La Gazette de la grande ile

Air Madagascar : Grogne contre le gouvernement et … Air Mauritius !

Publié le 23 décembre 2019

Avec ce qui se passe au sein de la compagnie et les agissements des apprentis sorciers qui les gouvernent désormais, les salariés d’Air Madagascar n’ont pas la tête à la fête. Ils sont même en colère, très en colère contre le gouvernement malgache qu’ils accusent de « vouloir manifestement la disparition d’Air Madagascar ».

Après la démission du DGT Besoa Razafimaharo et ses causes, cadres et agents de la compagnie nationale aérienne ont pris comme « une insulte » l’annonce faite par Air Mauritius selon laquelle elle rompt ses relations commerciales avec Air Madagascar.

« Dès lors, tous les billets Air Madagascar (258-xxxx) impliquant les liaisons interligne », ne seront plus valides pour les voyages sur les vols Air Mauritius ».

D’habitude, ce genre de décision se règle entre compagnies et restent au niveau des systèmes de vente, explique-t-on, en précisant qu’Air Mauritius et Air Madagascar peuvent rompre à tout moment les accords commerciaux qui les lient. « C’est la façon d’agir d’Air Mauritius qui est scandaleuse, car c’est comme si cela voulait dire que la rupture est une décision unilatérale parce qu’on ne fait plus confiance à Air Madagascar ».

Une radio mauricienne, Topfmradio, réagit d’ailleurs à cette décision en rapportant ceci : « Combien Air Madagascar devait-elle à Air Mauritius ? Depuis quand datent ces dettes? Autant de questions que l’on a adressées à la cellule de communication de MK. Comme réponse, on nous sort l’argument de secret commercial ! Pourtant Air Mauritius est la propriété majoritaire du gouvernement et donc du contribuable. Cette mauvaise gestion doit être éclaircie, nous dit un ancien cadre. D’autant plus que si MK est elle-même en difficulté, pourquoi avoir fait affaire avec un concurrent encore plus désargenté que lui, se demande-t-on. Contacté, un ancien directeur se dit étonné que l’on n’ait pas songé à avoir recours à l’IATA qui aurait normalement réglé ce genre de problème avec adresse. Cet ancien directeur condamne aussi la façon dont Air Madagascar a été traîné dans la boue par Air Mauritius juste pour permettre à cette dernière de se dédouaner. Cela ne se fait pas entre compagnies d’aviation, dit-il. Et si Air Madagascar ou toute autre compagnie commençait  à dénoncer Air Mauritius ? se demande-t-il ».

C’est justement ce que les salariés d’Air Madagascar pensent faire incessamment.  D’après eux, il se trouve en effet que « malgré les termes de l’accord de partenariat avec Air Austral  et l’opposition d’Air Madagascar, l’actuel gouvernement a cédé aux pressions du gouvernement mauricien et accordé contre on ne sait quoi une 7 ème fréquence hebdomadaire à Air Mauritius, alors que le remplissage des avions n’atteignait même pas les 50% ». « En fait, c’est pour mieux servir son hub de Maurice et mieux remplir ses avions au départ de Maurice, dont vers la France. Et c’est évidemment au détriment d’Air Madagascar et voilà ce qu’Air Mauritius nous inflige».

Nos interlocuteurs sont d’autant plus scandalisés qu’« Air Mauritius est tout aussi sur la corde raide, mais se permet d’insulter Air Madagascar ». Mais en tant que professionnels, ces salariés comptent aussi prendre exemple sur Air Mauritius que les dirigeants malgaches chouchoutent …

Après des pertes de un milliard de roupies (27 millions de dollars) d’avril à décembre 2018 et la réduction de ses fonds propres de 50 % passant de 3,4 milliards de roupies en 2018 à 1,6 milliard en 2019, Air Mauritius s’est recapitalisée par l’entrée dans son capital à hauteur de 20,8 % d’Airports of Mauritius Ltd et à l’acquisition de 20% du capital de Mauritius Duty Free Paradise Ltd. Grâce aussi à un judicieux plan d’investissement très loin de l’acquisition durant la transition des 2 poubelles A340, Air Mauritius a aussi préféré louer pour 3 ans à South Arican Arirways ses 2 A350 neufs.

« Malgré l’insulte faite à Air Madagascar, il faut reconnaître que le redressement d’Air Mauritius s’accompagne d’une intégration de l’écosystème aéroportuaire à Maurice », ajoutent nos interlocuteurs en déplorant « qu’à Madagascar, on prend le sens inverse ». « Les sociétés rentables de l’écosystème aéroportuaire sont en train de quitter le giron de l’Etat et cédées au secteur privé étranger : -Adema a été dépouillée pour près de 30 ans des deux premiers aéroports malgaches Antananarivo et Nosy Be rentables, portes d’entrée de la Grande Ile ». Malgré cette rentabilité, disent-ils, Ravinala Airports va augmenter ce lundi 23 décembre ses redevances.

Ils protestent « l’inactivité du ministre des Transports qui « sous prétexte du PPP, veut dépouiller l’Adema et donc le pays de tous ses aéroports pour le secteur privé ».  Déjà sous Hery Rajaonarimampianina, on a interdit à l’Adema de concourir pour Ivato et Nosy-be. « Et aujourd’hui, le gouvernement ne bouge pas devant l’interdiction de faire de laisser Sofitrans qui est une filiale d’Air Madagascar de faire ses activités ». Ces salariés estiment que « pendant qu’il est encore temps, avant l’ouverture du nouveau terminal, le gouvernement doit agir pour laisser à Sofitrans l’activité Duty Free Shop, d’autant qu’elle est la seule à détenir une autorisation des douanes à exploiter cette activité ».

Bref, les salariés d’Air Madagascar ne sont pas des confiseurs. Et d’ores et déjà, ils lancent un avertissement : ils ignorent ce qu’est la trêve quand c’est leur survie qui est en jeu. Le gouvernement le comprend-il ?

   Sa

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