La Gazette de la grande ile

Education : La méthode de la nouvelle ministre

Publié le 13 février 2020

La nouvelle ministre de l’éducation est hautement diplômée d’une université américaine et son parcours est visible sur sa page facebook. Elle a adopté un nouveau  style depuis sa prise de fonction,  un style qui peut plaire ou déplaire peu importe mais axé surtout sur la pédagogie et la présence sur terrain. Elle a commencé a posé ses marques en allant au lycée d’Ambohimanarina et en énonçant les ” astuces ” de la Ministre. Et les enseignants de Tranoroa, les enseignants d’Ankodahoda, les enseignants de Tsaratanana et d’autres lieux perdus du pays se demandent si réellement elle est consciente de la réalité quotidienne de ces enseignants.  Ils se demandent si elle réalise ce qu’elle dit lorsque presque d’un revers de la main elle balaie la question du salaire misérable des enseignants source de l’état de dégradation avancée de l’éducation à Madagascar. Ils se demandent si de temps en temps il ne lui faut pas adopter à la ministre le principe  du ” le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit” ou plus simplement de l’écoute attentive source d’humilité.

On comprend bien que spécialiste de la langue française et anglaise et même mieux que ça,  que formée pour les dernières années d’études au système américain elle ait envie de transmettre de nouvelles méthodes de travail et transmet ainsi la “pédagogie idéale”, on comprend bien que le but est d’arriver au changement radical, on comprend qu’elle mette le doigt là où ça fait mal en interpellant sur les raisons du non développement dans le secteur de l’éducation… mais des personnes qui touchent un salaire de misère, qui sont complètement oubliées au fin fond du pays, qui ont du mal à garder le même nombre d’élèves en classe du début jusqu’à la fin de l’année scolaire et pour une simple raison tenant à l’indigence des parents, qui sont appelés  “ramose daba” ou “ramose traka”… ces enseignants ne comprennent pas ce raccourci de la ministre  qui consiste à dire que ce n’est ni une question de contingence climatique,  ni une  question de salaire des enseignants. Il en est de même lorsque la ministre dit que les gens qui étaient au département central iront dans les écoles et inversement les personnes dans les écoles  iront dans les départements centraux ou régionaux. On ne devient pas responsable de ressources humaines ou directeur administratif et financier par un coup de baguette magique et on ne devient pas enseignant par accident. Le malheur de l’éducation nationale est que l’on croit que les choses se règlent à coup de théorie,  est la méconnaissance du vécu de ces enseignants et des parents dans le Madagascar profond ou même le mépris vis-à-vis de ces parents et enseignants. Quel parent ne souhaiterait pas que leurs enfants soient dans une école avec des enseignants compétents ? Sauf que personne ne veut y travailler, les recrutements ne se font pas et finalement ces écoles fonctionnent par le système des enseignants FRAM qui le sont faute de mieux, qui le sont  à défaut de trouver un travail, qui sont des enseignants par accident.

Si la ministre comprend que dans un pays pauvre il faut que les membres de l’exécutif touchent autant d’argent, roulent dans des voitures dernier cri, bénéficient de toutes sortes d’indemnités et cela à partir des impôts des honnêtes citoyens ; si la ministre va user de tous les avantages liés à sa fonction malgré que cela soit indigne dans un pays comme Madagascar..elle devrait être en mesure de comprendre pourquoi les enseignants de l’éducation de base réclament une meilleure considération de leur travail et estiment qu’une des solutions serait déjà de reconsidérer les enseignants comme étant  des “faiseurs d’hommes”, que leur rémunération devrait sincèrement être discutée sans passion mais  en toute objectivité… eux qui forment ou ont formé tous les “grands” de ce pays.

D.R

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