La Gazette de la grande ile

Franck Raharison is gone but the show must go on !

Publié le 22 janvier 2020

30 ans ! On se connaissait depuis 30 ans Franck Raharison et moi. Trois décennies durant lesquelles chacun de nous est demeuré journaliste avec, certes, un parcours peu similaire, mais avec la même conviction guidé par  l’amour du métier et la défense de la profession. Je n’ai pas de mots à écrire, étant encore un peu souffrant au moment où je rédige ces quelques lignes. D’où ma mise volontaire sur la liste des abonnés absents. Momentanément, pour ma part, car pour Franck, l’absence (physique) sera définitive ici-bas. Franck a été mon Rédacteur en chef  au quotidien “Madagascar Tribune” de feu Rahaga Ramaholimihaso.

Un chef “masiaka be ronono” mais un chef au vrai sens du terme. C’est-à-dire ayant de l’autorité. Comme j’ai toujours été une tête brûlée, un électron libre, il tenait toujours une corde autour de moi pour me contenir. Etant le “Boss”, il avait toujours son dernier mot pour les articles à paraître ou non. Si Franck vous disait : oui, ce n’était pas une évidence. Le plus bel exemple est que vers la moitié des années 1990, je me suis mis à écrire à la première personne et à mettre écrire le nom des photographes. Jusqu’au marbre (ultime étape avant l’impression proprement dite d’un journal papier), c’était “oui”. Mais le lendemain, rien n’était publié. Le plus marrant, dans cette histoire de première personne, c’est que Franck lui-même s’est mis à l’utiliser dans ses billets du samedi de “La Gazette de la Grande île”, intitulés “Scanner”.

Bon vivant, buveur sans être tout à fait ivre, je me rappelle des moments où nous n’étions plus qu’une poignée de confrères à quitter le desk d’Ankorondrano, vers les 3h du matin, pour, déjà, aller aux nouvelles du côté d’Antaninarenina… A cette époque, j’étais omniprésent tout comme le photographe Rivoherizo Andriakoto qui nous a quittés tôt, trop tôt… A cette époque encore, j’avais créé une rubrique qui reprenait en français l’émission “Ampitapitao” dont la chanson du générique a été créée par Rossy, dont le titre est le même. Il s’agissait de nouvelles issues des quatre coins de l’île, retransmises en direct, via le téléphone, à la RNM (Radio nationale malagasy). Quelle que soit l’heure où nous rentrions, il fallait être au desk, le lendemain, dès 9h. Et nous y étions, l’exemple venant de Franck. C’est cette application stricto sensu de la discipline qui a disparu au fil des présidents de la république qui se sont succédé à Madagascar…

Autre “souvenir” inoubliable dans ma mémoire, ce fut avant ma prise en otage par les fédéralistes à Diego-Suarez où j’étais correspondant de “Madagascar Tribune”, en 1991. Comme l’a narré notre confrère James Ramarosaona hier : “à l’issue d’une rencontre inopinée avec le Premier ministre Guy Willy Razanamasy et le Chef d’Etat Major des Forces Armées, Ismaël Monibou au Buffet du Jardin à Antaninarenina, Franck Raharison a accepté de couvrir le déplacement du Premier ministre dans la capitale du Nord. Au cours duquel Franck Raharison s’est mobilisé pour couvrir en toute honnêteté l’évènement”. Il avait avec lui Rolly Mercia, venu en tant que photographe. Durant tout leur séjour, la ville a eu un semblant d’accalmie. Mais c’était le calme avant la tempête fédéraliste. J’avais supplié de rentrer avec eux car je savais que la venue du Premier ministre ne sera pas prise en compte par les fédéralistes. Mais la réponse fut qu’il n’y avait plus de place dans l’avion.

Au lendemain d’une soirée bien arrosée au “Venilla” de Rolland Sylvain, rue Colbert, après un “accord de paix” somme toute verbal, l’avion ayant amené le Premier ministre Razanamasy et sa délégation, dont l’équipe de “Madagascar Tribune” dirigée par Franck Raharison, décolla. Peu de temps après, le drapeau des fédéralistes fut érigé sur la façade des bâtiments administratifs et la chasse aux membres des Forces Vives (“Hery Velona”) débuta. Considéré comme tel, je fus appréhendé avec force quelques jours après devant le palais du “Faritany” en face du camp de gendarmerie. Personne n’a levé le doigt pour moi… J’ai été enfermé dans un bureau au premier étage, gardé par des mineurs du quartier de Tanambao V, armés d’AK47. Des miliciens civils des capitaines Coutiti, Rahitso et Zeze… Bien sûr qu’ils me connaissaient tous. Mais ma tête avait été mise à prix pour… 10.000 ariary. Je ne valais vraiment pas cher, n’est-ce pas? Mais moins de 48h après : miracle! Thérèse Bandrou vient pour me libérer après quelques sermons… En fait, l’ordre venait d’assez haut. Pas du Très-Haut mais d’assez haut…

Ne pouvant plus rentrer chez moi où des individus m’attendaient avec des armes blanches, j’ai tout laissé à Diego en m’enfuyant caché dans un camion transportant du coton. Après une semaine sur la route, j’ai débarqué directement au desk de “Madagascar Tribune” où Franck Raharison me donna carte blanche pour tout raconter. Dans cet épisode, Thérèse Bandrou a été tuée lors de l’affrontement à l’aéroport d’Arrachart entre fédéralistes et membres des “Hery velona”. Vous allez vous dire que ce n’est pas de moi qu’il s’agit. C’est vrai. Mais l’un n’allait pas sans l’autre dans cette décennie 1990-2000, il y a 10 ans, un siècle, une éternité (dixit Joe Dassin).

C’était mon grand bon frère plus que mon chef. Et c’est dans cette éternité que Franck Raharison est désormais entré à jamais. Que les journalistes de la génération actuelle lisent et relisent ses articles. Ce sont des cours de journalisme gratuits, certes, mais à mettre en pratique.

Veloma Franck! Your are gone but the show must go on !

Jeannot RAMAMBAZAFY

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