens auraient-ils peur de toucher à ce pactole ou sont-ils en mal d’inspiration pour son utilisation ?

Toujours est-il que la mauvaise renommée des Malgaches de savoir s’asseoir sur les matelas de dollars est tel qu’en matière de financement, les chancelleries sont en plein désespoir à cause de « l’incapacité du ministre de l’Environnement ». Dans Ecofin, il ne se passe un jour où des pays obtiennent des financements en crédit carbone et surtout à cause des changements climatiques. Ce sont des financements conséquents qui ignorent Madagascar certainement parce qu’on ne sait pas présenter des projets crédibles. Ici, le ministre Alexandre Georget s’évertue à interdire l’utilisation du bois de chauffe et à reboiser le pays. L’une comme l’autre priorité font jaser les industriels (usines textiles et producteurs d’huiles essentielles) qui demandent au ministre de produire  qui leur est nécessaire faute de Jirama, et les environnementalistes qui se demandent si le ministre veut reboiser 40 ou 60 millions de jeunes plants. Le chiffre est non seulement changeant mais en plus M. Georget serait totalement incapable de dire où il pense planter tous ces jeunes plants. Pire, il prévoyerait arroser par avion des montagnes et des surfaces de graines. Sans doute a-t-il vu sur internet, l’expérience thaïlandaise qui a utilisé les « seed bomb » (bombes de graines) lesquelles ont arrosé les … forêts. A Madagascar, a-t-il au moins analysé le sol des montagnes où parachuter les graines ? Est-il sûr que les graines ne seront pas entraîner dans les alluvions ? D’après les documents que le ministre Georget n’a certainement consulté, les « see and bom » coûtent environ 5 dollars pièce. Au cours de change actuel, la quasi-totalité de nos paysans préfèreraient à ce prix cultiver et entretenir un arbre que cultiver du riz.

Autre sujet qui fait mal au cœur qu’on voit dans Ecofin et la presse internationale : l’énergie. On s’accroche aux îles éparses non seulement par patriotisme mais aussi et surtout dans l’espoir des réserves sous-marines de gaz et de pétrole.  L’Union européenne et dont la France viennent pourtant de décider de ne plus exploiter les énergies fossiles.  Où trouverions-nous donc les financements si la France accepterait de nous rétrocéder ces îles et à condition que ces dernières recensent des ressources énergiques ?

 En tout cas, là aussi, on est derrière. Sur  les dépêches de la même agence, on ne parle qu’hydroélectrique et solaire. On vient par exemple d’annoncer que le Zimbabwe va construire à partir de la nouvelle année 2020 une centrale solaire de 2000 Mwh.  C’est quatre fois la puissance électrique installée dans tout  Madagascar. Et c’est 100 fois la puissance de la première ferme solaire installée à Madagascar, à Ambatolampy notammernt..

La déficience en énergie explique sans doute la faiblesse des investissements étrangers dans des secteurs porteurs comme le cacao ou encore les produits viviers dont les besoins nationaux ne sont même pas couverts et surtout les mines. Il est vrai qu’en plus de l’énergie, le pays manque de capital, de technologie et de main-d’oeuvre que Base Toliary essaie par exemple de former sur sa mine au Kenya. Mais cette initiative comme les efforts pour que Toliary ne devienne plus un cimetière de projets aurait été bloqué par le Conseil des ministres sur les actions d’un certain Siteny Randrianasoloniaiko, du chanteur Théo Rakotovao et, du Collectif Tany dont on devrait publier les noms des leaders et des membres qui se félicitent de la réussite d’une mobilisation contre le développement de Toliary. Ces gens osent-ils rencontrer les parents des 25 jeunes envoyés au Kénya apprendre le métier que Base leur promet ?

Sa

 

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