La Gazette de la grande ile

Rinah Rakotomanga : Future PDG d’Air Madagascar ?

Publié le 18 décembre 2019

Si le président Rajoelina avait effectivement dans son collimateur le DG d’Air Madagascar, alors il devrait récompenser glorieusement Rinah Rakotomanga. Dans un de ses précédents numéros la Lettre de l’Océan Indien avait notamment annoncé que le président de la République cherchait tous les moyens pour déloger Besoa Razahimaharo de la direction d’Air Madagascar.  A tort ou à raison, les lecteurs avertis avaient vite fait le rapprochement avec la nomination de sa conseillère en communication, Rinah Rakotomanga, en tant qu’administrateur d’Air Madagascar.

Faite en catimini, sa nomination n’a a priori choqué personne même si elle ne sait rien que dalle à l’aviation ni au management. Dans un système de copinage, la distribution des postes ne choque plus personne et dans le cas présent, la nomination de Rinah Rakotomanga au sein du conseil d’administration d’Air Madagascar pourrait  s’expliquer par la volonté du chef de l’Etat d’avoir un œil sur une compagnie qui lui tient à cœur.

A entendre de nombreuses sources concordantes, Mme Rakotomanga se serait en fait investie la mission de rendre la vie dure à Besoa Razafimaharo jusqu’à l’amener à abandonner.  Les témoignages  rapportent, entre autres, « les surclassements  dictés par l’administrateur Rinah  Rakotomanga » ou encore « les ingérences intempestives dans la gestion ».  « Un homme aussi calé que Besoa Razafimaharo ne pouvait accepter cela ». « Avec un diplôme de l’Enac (école de l’aviation civile de Toulouse) et un MBA de la célèbre université de New York, il n’a pas à se mettre aux ordres d’une inculte », soutiennent d’ailleurs le groupe de pilotes, de cadres et d’agents qui se disent « choqués » par cette démission. A juste titre, ils se disent « inquiets de l’avenir d’Air Madagascar et de son personnel».

Leur inquiétude repose notamment sur le devenir du partenariat Air Madagascar- Air Austral.  Dans cet accord, il était convenu qu’Air Austral assure la gestion de la compagnie aérienne malgache. Dans un souci de préserver la susceptibilité malgache et grâce à l’existence d’une expertise locale de reconnaissance mondiale (Besoa Razafimaharo s’était vu confier la gestion de la flotte des Nations Unies pendant la longue crise en Côte d’Ivoire), Air Austral a confié la direction générale d’Air Madagascar à M. Razafimaharo.  La compagnie réunionnaise aurait du mal à trouver un Malgache aussi expérimenté et aussi compétent pour le remplacer.

Dans une interview publiée dimanche (lire ci-contre), le PDG d’Air Austral ne serait cependant pas contre un nouvel arrangement octroyant le management d’Air Madagascar à Madagascar. L’une des conditions que Joseph-Marie Malé semble d’ores et déjà poser est que la gestion d’Air Madagascar ne fasse plus l’objet d’interférence politique comme cela a été toujours le cas. L’autre condition se trouve au niveau du financement. “En termes de financement, nous avons estimé qu’il fallait 40 millions de dollars pour remettre Air Madagascar, au bout de trois ans, à l’équilibre, avec 15 M$ que nous apportions en capital et 25 M$ que nous apporterions sous la forme d’un prêt. Nous avons versé les 15 M$, c’est pour cela que nous avons 45% du capital… même un peu plus. Les 25 M$ restants étaient conditionnés dans le temps par le respect des engagements pris par le gouvernement malgache. Là, ils n’ont pas respecté…”, déplore Marie Joseph Malé. “Donc, nous avons fait évoluer nos accords. Puisqu’ils veulent « davantage d’autonomie », puisqu’ils veulent quelque chose de plus « prestigieux, plus ambitieux », puisqu’il faut toujours « garantir » le versement des 25 millions restants, nous leur avons demandé de recapitaliser la compagnie, quitte à perdre pour nous une part de l’actionnariat”, accepte le PDG  d’Air Austral, avant d’ajouter que “nous sommes même prêts à leur abandonner une partie du management tout en garantissant notre expertise et notre savoir-faire. Nous en sommes là !”

Si l’Etat malgache accepte ces propositions, acceptera-t-il pour de bon le partenarait avec Air Austral ? Il se trouve que de fortes rumeurs persistent depuis quelques mois sur le projet du régime actuel de renier les accords avec Air Austral et une campagne de presse a été même organisée pour dénigrer la compagnie réunionnaise. Des approches ont été faites auprès de Qatar Airways en vue de remplacer Air Austral. La délégation qu’on a envoyée à Doha (capitale du Qatar)  s’est faite botter les fesses et actuellement, Qatar Airways a préféré aller au Rwanda, là où la gouvernance, la transparence ou encore l’émergence ne sont pas que des slogans.

Si l’Etat consent donc  à signer les propositions d’Air Austral, son problème est de trouver une compétence de la trempe de Besoa Razafimaharo. Et même si des compétences existent, peu ou prou accepteraient de travailler avec les amazones de M. Rajoelina. Interrogés sur une éventuelle nomination de Rinah Rakotomanga comme PDG d’Air Madagascar, les gens de la compagnie que nous avons rencontré nous ont, en tout cas, répondu en crescendo : « surtout pas !».

Sa

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