La Gazette de la grande ile

Coronavirus :L’OMS ne cautionne pas le Covid-Organics !

Publié le 22 avril 2020

Absence très remarquée lundi après-midi, lors du lancement du Covid-Organics : celle de Charlotte Ndiaye. Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, c’est la représentante résidente de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) à Madagascar. Bien avant le premier cas de Coronavirus dans le pays, elle a déjà figuré en première ligne de la lutte contre la pandémie en établissant le plan de contingence contre le Covid-19 .avec les autorités malgaches. Elle suivait de très près l’évolution de la situation et on la voyait à tous les évènements autour du Coronavirus comme l’installation du centre de commandement opérationnel. Lundi, Mme Ndiaye n’était pourtant pas vue à Itaosy alors que nombre de ses collègues du monde diplomatique ont répondu présent à l’invitation du Président de la République. Pourquoi?

La réponse est simple: l’OMS ne cautionne pas le remède contre le coronavirus trouvé par l’IMRA (institut malgache de recherches appliquées). Cette position s’explique par plusieurs raisons.

D’abord, la thérapie du Didier Raoult avec l’hydroxychloroquine est encore en cours d’étude or l’OMS ne reconnaît pas les vertus anti-paludéennes de l’artémisia annua la plante qui compose le Covid-Organics avec d’autres plantes médicinales.

“L’Organisation mondiale de la santé (OMS), tire la sonnette d’alarme dans une prise de position, consacrée à la prise de formes non pharmaceutiques d’artémisinine (c’est-à-dire les infusions, thés et décoctions directement faites à partir des feuilles séchées de la plante)”, lit-on, en novembre 2019, dans “Le Quotidien du médecin”. “Connue  d’armoise annuelle ou d’absinthe chinoise, l’Artemisia annua est la plante contenant l’artémisinine dont les dérivés sont indiqués dans le traitement du paludisme. Ces derniers sont utilisés par l’industrie pharmaceutique pour produire les CTA (Artemisinin-based Combination Therapy) telle que que l’artéméther ou l’artésunate” poursuit l’article en ajoutant: “Depuis 2007, et face à l’augmentation des résistances, l’OMS ne recommande plus les monothérapies de CTA, mais demande la prise de thérapie combinée incluant au moins un CTA. « Le contenu des décoctions produites à partir d’Artémisia est souvent insuffisant pour parvenir à éliminer le parasite du paludisme et éviter les rechutes », précise l’OMS dans son avis.”

Ensuite, la “Voix de l’Amérique rapporte la déclaration de l’OMS selon laquelle si certaines plantes médicinales et produits “pouvaient” atténuer les symptômes “du coronavirus”, (…), l’OMS a rappelé qu’il n’existait pour l’heure “aucune preuve” qu’elles peuvent “prévenir ou guérir la maladie.

Le site environnemental Mongabay renchérit en rapportant une interview d’un professeur de médecine tropicale, Arjen Dondorp, à l’université d’Oxford. “Il n’y a, pour autant que je sache, aucune preuve que les artémisinines puissent traiter le COVID-19”, a déclaré ce dernier. «Il existe des rapports anecdotiques selon lesquels l’artésunate a été jugé en Chine lorsque l’épidémie y sévissait, et que le médicament n’a eu aucun avantage clinique clair. Pour autant que je sache, aucun essai clinique officiel avec l’artésunate n’a été enregistré pour évaluer si les artémisinines sont bénéfiques dans COVID-19. »

Enfin, le processus de validation du Covid-Organics par l’IMRA ne respecte pas la démarche habituelle édictée par l’organisation. Une démarche pour laquelle nous avons décidé de réagir pour “alerter les autorités compétentes et les parents”, nous explique-t-on auprès de l’Académie Nationale de Médecins de Madagascar.

D’après ces derniers, il faut impérativement préciser si c’est un médicament ou une tisane. Si c’est un médicament, il faut qu’on suive le processus scientifique, le pays ne disposant pas des matériels pour le faire. Si c’est une tisane il faut classer ce remède dans la classe des produits phytosanitaires. “Nous ne sommes nullement contre la découverte et la promotion de produits malgaches. Bien au contraire. Mais si nous voulons sauver le monde, soyons aux normes, il y va de notre crédibilité “, déclare-t-on.

L’urgence nous autorise-t-elle de faire fi de l’avis de l’agence nationale des médicaments? Personne ne doute de la bonne foi du Président Rajoelina mais lui a-t-on par exemple informé de la position de l’OMS qui est déjà connu dans le milieu médical ou encore des procédures en matière de validation de médicaments ?

D.R.

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