La Gazette de la grande ile

Universités de province, Université d’Antananarivo et Université du PRM

Publié le 04 janvier 2020

Les subventions étatiques que l’Etat donne aux universités publiques sont insignifiantes.  Nos investigations auprès de trois universités de province et auprès de l’université d’Antananarivo le prouvent et cela ne date pas de cette année universitaire.  Et si les universités fonctionnent, c’est grâce à ce que les responsables universitaires appellent les “ressources propres “. L’Etat ne fait rien pour les universités publiques et des responsables des Universités de province refusent clairement qu’il y ait un agent comptable au sein de leur université.  Dans plusieurs de ces universités de province, des responsables ont affirmé qu’une tentative de mise en place d’un comptable public au sein de leur université a échoué et que pour eux, ce qui se passe à l’Université d’Antananarivo avec un agent comptable public, n’aura jamais cours et ils refuseront toute velléité d’imposer des comptables publics chez eux.

Le constat est édifiant. Il suffit d’aller au sein de ces campus en province pour constater que les choses vont mieux qu’à Antananarivo. La Faculté de Droit de l’Université d’Antsiranana qui a une jeune doyenne, fille de l’ancienne Présidente de l’Université, est en train de construire un grand bâtiment et cela sans aucun regard porté par un quelconque comptable public qui serait installé au sein de cette université.  L’Université de Toamasina peut organiser des soutenances de thèse ou de mémoires en invitant comme membre du jury des enseignants chercheurs d’autres universités et en traitant comme il se doit ces enseignants chercheurs, en prenant en charge les frais de déplacement et en les logeant dans des hôtels corrects.  Il en est de même pour toutes les autres universités de province où même un agent comptable qui serait affecté n’arriverait pas à prendre service, car la présence même de cet agent comptable bloquerait le fonctionnement correct de l’Université. Les universités de Mahajanga, Fianarantsoa, Toamasina, Antsiranana, Toliara arrivent à faire venir des enseignants de l’extérieur de l’université, à faire des investissements sans les comptables publics. Lorsqu’on parle de gestion des deniers publics, il serait intéressant que tout le monde sache ce que l’Etat donne aux universités, ce qui permettra d’avoir directement une idée du peu de considération que l’Etat a à l’égard de l’enseignement supérieur. Lorsqu’on s’en rend compte, on ne peut que comprendre le refus fondamental des Universités de province face à cette exigence de comptable public. Ce qui permet, à titre d’exemple, à l’université d’Antsiranana de faire venir régulièrement -avec leurs recettes propres- des enseignants de  Mayotte. Aujourd’hui, le Président de la République entend mettre en place des universités dans toutes les régions de Madagascar et on ne peut que se poser des questions : qui vont y enseigner avec ce manque cruel d’enseignant chercheur dans toutes les universités déjà existantes ? A Antsohihy actuellement, ce sont des enseignants de Mahajanga qui viennent une semaine ; Antsirabe fonctionne grâce à quelques enseignants d’Antananarivo qui viennent ; Toamasina fait parfois appel à des enseignants d’autres universités…

On ne peut que s’étonner de cette frénésie de construire des universités partout sans qu’il y ait un recrutement en nombre suffisant déjà pour les universités existantes et sans traiter les universités sur le même pied d’égalité. Quand, lors d’une émission face à face avec la ministre, le responsable du Seces avait signalé le manque cruel d’enseignants, la ministre n’en a pas pipé mot et pourtant un des problèmes des universités est cette absence de recrutement… on se demande bien d’ailleurs qui va enseigner dans ces universités qui seront mises en place et comment se fera la gestion financière dans ces futures universités ?  La discrimination commence bien au niveau même du traitement inégalitaire des universités et surtout au niveau  du manque total de considération de l’Enseignement  Supérieur.

La Rédaction

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